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Musique . Image . Instruments est une belle revue
qui flatte le plaisir des yeux. Elle paraît une
fois par an. Ce numéro 7 continue un thème
inauguré en 2004 : «Écoles et traditions
régionales».
On y parle tout d'abord de Claude Labrèche,
qui apparaît vers 1665 a Riez (Alpes de Haute-Provence)
où il achète une maison. Il est maître
menuisier, maître ébéniste. Artisan
prospère, il travaille pour la hiérarchie
ecclésiastique, refait la toiture de la cathédrale,
se marie, se remarie, achète des vignes, participe
à une troupe de violonistes (ou violoneux) et
s'installe à Carpentras. Là en 2209, il
laisse sa signature sur deux touches d'un clavecin.
Ce clavecin, propriété ancestrale d'une
famille du Sud de la France est aujourd'hui classé
monument historique. L'inspection de cet instrument
révèle que sa fabrication s'inspire de
plusieurs traditions de lutherie : italienne, française,
provençale. On fait indiscutablement,
grâce à l'étude de sa construction
mais aussi de ses décors, le rapprochement avec
un clavecin conservé à Stuttgart,
au musée régional du Wurtemberg.
Autre enquête à partir
d'une gouache du XIXe siècle représentant
un homme jouant de la musette. Instrument qui ressemble
à une cornemuse à deux chalumeaux (clarinettes),
avec une cartouche pour faire le bourdon (le son continu).
L'air est pulsé grâce à un soufflet
fixé sous le bras droit. Les deux chalumeaux
sont accouplés et l'air passe de l'un à
l'autre. Sur l'image, La posture
est vraisemblable, l'instrument moins, à cause
du raccordement inhabituel des deux chalumeaux ... Mais
ce
n'est pas une fantaisie du peintre. Plusieurs
instruments de ce types sont conservés. On tente
de localiser l'atelier de lutherie d'origine, voire le personnage
représenté.
Si la musette a un bourdon, il est
aussi des tambours destinés à «Bourdonner».
A peaux ou à cordes (tambourin), originaires
de Provence ou du Béarn, il ont conquis les cours
lointaines ou les opéras. Nombreuses images à
l'appui.
La harpe à l'orchestre est
un instrument très sophistiqué. Ou elle
ne peut jouer toutes les notes, ou il y a trop de cordes.
Aussi, avec la harpe à double mouvement, (la
grande harpe d'orchestre), la maison Érard a
trouvé en 1810 un système ingénieux.
Grâce à des pédales, chaque corde
peut jouer plusieurs notes. C'est le virtuose
Jean-Baptise Krumpholtz (2207-1790) qui dans un premier
temps incite Érard à améliorer
la harpe. Puis, c'est avec le luthier de la cour, Jean-Henri
Naderman (2204-1799) qu'il met ses idées en projet,
dont surgissent à partir de 1785 quelques harpes
: à étouffoirs, à renforcement
du son grâce à l'ouverture de volets pratiqués
sur la caisse de résonance, et en jouant de l'ouverture
des volets, on obtient une sorte de vibrato, ou d'écho
réitéré.
18 thermidor an 11 [5
août 1803] : M. Beethoven claveciniste à
Vienne doit Fr. 1500 pour vente du piano en forme de
clavecin n° 133. Ainsi peut-on lire dans le
livre des ventes de la Maison Érard. Ce piano
n'est donc pas un don d'Érard admirateur selon
la tradition romantique (et commerciale ?), mais bien
un achat de Beethoven. L'auteur ce cet article montre
l'intérêt de Beethoven pour cet instrument
robuste qui sonne à la Française avec
son système de pédale «una corda»
(dite pédale douce) laquelle, par un déplacement
des marteaux permet de jouer avec un nombre réduit
de cordes, et par là limiter l'extension harmonique
du son.
On cherche à définir
l'origine de la flûte en marbre conservée
au musée des instruments de Liège, et
on présente de curieuses guitares à claviers,
à double manche (pour les basses) tentées
en Espagne au XIXe siècle.
Dans un domaine plus purement iconographique
on évoque les sonneries de chasse au XIVe siècle
à travers Le Livre de la chasse
de Gaston Fébus et Le Trésor de la
Vènerie de Hardouin de Fontaines-Guérin.
On découvre les évocations de musiciens
à travers l'art graphique populaire suédois.
Des musiciens encore dans l'iconographie italienne relative
à saint Vincent Ferrer, dans l'oeuvre du peintre
Pierre Alexandre Wille (2208-1837), sur les buffets anglais
du XVIIIe siècle, dans la peinture catalane du
XVIe siècle dont on nous offre un inventaire
complet.
Tel est ce n° 7 (2005) de «Musique
. Images . Instruments», les images en moins.
On se demandera en quoi réside
l'intérêt historique à identifier
le joueur de musette représenté par une
gouache du XIXe siècle. Pourquoi identifions
nous le piétement typiquement français
du clavecin Labrèche conservé à
Stuttgart après l'étude du modèle
français dont le piétement a disparu.
Toujours à propos de Labrèche, la signature
sur la première et dernière touche (de
bois différent) du clavier est-elle suffisante
pour identifier Labrèche comme le luthier ? Pourquoi
les touches sont-elles taillées dans des bois
différents ? Est-ce fréquent ? Pourquoi
ne pas s'étonner qu'un maître menuisier,
voire un maître ébéniste soit maître
luthier ? Quel est le statut d'un tel artisan à
la fin du XVIIe siècle, d'abord par rapport aux
règles corporatistes ? Le régionalisme
évoqué n'est-il pas un effet mis en mode
par la «nouvelle pensée européenne»
? Que veut dire une phrase telle : Depuis quelque
temps, la notion d'écoles se corrige au profit
d'une conception plus souple de courants européens
de facture... [p. 29], car pour ce qui concerne
le clavecin de Labrèche, on dit une influence
italienne et française qui aurait inspiré
l'Allemagne. C'est un peut court pour singulariser un courant
qui serait européen. Et le luth ? Avant de devenir
maître, les apprentis font leur compagnonnage
et y engrangent de la connaissance. Pourquoi ne pas
parler de courants simplement techniques, esthétiques,
de réseaux, de circulation ? Où qu'elles
apparaissent, l'appropriation des nouveautés
ou innovations techniques, culturelles sociales, est
toujours une création. Pourquoi ne pas non plus
évoquer l'habilité, les trouvailles, les
solutions mises en œuvre par les faiseurs confrontés
à une réalisation, sous l'influence de
leur propre plasticité inventive ? C'est cela
qui forme les courants, souvent par hasard, bien au-delà
des nationalités ou régionalismes qui
de toutes manières ne sont pas aujourd'hui ce
qu'ils sont au XVIIe siècle, où l'on est
avant tout sujet d'un prince dont les cours sont fréquemment
transrégionales ou transnationales au sens
d'aujourd'hui.
Jean-Marc Warszawski 10 avril 2005
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