L'ouvreuse, musicogriphe et musicâtrologue à musicologie.org

Certains de mes amis m'ont demandé d'esquisser ma biographie, entreprise ambitieuse et hasardeuse à laquelle je ne suis pas vraiment prête. Cependant, pour ne pas les laisser sur leur faim, j'ai tracé ces quelques lignes pour essayer d'expliquer comment on devient ouvreuse de la cinquième génération.

Phylis, fondatrice de la dynastie et sa fille, bisaïeule de l'ouvreuse.

Ici, les deux premières générations (croquées par Daumier). On remarque ma bisaïeule, à gauche, qui donne déjà de la voix, promise à une longue carrière à l'Opéra. À droite, sa mère,  fondatrice de la dynastie, Phyllis (on se plaisait évidemment à lui dire « Merci ! », suivi de son prénom). C'était l'époque où l'ouvreuse détenait les clés des loges, où elle y introduisait l'aristocratie régnante, et se laissait parfois séduire (les rites sont toujours un bien nécessaire, ajoute la Comtesse).  Ma grand-mère fut tout à tour figurante, habilleuse, choriste, enfin ouvreuse. Elle rencontra beaucoup de « beau » monde, notamment Willy (Henry Gautier-Villars, le célèbre critique, qui signait l'Ouvreuse), alors séparé de Colette, fort âgé, mais toujours fringant. C'est ainsi que naquit ma mère, de père inconnu, naturellement. La tradition se perpétuait. Ma mère - « fille-mère » comme on disait alors, ô infamie - ne m'a jamais révélé non plus le nom de mon géniteur  – s'en souvenait-elle ? Et puis à quoi bon, cela permet de rêver.  Un grand vide durant l'occupation. Sa passion wagnérienne l'avait-elle conduite à se compromettre ? Elle ne fut pas tondue et ses longs cheveux, s'ils ne séduisirent pas Pelléas, conquirent mon beau-père, épousé après la guerre, chanteur à la retraite,  pianiste, trombone à tout faire, musicien gagiste. Ce dernier, homme généreux, contribua à ma formation musicale. À douze ans, je connaissais déjà tous les airs d'opéras, d'opéras comiques et d'opérettes qu'il avait chantés sur les scènes de province dans les années 30 à 50. Ainsi la passion pour le chant se transmettait-elle. Autre influence, celle de la Comtesse, rencontrée dans un Festival d'été, et qui m'initia à beaucoup de pratiques, celle du contrepet tout particulièrement, et que je continue de fréquenter avec plaisir. Quelle école que celle des ouvreuses ! Même si nos scènes n'ont plus ni troupe ni répertoire, comment mieux connaître les œuvres que de les écouter à longueur d'année ? La première fois que je me suis rendue à Vérone, j'avais été conquise par l'ambiance des gradins populaires, où le placement était libre. Les jeunes hommes vendant rafraichissements, éventails, chapeaux, vêtements de pluie, chantaient les principaux airs de l'ouvrage programmé une ou deux heures après. Que ne fait-on ainsi dans nos théâtres à l'italienne ou dans nos salles modernes pour chauffer le public ? Mais le métier a bien changé : enfant, j'admirais ma mère, avec sa lampe de poche et sa panière en osier, plaçant les spectateurs et vendant des programmes.  Maintenant,  les jeunes sont hôtesses d'accueil, étudiantes en quête de petit boulot, ou curieuses de beaux spectacles, et une ouvreuse (pensionnée depuis peu) se fait critique, introduite malgré elle dans la clique des musicâtres. Soyons humble, point ne suffit de taquiner la muse pour qu'elle vous donne du génie !

L'Ouvreuse
le 29 novembre 2015

PS : Pourquoi Jean-Louis Tamvaco, disparu en février dernier, auquel on doit l'édition moderne des « Cancans de l'Opéra » (CNRS, 2000), ne mentionne-t-il jamais les ouvreuses, dont le rôle fut si important durant le XIXe siècle ?

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