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Hänsel  und Gretel en v.o. et en v.f.
La Péniche Opéra à l'Espace Cardin

29 et 30 décembre 2012

par Frédéric Norac

De cette production, on retiendra surtout les qualités musicales et, en particulier, l'excellente transcription pour huit instruments de Takénori Nemoto qui donne à la musique d'Humperdinck une légèreté inattendue, tirant souvent la partition du côté de Strauss plutôt que de Wagner. L'adaptation française de Sébastien Joly, en revanche, donnée en alternance avec la version originale, pose quelques problèmes de prosodie et d'intelligibilité, plus ou moins prononcés selon les tessitures.

Hënsel une Gretel, Péniche Opéra, Espace CardinYolanda Fresedo (Gretel) et Jennifer Whennen (Hänsel).

D'une distribution à l'autre, qualités théâtrale et vocales s'équilibrent pour un résultat homogène et parfaitement convaincant. Dans la version française, Eléonore Pancrazi joue avec beaucoup de naturel et d'énergie son personnage de petit lascar déluré sans jamais sacrifier la musicalité et la compréhension du texte. Son timbre de mezzo léger se marie parfaitement avec celui de la Gretel encore un peu verte de Charlotte Plasse. Dans le duo formé par Jennifer Whennen et Yolanda Fresedo, dans la version allemande, les voix sont plus mûres, et avec un Hänsel soprano semble passer, surtout dans la poétique prière du deuxième acte, le souvenir du couple Quinquin et Sophie du Chevalier à la rose . Vikrant Subramanian est encore un peu jeune pour le personnage du père mais il le compose avec beaucoup d'assurance et y fait valoir une diction allemande parfaite et une voix de baryton prometteuse. Paul-Emile Dubois possède quant à lui le format physique et vocal exact pour incarner la figure paternelle et il le fait avec beaucoup de chaleur. Anne Rodier se coule avec beaucoup d'évidence dans son rôle de pocharde colérique. Les sorcières ont chacune leur personnalité, un rien fofolle et évaporée, avec un timbre lumineux d'authentique ténor léger pour Artavazd Sargsyan, plus cruelle et perverse avec le demi caractère de Christophe Crapez.

L'univers contemporain dans lequel Mireille Laroche a transposé le conte des Frères Grimm, faisant des parents des SDF alcoolisés, glissant dans les chorégraphies et les costumes des éléments de hip hop, ne fonctionne qu'à moitié. En voulant moderniser l'opéra d'Humperdinck, la metteuse en scène a  sans doute un peu trop forcé le trait. Certes le père dans le livret original est déjà un  ivrogne mais pourquoi faire de la mère une pocharde et de la famille des SDF vivant sous une bretelle d'autoroute près d'une cité HLM ? Même si l'idée lui donne l'occasion d'un joli prélude, elle introduit une certaine trivialité de ton qui parasite un peu la musique « romantique » d'Humperdinck. Quelques maladresses incompréhensibles dans la réalisation dépoétisent aussi  le propos comme le changement de tableau entre les deux premiers actes qui aurait supporté un noir plutôt que de  voir les régisseurs vider le plateau pendant l'interlude orchestral. C'est d'autant plus dommage que le décor de la forêt pétrifiée du deuxième acte est  du plus bel effet même s'il est un peu gâté au final par ses chorégraphies enfantines naïves et ses boules de lumière dont l' esthétique sent son spectacle de fin d'année scolaire. L'acte le plus réussi reste celui de la sorcière et de son usine à bonbons très flashy  et un poil années cinquante où les éléments vidéo renforcent le comique du personnage et lui donnent une légèreté bienvenue.

Globalement les deux équipes sont épatantes. Soutenues avec compétence et beaucoup de raffinement par les huit instrumentistes de l'ensemble Nigella, elles portent un spectacle souvent un peu approximatif mais qui a le mérite de mettre l'opéra au niveau d'un public élargi et familial, ravi de sa découverte.

Frédéric Norac

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