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Laurence Equilbey à Dijon

 

 

Laurende EquilbeyLaurence Equilbey. Photographie © Jana Jocif.

Dijon, Auditorium, 7 octobre 2014, par Eusebius ——

Programme alléchant que celui qui vient de nous être offert par Laurence Equilbey, à la tête de son chœur Accentus, d'un orchestre que l'on découvre (Insula Orchestra), et de quatre solistes : La célèbre Messe du Couronnement de Mozart, suivie de fragments d'ouvrages rares, Le Roi Étienne [König Stephan, opus 117] de Beethoven, et, enfin, Bataille et Victoire [Kampf und Sieg, opus 44] de Weber. Ce programme sera donné dans les prochains jours à Boulogne-Billancourt, Aix-en-Provence, puis Versailles.

Le chœur se montre toujours digne de sa réputation : homogène, réactif, offrant de belles couleurs, la vigueur en plus. Les solistes, de haut vol, ne connaissent pas la moindre défaillance. La soprano, Nuria Rial conduit un chant d'une grande fraîcheur, Marianne Crebassa, dont le timbre de mezzo est somptueux, remplit son contrat. Benjamin Hulett se montre convaincant, à l'émission claire. Le baryton basse Johannes Weisser a la voix bien timbrée, puissante, son articulation est un modèle du genre. Mais, pour la Messe du Couronnement, le placement de ces chanteurs derrière l'orchestre ne favorise pas leur perception et déséquilibre leur prestation. Par chance, il en ira tout autrement dans le Kampf und Sieg, splendide cantate écrite pour célébrer la victoire de Waterloo, sur laquelle s'achèvera la soirée1.

La célèbre Messe du Couronnement, et la direction de Laurence Equilbey ont naturellement attiré un nombreux public. Mais ce n'est pas cette œuvre de Mozart qui nous fait la plus forte impression. Les tempi et les nuances imposés par le chef surprennent, sans ajouter quoi que ce soit : le dramatisme des contrastes est bien présent en respectant le texte, alors pourquoi ralentir les mouvements lents et accélérer les vifs ? Pourquoi chanter les piano à la limite de l'audible et projeter les forte avec la plus grande intensité ?2. L'orchestre, dont les débuts sont récents, joue sur instruments anciens. Faut-il y voir la raison d'une certaine alacrité des cordes ? On attendait davantage de rondeur et d'élégance. L'Agnus Dei, avec une mélodie apparentée au « Dove sono » de la Comtesse (Le Nozze di Figaro) est rendu avec une grande fraîcheur par Nuria Rial, d'une voix émouvante. Tout cela tourne, sous la ferme baguette de Laurence Equilbey, mais le lyrisme est relégué souvent au second plan, hélas.

La musique de scène du König Stephan de Beethoven, contemporaine de celle de Die Ruinen von Athenen, n'est pas un chef-d'œuvre, bien qu'écrite en pleine maturité. C'est un grand mérite que de l'avoir inscrite au programme, et de l'avoir défendue de sorte que nous oublions ses faiblesses, ses facilités. L'ouverture, seule, a surnagé. C'est dommage car l'œuvre comporte plusieurs numéros d'un réel intérêt musical. Les chœurs sont fréquemment sollicités, d'hommes, de femmes ou mixtes. Le chœur féminin « Wo die Unschuld Blumen streute », dansant, avec des contretemps marqués, annonce Brahms, par son inspiration populaire et sa couleur « all'Ongarese ». L'introduction grave, confiée aux cordes, précédant le chœur « Heil unserm König » est d'une grande beauté malgré sa brièveté. Les deux interventions du mélodrame ont été gommées, bien que très courtes. Pourquoi n'avoir pas profité d'un des solistes pour déclamer ces petits textes ?

La cantate Kampf und Sieg [Bataille et victoire] de Weber, fut écrite à la hâte pour célébrer la victoire de Waterloo, et créée à Prague le 22 décembre 1815. Bien qu'homme de théâtre, son auteur a renoncé aux moyens un peu faciles communément employés (canonnades, chevauchées, heurts, comme Beethoven dans sa Wellington Sieg, opus 91, par exemple) : ce sont les sentiments — humains, fraternels, mais aussi nationalistes — qu'il peint. La trame orchestrale, les lignes de chant, les interventions du chœur nous rappellent le génie romantique et le métier qui caractérisèrent Weber.

La scène la plus mémorable est naturellement celle de l'affrontement, où un joyeux Ça ira, aux vents, est dérangé, puis étouffé par les sonneries autrichiennes3. Le romantisme à l'état pur. Nous sommes très loin de Mozart, même si moins de quarante ans séparent les deux œuvres. Laurence Equilbey donne à cette œuvre une force, une vigueur extraordinaires en communicant à chaque interprète le feu qui l'anime.

Eusebius
8 octobre 2014

(1) Suivie d'un bis, le chœur final de König Stephan : « Heil ! Heil unsern Enkeln »

(2) Lettre de Saint-Saëns à Gustave Doret, il y a un  siècle : « Puisque vous formez des chefs d'orchestre, tâchez donc de leur faire perdre l'habitude qui tend à se généraliser de faire de tous les piano des pianissimo ?   Dès qu'il y a un p, on joue avec un crin ; il n'y a plus ni  vie, ni couleur. Apprenez-leur aussi qu'il y a plusieurs sortes d'allegros (…) Pour beaucoup de chefs, et non des moindres, il n'y a que le dernier allegro presto qui compte ; sous prétexte de donner de la chaleur, on enfourche la bicyclette [!]... »

(3) Tchaïkovsky s'en souviendra dans son Ouverture 1812, en 1880, sans pour autant renoncer aux moyens théâtraux.                                                             

 

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