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L'espièglerie de Francis Poulenc ouvre les Concerts d'été au Palais princier de Monaco

 

Concert au palais princier de monacoConcert au Palais princier Monaco. Photographie © G. Luci, Palais princier.

Monaco, 18 juillet 2014, par Jean-Luc Vannier ——

Monaco vers 21h00. Sanglés dans leurs uniformes immaculés, les Carabiniers de Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II règlent avec un sourire non dénué d'efficacité, la circulation aux abords du Palais princier. Tenue de ville obligatoire mais, en raison de la canicule, tolérance intelligente sur le port de la cravate. La Cour d'Honneur à laquelle nous accédons par un portail monumental du XVIIe siècle accueillait, jeudi 17 juillet, le premier des Concerts d'été du Palais avec, au programme, le concerto pour deux pianos et orchestre en mineur de Francis Poulenc suivi de la Symphonie fantastique opus 14 d'Hector Berlioz. Souffrant, le maestro Semyon Bychkov était remplacé par Ion Marin. Malgré leur siècle de différence, deux œuvres empreintes de fantaisie, sinon de malice et destinées à susciter sur l'audience, le bonheur d'une gourmandise musicale.

Il fallait bien la complicité de deux sœurs, Katia et Marielle Labèque, deux pianistes, chacune lauréate d'un premier Prix du Conservatoire supérieur de musique et de danse de Paris et à la renommée internationale, pour interpréter ce concerto de Francis Poulenc créé le 5 septembre 1932 à Venise sur commande de la Princesse Edmond de Polignac. Complices mais bien distinctes. Et pas seulement en raison des deux années qui séparent leur naissance. Dès les premières mesures de l'Allegro ma non troppo, un jeu triangulaire s'installe dans la direction musicale articulée autour des Steinway & sons. Plus proche géographiquement du maestro dont elle soutient les impulsions du regard, Katia semble guider Marielle. Plus extériorisé, plus accentué en fonction des exigences de sa partition, le jeu pianistique physiquement très expressif de la première rencontre l'apaisement dans la calme assurance de la seconde. Un duo parfait de visages qui se comprennent sans se parler et de mains qui s'accordent sans se toucher, dans la juste répartition d'un rubato. Et qui permet aux harmoniques du violoncelle solo (Thierry Amadi) de faire entendre de superbes ondulations tonales, reflets irisés d'inspiration ravélienne. Après deux passages plus mélodiques du Larghetto, le dialogue sororal endiablé, deux notes frappées en alternance, est interrompu par l'irruption de cette subtile espièglerie des cuivres, fidèle aux intentions mutines du compositeur. Et de son désir récurrent illustré par un vivace Allegro molto du Finale teinté d'accents contemporains les plus variés.

Sans entracte, la soirée enchaîne avec la Symphonie fantastique d'Hector Berlioz dédiée au Tsar Nicolas 1er de Russie et créée le 5 décembre 1830 à la salle du Conservatoire. Un pilier des répertoires : l'orchestre philharmonique de Nice la joua en octobre 2007 pour célébrer, sous la direction de Marco Guidarini, ses soixante années d'existence et Marc Adam, Directeur artistique de l'opéra Nice Côte d'Azur l'a inscrite au programme 2014-2015 de la philharmonie niçoise.

Concert au palais princier de monacoConcert au Palais princier de Monaco. Photographie-© G. Luci, Palais princier.

Fantastique ou plutôt fantasmatique tant ce « poème symphonique » recèle les rêveries sinon les délires amoureux de Berlioz. « Un de ses charivaris » écrira d'ailleurs un critique de l'époque. Cinq tableaux oniriques où chaque détail dramatique trouve son équivalent en langage musical. « L'idée fixe » du rêveur Berlioz pour une actrice, thème central progressivement introduit par le premier mouvement, est copiée, triturée, parodiée même dans le dernier. Dans cette spirale crescendo, le Dies Irae des ultimes mesures tente bien de cadrer la mélodie de son glas morbide mais, sous l'impulsion magistrale des timbaliers (Patrick Mendez et Julien Bourgeois) il se laisse finalement emporter par le Songe d'une nuit de Sabbat, fort opportunément accompagné d'une brise rafraichissante sur la Cour d'Honneur. Comme à chaque fois qu'il se sent en confiance, l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo donne le meilleur de lui-même. Et ce, malgré la lecture orchestrale de Ion Marin très — un peu trop ? — respectueuse, prudente, certes nette et sans bavure. Compte tenu des capacités avérées de la phalange monégasque, nous pouvions espérer de l'ancien élève de la prestigieuse George Enescu Music Academy et du Salzburg's Mozarteum, une liberté d'interprétation plus ambitieuse, insufflant une audace et une énergie que n'aurait pas reniées un compositeur écrivant sous l'empire de l'opium : substance à consommer avec beaucoup de thé comme le recommandent les Iraniens de la Caspienne.

 

Nice, le 18 juillet 2014
Jean-Luc Vannier

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