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Le quatuor Noga, dans la cour des grands

 

Vitteaux et Saint-Seine L'abbaye, 30-31 juillet 2013, par Eusebius ——

 

Le quatior Noga

Vous ne connaissez ni Vitteaux, ni Saint-Seine-L'Abbaye ? Cependant, en dehors des grandes messes musicales que sont les festivals, se développent un peu partout des initiatives, portées par quelques amoureux de la musique, fondées sur un total bénévolat, n'ayant pour ambition que de faire partager leur plaisir. Dans l'Auxois profond,en Bourgogne, plusieurs associations ont à cœur d'aider à la diffusion musicale et de favoriser les jeunes musiciens prometteurs. Ainsi, ce quatuor, fondé il y a cinq ans par des Français, tous musiciens des orchestres les plus prestigieux de Berlin, a-t-il été invité par le Centre International de Rencontres Culturelles pour une retraite studieuse couronnée par deux magnifiques concerts.

Le premier proposait le quatuor en sol mineur D.173 d'un Schubert de dix-huit ans. Écrit en six jours, seul a avoir été écrit dans cette tonalité, il est encore fortement imprégné de l'influence de Beethoven, et surtout de Mozart, le menuet pastichant celui de la 40e… en sol mineur. Mais tout Schubert est déjà là, l'invention mélodique, la thématique contrastée, la dynamique si limpide, l'inspiration populaire, particulière dans le rondo final, et surtout l'unité vigoureuse. Le jeu du quatuor donne une vie singulière à cette œuvre, avec des respirations et une conduite ménageant toujours l'attente de l'auditeur.

Suivait l'extraordinaire premier quatuor qu'écrivit Ligeti en 1953-1954. Pièce de caractère sombre, sorte de nocturne, avec la part de mystère que la nuit engendre, et des affres violents qui en surgissent, c'est une oeuvre redoutable par la virtuosité et l'engagement qu'elle sollicite. Chatoiement, irisations, caricature grotesque de valse, poursuite haletante, séquences très contrastées, paroxystiques et apaisées, fugato, valorisation de chaque instrument, jamais l'attention ne se relache. On pense à l'enregistrement mémorable du quatuor Artemis, et on est ravi de découvrir que les Noga en sont les parfaits héritiers.

Enfin, le quatuor en fa de Ravel achevait ce premier concert. Et l'on se prend à penser que même si cinquante ans le séparent du premier de Ligeti, son langage était prémonitoire. L'interprétation qu'en donnent les membres du quatuor Noga est totalement maîtrisée, splendide de maturité épanouie.

Le lendemain, c'est un quatuor rare de Haydn qui ouvrait le concert : le 41e, op. 33 n° 5, en sol majeur. Et c'est l'émerveillement : l'encre de la partition serait-elle encore fraîche ? Le premier mouvement est un régal. La longueur du vivace assai est oubliée, tant l'écriture raffinée sollicite les attentes, les suspensions et l'attention de l'auditeur. Le largo cantabile dégage une profonde émotion dès l'exposé du thème, annonciateur de celui de la symphonie Jupiter de Mozart, à venir. Le chant du premier violon est admirable, valorisé par la plénitude et la richesse des autres parties. Le trio, très contrasté, d'esprit populaire, fleure bon le scherzo, au sens étymologique*. Le finale, allegretto, est une sicilienne suivie de trois variations savoureuses, la dernière confiée au violoncelle.

N'était une certaine acidité ponctuelle de l'aigu du premier violon, liée à la corde métallique, la couleur du quatuor pouvait être sinon confondue, du moins comparée à celle d'instruments montés avec des cordes en boyau : le velouté, la douceur extrême des pianissimi, le rebond de l'archet, un vibrato très maîtrisé, les attaques franches et parfaites en font un modèle, une référence.

C'est par un monument, le premier Rasoumovski, le quatuor en fa, opus 59 n° 1 de Beethoven, que s'achève ce concert exceptionnel, non seulement par la qualité des œuvres, mais surtout par celle de ses interprètes. L'excellence dans des répertoires aussi variés est rare. Le quatuor Noga, déjà lauréat de nombreux concours internationaux, dont celui de Londres en 2011, ira à la fin du mois se confronter de nouveau aux meilleurs de sa génération, au Canada (Banff International String Quartet Competition). Quelle qu'en soit l'issue, que l'on souhaite la plus favorable, nous sommes assurés d'avoir eu le privilège d'écouter une formation avec laquelle les meilleurs quatuors devront dorénavant compter.

le quatuor Noga

 

Eusebius
1er août 2013

*scherzo : plaisanterie ; scherzoso : espiègle, mutin, plaisantin

 

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