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L'Ensemble Quilisma interprète un
« Messie » intimiste de Haendel
à l'Église du Vœu de Nice

Par Jean-Luc Vannier

Malgré de monstrueux embouteillages sur les principales artères de Nice, opération du Téléthon oblige, au point de retarder l'arrivée du claveciniste et de son clavecin, l'Ensemble vocal Quilisma donnait samedi 8 décembre dans une Église Saint-Jean Baptiste du Vœu de Nice à la température hivernale — pas de chèque, pas de chauffage, ironisait le prêtre de la paroisse ! — une version très chaleureuse du Messie de G. F. Haendel.

ensemble quilisma L'Ensemble Quilisma, Église Saint-Jean Baptiste du Vœu de Nice,
8 décembre 2012.

Créé en 1989 par Paul-Marcel Nardi, l'Ensemble vocal Quilisma est dirigé depuis neuf ans par la soprano d'origine allemande Liesel Jürgens. Il privilégie la musique baroque tout en faisant appel à des solistes et instrumentistes internationaux. Sacrifiant des récitatifs et réduisant l'orchestre et les chœurs — au risque d'un déséquilibre entre les onze voix masculines et les vingt-six féminines —, Liesel Jürgens a toutefois réussi son pari : celui, comme elle l'a expliqué en présentant cette soirée, de faire interpréter par un « chœur d'amateurs après une année de travail », une œuvre attestant, selon Stefan Zweig, d'une double résurrection : celle d'un compositeur englué dans le doute lorsqu'en août 1741, il reçoit du poète Jennens le livret d'un oratorio inspiré de la Bible et dont les « premiers mots » le font tressaillir comme « une réponse donnée par Dieu , la voix d'un ange qui, du haut des cieux, retentissait dans son cœur désolé…» (Stefan Zweig, Les très riches heures de l'humanité, Le Livre de Poche, 2004). Trois semaines et quelques insomnies fiévreuses plus tard, la partition était achevée.

Cristina Greco Cristina Greco (alto).
Église Saint-Jean Baptiste du Vœu de Nice, 8 décembre 2012.

 

Cristina Greco et Liesel Jürgens Cristina Greco (alto) et Liesel Jürgens (soprano).
Église Saint-Jean Baptiste du Vœu de Nice, 8 décembre 2012.

Dirigé par Francesca Tosi, pianiste et assistante au chef des chœurs de Chambre de Monte-Carlo, l'orchestre, même réduit, n'en comprenait pas moins le premier violon solo Vera Brodman-Novakova, la violoncelliste solo Zela Terry et le violoniste Volkmar Holz de la Philharmonie de l'Opéra de Nice. Artistes accompagnés de l'altiste Martin Vollmer du Aalto-Musiktheater Essen, du claveciniste russe Dimitri Goldobine, de la hautboïste Charlotte Dantzer et des trompettistes Hervé Féraud et Bernard Guaitolini. Un seul reproche, plutôt de forme : les longues pauses inexplicables entre les récitatifs, airs et chœurs imposées par le chef et rompant l'enchaînement musical sinon la continuité spirituelle d'une partition dont les attaques et les nuances furent néanmoins dignement traitées. L'interprétation de la « pastoral Sinfony » fut, il faut le souligner, de toute beauté.

Elio Ferretti Elio Ferretti (ténor).
Église Saint-Jean Baptiste du Vœu de Nice, 8 décembre 2012.

Œuvre écrite à l'origine pour cinq solistes, la représentation par Quilisma avait réparti les registres vocaux entre une soprano (Liesel Jürgens), une alto (Cristina Greco), un ténor (Elio Ferretti) et une basse (Ioan Hotensche). Immédiatement « disponible » dès le premier récitatif, « Comfort ye my people », la voix impeccable du ténor impressionne sur la durée — il ne réapparaît qu'en fin de seconde partie — par ses tonalités chaudes et ses aigus puissants. Plus discutable dans cette distribution est la voix de la basse roumaine belle mais trop claire, moins riche en timbre. Pendant inversé de la grande proximité des spectres vocaux masculins, le grand écart entre la voix de la soprano et celle de l'alto — celle-ci avalant un peu ses finales lorsqu'elle endosse la part récitative — s'est heureusement réduit dès la seconde partie : Cristina Greco a littéralement subjugué le public par un « He was despised and rejected of men » impressionnant d'intensité vocale et dramatique que renforçait son duo avec les répliques mélodiques au violon de Vera Brodman-Novakova. La soprano Liesel Jürgens multipliait, quant à elle, notamment dans son magnifique « Rejoice greatly, o daughter of Zion » des intonations aiguës puisées sans doute dans une inspiration paroxystique. Et d'une nature à même de rappeler la stupéfaction du médecin de Haendel découvrant un homme ragaillardi après l'achèvement de son oratorio : « Vous avez le diable au corps » et Haendel de lui répondre : « je crois plutôt que c'est Dieu qui était à mes côtés ! ».

La basse Ioan Hotensche Ioan Hotensche (basse).
Église Saint-Jean Baptiste du Vœu de Nice, 8 décembre 2012.

On aimerait de tout temps trouver des chœurs « amateurs » d'un professionnalisme aussi exigeant et d'un enthousiasme aussi vaillant. Les insignifiants décalages avec l'orchestre ne sauraient obérer la qualité harmonique des voix, fruit d'une longue préparation. Du « Behold the Lamb of God » jusqu'au famous « Hallelujah », rien n'a manqué pour susciter l'adhésion affective du public. Lequel a salué le travail de cet Ensemble après l'ultime « Amen », d'une ovation debout.

 

Nice, le 9 décembre 2012
Jean-Luc Vannier

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