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Paul Veyne oppose le document à l'événement, en ce que l'événement est irréductible au document, alors que Thucydide pensait faire oeuvre "valable pour toujours" en raison de la vraisemblance de sa documentation [111] Il doutait de la crédibilité de ses témoins, mais pas de celle de son témoignage propre, ni de la possibilité d’accéder à, ou d'établir une documentation propre à fixer l'événement.
Alors qu'il rédige sa célèbre Histoire de France, en 1869, Michelet pense de même :
"...Jusqu'en 1830 (même jusqu'en 1836), aucun des historiens remarquables de cette période n'avait senti encore le besoin de chercher les faits hors des livres imprimés, aux sources primitives, la plupart inédites alors, aux manuscrits de nos bibliothèques, aux documents de nos archives." [112]
De Thucydide à Michelet, un très long écho de 23 siècles fait résonner la même question. A partir du 17
e siècle, les scientifiques, de Galilée à Descartes, en passant par les Huygens et Fermat, voire Mersenne, recherchent avec passion et grande curiosité les manuscrits anciens. Ils les décryptent parallèlement à leurs propres expérience. Peut-être poussées par la tradition qui consiste à se référer à l’autorité des anciens. Toujours est-il qu'ils mettent fin à l’ « ère aristotélicienne », en pensant parfois que nos anciens (Grecs) se sont vantés de bien des choses qu'ils n'ont pas faites. C'est vers 1680, que le bénédictin Dom Mabillon, inaugure l'analyse critique de l'objet manuscrit. Les historiens solitaires La question du document est devenue un double objet de critique, par ce que celui-ci se montre et montre autre chose. Il est définitivement versé au domaine historique. En d’autres termes, au cours du 18
e siècle, le manuscrit ancien passe des mains du savant à celles de l'historien.
Notes
111 - La recherche moderne, notamment archéologique recoupe des informations délivrées pat Thucydide.
112 - Jules Michelet, Préface à l’édition de 1869.
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Références / Musicologie.org — © Jean-Marc Warszawski 2002
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