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L'enfant et les sortilèges

Dijon, Grand Théâtre, 15 février 2013

par Eusebius

 

Certaines institutions musicales — comme l'opéra de Dijon — ont pris goût au digest, crise oblige*. La réduction pour trois instruments (piano quatre mains, flûte et violoncelle), de Didier Puntos, écrite pour Lyon en 1989, est maintenant une version reconnue pour ses qualités. La critique avait salué cette production, créée à Aix-en-Provence en juillet dernier, mais que je ne l'avais pas vue. La magie onirique de la musique de Ravel illustrant à merveille le livret de Colette serait-elle préservée ?

l'efant et les sortilèges Phtographie © P.Berger - artcomart

Lorsqu'il écrit L'Enfant et les sortilèges, Ravel connaît L'Histoire du soldat, de Stravinsky. Sa volonté est claire et son œuvre sera achevée à la perfection, avec une orchestration magistrale. Pourquoi la réduire à une texture instrumentale minimale ? Difficile de faire mieux en distillant la somptueuse palette orchestrale de Ravel. Tout juste est-on surpris que la flûtiste n'utilise pas la flûte à coulisse pour introduire les insectes. La production peut ainsi être aisément transposée en de nombreux lieux où jamais cette fantaisie lyrique n'aurait eu la moindre chance d'être représentée.

Les musiciens se fondent dans le décor de ce grenier magique, meublé d'accessoires qui se révéleront riches de sens. La mise en scène, les costumes et les éclairages sont enchanteurs et  rendent crédible ce conte pour adultes, même si les enfants y trouvent aussi leur plaisir. Chaque tableau est un régal pour l'œil. Signalons cependant que le metteur en scène — Arnaud Meunier — a relu Bettelheim (Psychologie des contes de fées). Ce qui le conduit à doter le théière d'un bec verseur-pénis…et à en priver l'horloge, jambes nues, qui déplore la perte de son balancier. Les chats vont s'accoupler en ombres chinoises, aussi. Sans verser dans une pudibonderie de mauvais aloi, on frémit à la mise en scène qui aurait pu être faite de L'Heure espagnole : Ravel est toujours allusif, d'une élégance raffinée. Chaque mouvement est réglé avec une précision d'horloger qu'eût aimé le compositeur. La chorégraphie semble toujours naturelle et entraîne l'adhésion du public.

L'enfant (Chloé Briot) et sa mère (Eve-Maud Hubeaux) sont parfaits. Le Feu (Mercedes Arcuri) est splendide, le vieillard, l'horloge, le chêne aussi. Mes seules réserves concernent la Princesse (Claudia Galli) qui s'est adjointe à l'équipe après la création, et dont la diction peut gagner en intelligibilité. L'ensemble que forment les huit chanteurs est un modèle du genre : on ne peut qu'applaudir à la cohésion, à l'équilibre harmonieux réalisé, qui culmine dans le tableau final.

Cette production exemplaire a permis à un large public de découvrir ce merveilleux chef-d'œuvre. Souhaitons qu'elle lui donne envie de le retrouver dans sa version originale. Malgré mes préventions, j'y ai éprouvé un réel plaisir, oubliant fréquemment la partition qui m'est familière. Comme quoi on peut se régaler avec du « light » !

 

Eusebius (16 février 2013) 

* Comme le laboratoire pharmaceutique qui modifie le conditionnement (même volume, graphisme semblable, mais 10 cachets au lieu de 12)... pour faire passer la pilule d'une augmentation déguisée. N'est-ce pas une forme de tromperie que de programmer cette saison Pelléas, L'Enfant et les sortilèges, et le Ring dans quelques mois, dans des versions allégées, avec — parfois — de nombreuses coupures (Debussy, Wagner), pour des ensembles minimalistes par rapport à l'orchestration voulue par le compositeur ?

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