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Parmi les hommages cinquantenaires et centenaires
offerts au monde musical français, on compte
en 2003 le «sur-historique» Hector Berlioz
(* 1803), et ne compte pas ou à peine Pierre
Attaingnant († 1553), François Devienne († 1803),
Louis Jadin ( † 1853), André Messager (* 1853).
Entre les deux il y a les résurrections. Augusta
Holmès (1847-1903) est gratifiée d'un
livre (FRIANG MICHÈLE, Holmès ou la
gloire interdite. Autrement, Paris 2003) et d'une
sympathique exposition au département de la musique
de la Bibliothèque nationale de France. Geoge
Onslow (1784-1853) bénéficie depuis quelques
années d'une association. Sa fondatrice, Viviane
Niaux, bibliothécaire du Centre de Musique Baroque
de Versailles vient de faire paraître un excellent
livre aux Presses Universitaires Blaise-Pascal.
|  George
Onslow
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George Onslow naît en 1784. Edward - son père,
est un aristocrate anglais installé en Auvergne
depuis quelques années. Marie-Rosalie de
Bourdeilles -sa mère, appartient à la
noblesse Auvergnate. Ils sont riches, ils sont beaux.
A la Révolution, Edward défend ses intérêts
de classe sans y laisser ni sa tête ni sa fortune.
Sous le directoire on le prie de quitter le France.
George est alors âgé de 14 ans et bénéficie
d'une éducation distinguée, leçons
de musique comprises. Il rejoint son père à
Hambourg où il suit des cours de piano avec Dussek.
En 1800 sous le Consulat, on revient en Auvergne après
deux ans d'exil. George continue ses études de
piano en Angleterre auprès de Cramer. En 1801,
lors de la migration hivernale parisienne de l'aristocratie
de province ou d'un voyage d'affaire de son père,
l'étincelle de la vocation semble se produire
au frottement de Stratonice, œuvre lyrique de
Méhul donnée à l'Opéra-Comique.
Il consulte le traité d'harmonie de Catel, copie
de la musique. Ses premières compositions datent
de 1806. Pleyel publie sa Grande sonate pour le piano
opus 2 en 1807. Il se perfectionne en composition auprès
du très efficace Reicha. Dans les années
1830 il est au sommet d'un succès éclatant.
Onslow n'obtient pas les lauriers qui consacrent
les compositeurs de cette époque : ses rares
opéras n'ont pas de succès. Il ne fournit
pas les salons amateurs (qui en sont friands) en romances,
paraphrases, airs d'opéras arrangés etc.
Il compose dans un genre délaissé : de
la musique de chambre savante, des quatuors et des quintettes.
On écrira qu'il est
«le Beethoven Français». Vous
savez que depuis la mort de Beethoven, il tient le sceptre
de la musique instrumentale écrit Berlioz
[p. 245]. Sa musique est en effet héritière
de l'École de Vienne. Pourtant,
comme beaucoup de ses contemporains il est désemparé
par les dernières oeuvres de Beethoven qu'il
peut entendre chez Pierre Baillot. Membre de nombreuses
académies musicales européennes prestigieuses
et de l'Institut (en succession à Cherubini),
il conçoit à la fin de sa vie quelque
aigreur du désintérêt progressif
pour sa musique en France (qui reste admirée
en Allemagne). Refusant de s'engager
dans les nouvelles voies entrouvertes par Beethoven,
il est toutefois conscient des difficultés qu'il
éprouve à se renouveler, difficultés qu'il
met au compte d'une faiblesse d'inspiration et non à
celui d'une matière qui aurait vécu.
C'est par le hasard d'un remplacement de musicien
au pied levé qu'il introduit la contrebasse dans
le quintette au début des année 1840 et
pour des raisons purement pratiques qu'il exploite cette
idée. On ne saura pas non plus si le malheureux
accident de chasse lui a emporté la joue et rendu
sourd de moitié ou si les conséquences
en sont grossies comme un coup de publicité à
la romantique.
Viviane Niaux maintient avec bonheur l'équilibre
entre les nécessités documentaires et
celles du récit. Elle évite à
la fois l'anecdote oiseuse, les articulations hypothétiques
et l'histoire documentaire asséchée. Son livre est
érudit, il est très documenté,
mais sans aridité. Il est d'une lecture agréable.
Le parti-pris de ne pas séparer «la
vie» et «l'oeuvre», car la vie
éclaire l'œuvre autant que l'œuvre éclaire
la vie [p. 25] permet d'éviter un catalogage
descriptif d'une redondance souvent inutile, mais surtout
dynamise le récit qui évolue de bout
en bout comme un contre-pouvoir à la dense et
méticuleuse exposition documentaire. L'histoire
n'est alors ni toile de fond ni contexte, mais un complexe
de relations vivantes qui contraignent et sur lesquelles
ont agit dans le but de régler les urgences
et les contradictions quotidiennes. Pour Onslow il ne
s'agit pas d'écrire par avance l'histoire corps
et sens, mais de composer pour être joué
et publié, de gérer ses affaires, de participer
à la vie sociale, voire politique, de recevoir
des honneurs (car on ne manque pas de vanité).
Le contexte n'est donc pas détaché de
«la vie et l'œuvre», et cela donne au corps
de l'ouvrage un caractère de récit à
intrigues, ou page après page, trait après
trait, apparaît le personnage Onslow et le
monde qui l'entoure, qu'il agit.
Dans le prologue, Viviane Niaux restitue les propos,
qui circulant de dictionnaires en notices finissent
par être admis à tort, dresse l'état
des lieux de la documentation disponible, la hiérarchise.
Le catalogue général des oeuvres (une
centaine pour 83 numéros d'opus) est introduit
et commenté. On y indique les tonalités
et effectifs, les dédicataires, les dates de
composition, les localisations manuscrites et les éditions
d'une manière claire (selon l'auteur, il resterait
à retrouver de nombreux feuillets d'albums,
très à la mode à cette époque,
que les compositeurs offraient à leur entourage
et correspondants). Viviane
Niaux publie en annexe 88 lettres, dont elle a
souvent établi les dates et les destinataires,
voire reconstitué les échanges complets.
Douze pages, ce qui est encore digeste, sont consacrées
à la généalogie de la famille.
La bibliographie est claire et complète, tout
comme la discographie, de laquelle, au lieu et place
des petites étoiles et souriards, on aurait peut-être
préféré un court commentaire en
plein-texte.
Au chapitre 13, intitulé «l'homme et
son oeuvre», Viviane Niaux donne une
conclusion synthétique à son ouvrage,
et on regrette qu'elle n'ait pas brisé la contrainte
documentaire au profit de la liberté des idées.
Les quelques traits
nouveaux sur le personnage auraient sans doute trouvé
place dans le corps du récit, permettant de consacrer
à un approfondissement des interrogations
sur la reception en
française du dernier Beethoven à la fin des années
1820, problématique d'ailleurs fort bien esquissée
et puissamment imagée par les propos négatifs d'Onslow. On imagine également
que la désaffection dont est victime la musique
de George Onslow à l'orée des années
1850 n'est pas seulement consécutive au manque
d'inspiration de sa part ; qu'il faudrait aussi mettre
mieux en perspective cet extrait judicieusement choisi
d'une lettre de Gabriel Fauré à
son épouse [p. 248] : J'ai entrepris
un quatuor pour instruments à cordes, sans piano.
C'est un genre que Beethoven a particulièrment
illustré, ce qui fait que tous ceux qui ne sont
pas Beethoven en ont la frousse [...]. Que peut-on dire par ailleurs
des modifications du métier de musicien qui a
certainement influé sur les rapports entre amateurisme
et professionnalisme, les musiques de salon et de théâtre,
et créé une situation musicalement profitable
à des musiciens issus d'une population n'ayant
pas à se soucier du lendemain.
Nous avons dans l'idée que l'un de buts du
livre de Viviane Niaux est de susciter de tels développements d'encourager
l'analyse des musiques d'Onslow et leurs exécutions
publiques. Ce sera peut-être le moment
de s'interroger sur ce qu'est une «carrure franchement
tonale» dans les années 1815 [p. 75], la
tonalité romantique d'ut mineur [p. 110],
ou la tonalité rassurante de Mi bémol
majeur [p. 112].
Jean-Marc Warszawski 20 octobre
2003
Autres écrits de Viviane Niaux
- La musique de chambre avec piano de George
Onslow. Maîtrise de musicologie, Paris
IV 1986-1987
- Catalogue de la Musique imprimée conservée
au château d'Aulteribe. Aulteribe C.N.M.H.S.
1993 (non publié mais commandé par
la Direction de la Musique et consultable au château
d'Aulteribe).
- Avec SYLVIA L'ÉCUYER, Biographie musicale
: George Onslow par Joseph d'Ortigue. Bulletin
de l'Association George Onslow (1) 1994, p. 3-24
(ISSN 1266-7870)
- Les Quatuors à cordes de G. Onslow.
Dans collectif, «Le Quatuor à cordes
en France de 1750 à nos jours», Association
française pour le patrimoine Musical, Paris
1995
- La vie musicale à CLermont-Ferrand
au XIXe siècle. Dans «Bulletin
historique et scientifique de l'Auvergne»
(XCVII, 725) avril-juin 1995, p. 343-362 (ISSN 1266-7870)
- La Réception des opéras d'Onslow
en France à travers la presse quotidienne
de l'époque Dans «Bulletin de l'Association
George Onslow» (2) 1995-1996, p. 21-61. (ISSN
1266-7870).
- George Onslow et ses éditeurs français
et allemands : trente-six lettres présentées
et annotées. Dans « Bulletin de
l'Association George Onslow» (3) 1998, p.
25-63 (ISSN 1266-7870)
- Catalogue général de l'oeuvre
d'Onslow. Dans «Bulletin de l'Association
George Onslow» (3) 1998, p. 65-76 (ISSN 1266-7870)
- Article Onslow dans la The New Grove
Dictionary. Macmillan, Londres 2001
Notice
biographique sur le site références
/ musicologie.org
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