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Impérial Couronnement de Poppée
Dijon, Auditorium, le 1er avril 2012

Par Eusebius

 

Couronnement de Poppée

Chaque nouvelle production de L'incoronazzione di Poppea réserve son lot de surprises. Attendues pour ce qui relève du choix opéré par le chef entre les deux sources (Venise et Naples), des coupures éventuelles en fonction de ses conceptions esthétiques et dramaturgiques. Imprévues pour ce qui concerne la réalisation scènique. Encore que la lecture de critiques de cette coproduction Lille-Dijon avait attisé ma curiosité : qu'en était-il vraiment de ce qui était qualifié de « ratage » de Jean-François Sivadier ?

Emmanuelle Haïm est vraiment dans son emploi et y déploie ses rares qualités : impossible d'émettre la moindre réserve quant à ses options (différentes de celles qu'elles avait retenues pour Glyndebourne) ni à sa réalisation, ni à sa direction. Peut-on mieux faire ? J'en doute.

Un Concert d'Astrée en pleine forme : dynamique ou infiniment retenu, le discours est exemplaire. Quant au plateau, on retrouve avec un grand bonheur une Sonya Yoncheva en Poppea, sensuelle à souhait, à la voix splendide, un Nerone en adéquation (Max Emanuel Cencic) dont le chant est un modèle de style. Ann Hallenberg est une belle Ottavia. Ottone (Tim Mead) et Drusilla (Amel Brahim-Djelloul, émouvante) méritent tous nos suffrages. Quant au Seneca, qui requiert des moyens peu communs (ambitus très large), Paul Whelan l'incarne avec justesse et grandeur naturelle.

La mise en scène justifie les réserves de la presse parisienne : le prologue est desservi par une gesticulation gratuite des acteurs. L'outrance du duo d'amour de Nerone et Poppea est prosaïque et vulgaire. Pourquoi cette trivialité fréquente que rien ne justifie ? Effet de mode ? Nerone n'est pas ce pantin lubrique et dévoyé que la mise en scène propose. Cette outrance est regrettable. Nerone, disciple de Seneca, est aussi le souverain généreux accordant sa grâce à Ottone et Drusilla. La subtilité, l'ambiguïté disparaissent pour un parti pris trop souvent grand-guignolesque. Vraiment dommage.

Car le spectacle réserve aux moins deux moments parfaitement réussis et inoubliables. La mort de Seneca, dans une lumière et des décors blancs, est conduite avec un ton juste. L'émotion contenue est permanente et l'auditeur fasciné oublie la longueur de la scène. L'autre scène qui justifierait à elle seule le déplacement est le finale, particulièrement le célèbre duo « Pur ti miro ». Nerone et Poppea s'y avancent du fond de scène vers la salle, avec une grandeur proprement impériale. Leur chant ne l'est pas moins.

 

Eusebius
(2 avril 2012)

PS : 1. La production lilloise est visible sur Arte live web et sera diffusée par Mezzo.

2. Marie-Aude Roux (Le Monde) titrait : « Une Poppée couronnée d'ennui ». Malgré mes préventions, jamais je ne me suis ennuyé. Alors que d'autres productions, Alessandrini à Beaune, par exemple, m'avaient laissé le souvenir d'un profond désagrément.

 


Références / musicologie.org 2012

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