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La violoniste Arabella Steinbacher
et le chef Dima Slobodeniouk
magnifient Prokofiev et Tchaïkovski à Monte-Carlo
8 janvier 2012

par Jean-Luc Vannier

 

Les désagréments des uns peuvent aussi susciter d'agréables surprises pour les autres. « Empêché par la maladie », le maestro hollandais Jaap van Zweden avait, dimanche 8 janvier, déclaré forfait pour un concert russe Prokofiev et Tchaïkovsky prévu avec l'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo à l'auditorium Rainier III. Son remplacement « au pied levé » — ainsi l'annoncent les responsables de l'organisation — par le jeune chef d'origine russe Dima Slobodeniouk entraîna par surcroît une légère modification du programme de la deuxième partie. Et ce, après le Concerto pour violon n° 2 de Sergueï Prokofiev interprété par la violoniste Arabella Steinbacher : la Symphonie Manfred en si mineur, op. 58 de Piotr Illyitch Tchaïkovsky céda la place à la Symphonie n° 6 « Pathétique » du compositeur russe. On est désolé pour Jaap van Zweden mais l'on ne se plaindra guère de ce changement.

Dima Slobodeniouk
Dima Slobodeniouk (photographie © Marco Borggreve)

Munichoise née en 1981 d'un père allemand et d'une mère japonaise, la violoniste Arabella Steinbacher appartient à cette jeune génération de solistes qui se produisent sans complexe sur les plus grandes scènes internationales. A raison : son interprétation monégasque du concerto pour violon et orchestre n° 2 en sol mineur, opus 63 de Sergueï Prokofiev est proprement éblouissante : une silhouette diaphane qui capterait néanmoins l'éclat lumineux des sonorités. Peut-être l'artiste s'est-elle reconnue dans cette œuvre de plusieurs continents créée à Madrid le 1er décembre 1935 et où le thème principal du premier mouvement fut inspiré à Paris, le second à Voronej en Russie et l'instrumentation achevée à Bakou en Azerbaïdjan. Toujours est-il qu'au-delà d'une virtuosité que personne ne saurait lui contester et qu'elle démontre notamment dans l'Allegro, ben marcato, le troisième mouvement âpre et chaotique de cette pièce qui atteste du Prokofiev rebelle et mordant des années vingt, Arabella Steinbacher parvient aussi à restituer avec une indicible mais égale intensité le langage mélodique des deux premiers mouvements : dans l'Andante assai, sur fond initial de pizzicati rythmés des cordes, l'instrumentiste décline avec aisance des airs dont certains accents classiques évoqueraient presque le concerto pour deux violons de Johann Sebastian Bach ! Après une longue ovation, Arabella Steinbacher a exécuté le premier mouvement d'une autre œuvre de Sergueï Prokofiev — celui d'une Sonate pour violon — faisant davantage encore regretter son départ.

arabella steinbacher
Arabella Steinbacher (photographie © Thomas Rabsch

Strictement soucieux du respect du rythme et de l'équilibre dans le dialogue concertant de la première partie, le chef Dima Slobodeniouk s'est, en quelque sorte, lâché dans l'exécution, après l'entracte, de la Symphonie n° 6 « Pathétique » de Piotr Illyitch Tchaïkovsky : empreinte d'un lyrisme exacerbé que n'aurait sans doute pas rejeté le compositeur russe lequel reconnut avoir « à maintes reprises versé des larmes » en l'écrivant, l'interprétation du maestro tend à recréer presque visuellement ce flux incessant et lancinant de vagues musicales chargées d'une douloureuse émotion. Géant souriant au corps dégingandé, celui qui fit des débuts très remarqués tant à l'Orchestre de Paris qu'au Concertgebouw d'Amsterdam s'inspire de toute la mélancolie tragique contenue dans cette écriture symphonique. Celle-ci débute par une sombre mélodie du basson, voix du pessimisme chère à Tchaïkovsky et se termine, dans le Finale Adagio lamentoso, par ce chapelet de notes qui semblent extirper des profondeurs de la psyché une inhumaine désolation. Celle, peut-être, de la création d'une œuvre qui, jouée pour la première fois en octobre 1893, précéda de quelques jours la disparition du compositeur en novembre de la même année.

Nice, le 9 janvier 2012
Jean-Luc Vannier

 


Références / musicologie.org 2011

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