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Le très « dudamelien » Rafael Payare  dirige les « Carmina Burana » au Palais princier de Monaco

 

Monaco, 8 août 2014, par Jean-Luc Vannier ——

C'est un public considérablement rajeuni qui assistait, jeudi 7 août, à l'ultime concert d'été au Palais princier de Monaco : l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo, les Chœurs de la Région PACA renforcés par le Coro Del Teatro Carlo Felice de Gênes, la soprano Marina Di Marco, le ténor Mark Milhofer et le baryton Dominik Köninger étaient placés sous la baguette du chef Rafael Payare afin d'interpréter les Carmina Burana du compositeur munichois Carl Orff. Tirés de manuscrits datant des xiie et xiiie siècles, conservés au monastère bavarois de Benediktbeuern, les « chants de Buren » créés à l'opéra de Francfort en 1937, proposent vingt-quatre poèmes mêlant, en latin, en Mittelhochdeutsch et en vieux Français, mélopées d'amour et airs de jeunesse.

Raphaël PayaneRafael Payare. Photographie © Luis Cobelo.

Construite sur une déclamation simple mais rythmiquement martelée par un arsenal de percussions, cette cantate scénique en trois parties, « Le Printemps », « La Taverne » et « La Cour d'Amour », vaut surtout par l'ampleur des accords et la rigueur dans l'exécution de la mélodie. Autant dire que tous les regards des mélomanes se portaient sur ce jeune chef vénézuélien, récemment nommé pour trois ans à la tête de l'orchestre d'Ulster du Royaume-Uni.

Le mimétisme avec son mentor Gustavo Dudamel, auprès duquel, nous confiait Manaure Marin, un jeune corniste de ses amis en troisième année du CSNMD de Paris, « il a fait l'essentiel de son apprentissage », est stupéfiant : il n'est pas seulement ici question de sa gestuelle fascinante, tranchante comme une lame dans les chutes, d'une tonicité toute électrique dans les attaques et ciselée avec tendresse dans les arias. Le lauréat du prestigieux concours Mener Malko en 2012 sait diriger, avec les mêmes exigences, les pupitres, les chœurs et les solistes. L'énergie qu'il insuffle à la partition sait en outre se faire le complice des instrumentistes et des chanteurs : Rafael Payare partage avec les musiciens cet intense vécu de l'instant qui, loin de l'affaiblir sur son estrade, renforce la diffusion de son puissant charisme affectif. La Philharmonie monégasque répond aux attentes du maestro avec une fulgurance et une netteté, toutes deux remarquables. Y compris pour la violoniste Danielle Chavannes-Cellario qui, sous les acclamations de ses collègues à l'issue, faisait ses adieux professionnels à la phalange du Rocher. 

Pas toujours aux bons tempi avec la formation monégasque, les chœurs mixtes sont vocalement à la peine : fragilité des aigus féminins, finales sifflantes trop prolongées chez les hommes. Admirable dans les mediums tenus et d'une douceur à évoquer les notes filées d'une Gruberova, la soprano italienne Marina Di Marco, souffre davantage dans les registres élevés. Plus à l'aise, le ténor Mark Milhofer offre une voix puissamment projetée tandis que le baryton Dominik Köninger, membre du Komische Oper Berlin, exploite une ample tessiture lui permettant de jongler sans difficulté entre aigus et graves.

Dominiy KönningerDominik Köninger. Photographie © DR

Tout comme son pygmalion musical du Simon Bolivar Orchestra, Rafael Payare qui fera, en novembre prochain, ses débuts à l'opéra Royal de Stockholm avec Madama Butterfly, devra aussi se confronter à d'autres répertoires. La riche panoplie des ressources déployées hier soir par le maestro, ovationné par la Cour d'honneur, constitue un heureux présage.

 

Monaco, le 8 août 2014
Jean-Luc Vannier

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