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Indications biographiques
On ne sait à peu près rien de Pierre de la Croix (qu’il faut sans doute distinguer de son homonyme, Pierre de Picardie, actif lui aussi à Paris entre 1250 et 1272), sinon qu’il fut peut-être originaire d'Amiens et actif à Paris à la fin du XIIIe s. Il est l’auteur d’un
Tractatus de tonis en neuf chapitres. On lui attribue aussi les Règles relatives à la musique mesurée contenues dans les
Regulae de Robert de Handlo (
CS I, 388-389,
Quarta rubrica) et dans la
Summa musicae, chap. V, de John Handboys (
CS I, 424), où Pierre y introduit le
punctum divisionis.
Éditions
Coussemaker,
Scriptores I, 282-292 ; édition critique : D. Harbinson,
Corpus Scriptorum de Musica 29 (1976), utilisée ici.
Synopsis
I. Les 8 toni : définition ; authentes et plagaux, finales (D-E-F-G), affinales (a, b, c) ; ambitus de chaque ton ou mode et leurs differentiae. ─ II.-IX. "Neuma" ou exemples pour chacun des 8 tons.
Le texte
A propos des tons <ou modes ecclésiastiques>, il faut voir en premier lieu en quoi consiste un ton, et d'où vient son appellation. Un
ton, dans l'acception présente, est une certaine règle qui permet de classifier n'importe quel chant en fonction de sa finale.
Les tons sont au nombre de huit. Le premier est le
protus authente, c'est-à-dire le premier par l'autorité
1. Le second est appelé
protus plagal, et il est une partie du premier. Le troisième est le
deuterus authente, c'est-à-dire le deuxième par l'autorité. Le quatrième est appelé
deuterus plagal, et il est une partie du troisième. Le cinquième est appelé
tritus authente, c'est-à-dire le troisième par l'autorité. Le sixième est appelé
tritus plagal, et il est une partie du cinquième. Le septième est appelé
tetrardus authente, c'est-à-dire le quatrième par l'autorité. Le huitième est appelé
tetrardus plagal, et il est une partie du septième.
Les notes
2 finales sont au nombre de quatre, à savoir :
ré [D], mi [E], fa [F], sol [G]. Elles sont appelées
finales parce que les tons susnommés se terminent normalement sur elles. Les finales secondaires [
affinales] sont au nombre de trois, à savoir :
la [a], si [b], ut [c]. Elles sont dites
finales secondaires parce qu'elles peuvent se substituer aux quatre finales <régulières> : ceci peut survenir lorsque certains tons ne peuvent se terminer sur leurs finales propres, soit à cause de leur extension à l'aigu, soit à cause de leurs formules cadentielles propres [
principia] : ils se terminent alors sur les finales secondaires. Le premier et le deuxième tons se terminent sur
ré, qui est la première des finales ; les troisième et quatrième : sur
mi ; les cinquième et sixième : sur
fa ; les septième et huitième : sur
sol.
Les pièces du premier ton, du troisième, du cinquième et du septième montent davantage à l'aigu mais descendent moins au grave que les pièces appartenant à leurs plagaux. Ils peuvent, en effet, monter jusqu'à l'octave, la neuvième ou la dixième au-dessus de leurs finales respectives, et descendre un ton sous celles-ci. Mais le premier ton, en vertu de sa constitution [
auctoritatis], peut descendre jusqu'au
la grave
3.
Les pièces en plagal, elles, peuvent s'élever jusqu'à la quinte ou à la sixte au-dessus de leurs finales respectives, et descendre sous celles-ci jusqu'à la quinte.
[Ex. mus. à venir]
Quant aux pièces qui ne montent pas si haut ni ne descendent si bas, elles se maintiennent dans un ambitus restreint : nous dirons que si elles ne montent pas jusqu'à la quinte, elles appartiennent au plagal. Si, au contraire, elles l'atteignent souvent mais ne descendent pas tout à fait jusqu'à la finale, elles appartiendront aux authentes.
Pour ce qui est de leurs raccords mélodiques [
differentiis] ou formules cadentielles [
principiis], aucune règle musicale n'a pu en déterminer le nombre propre à chaque ton. L'usage variant selon les villes, le nombre de formules varie aussi : davantage à un endroit, mais moins en un autre.
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