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François Couperin :
« Les Nations »

François Couperin Les nations

Ensemble les ombres

François Couperin (1668-1733), Les Nations. Les Ombres (Margaux Blanchard, Sylvain Sartre). Enregistré au temple Lanterne de Lyon du 1er au 9 avril 2012. Ambronay 2012 (AMY 035), double CD.

Quand après la mort de François Couperin (le grand), Titon du Tillet ajoute une biographie du musicien dans le Parnasse françois, galerie de personnages ayant honoré le siècle de Louis XIV, il met en avant le « goût nouveau » le « chant noble et gracieux », note l'estime qu'on lui porte en Italie, Allemagne et Angleterre.

Il faut comprendre par style nouveau l'influence de la musique italienne, qui de cour en cour, de grand centre religieux et grand centre religieux, irradie vers le nord, et gagne la musique instrumentale. On a bien raison à Ambronay de relever le génie de ce compositeur, et de le jouer si bien.

Mais écrire que « c'est dans la musique sans frontières du Grand Couperin qu'est née l'idée d'une Europe moderne », c'est tout de même assez osé et très élément de communication dans l'air du temps.

C'est dans la musique de Jean-Jacques Rousseau et de ses potes philosophes qu'est née l'idée de modernité sociale, qui ne se mesure pas au nombre de frontières, mais à la liberté et à la qualité de vie des individus. La modernité en Europe, c'est d'abord la Révolution française... Et localement, la création en 1795, du Conservatoire national de musique.

Pour qu'il y ait une Europe moderne, il faut des états souverains, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, ce qui ne l'était pas au temps des Couperins où l'Europe, humains compris, était propriété des cours princières, et où la culture des élites, partout, était exclusivement française, italienne ou allemande. Or, pour une Europe moderne, il faut que ce qui est là vaille ce qui est ici. Ce sont les romantiques qui ont vraiment mis, d'une manière moderne, les nations à l'honneur.

Écoutons cette belle musique, elle fait sonner la grandeur de la cour de France selon son temps, participe à la propagande de représentation. En fait, ces trois + une suites — ordres — publiées en 1726 à partir des compositions plus anciennes, Sonades et suites de simphonies en trio, dix ans après la mort du « roi soleil », portaient à l'origine les titres : La pucelle, La visionnaire, L'astrée, devenus dans l'ordre La Françoise, L'Espagnole, La Piémontaise et L'impériale.

À quels efforts diplomatiques cette musique contribue-t-elle après Louis XIV, après les guerres, mais aussi les pressions diplomatiques pour la succession d'Espagne (Louis XIV, par son épouse et sa mère est lié à la couronne d'Espagne, qu'il veut préserver pour sa famille), les guerres au Piémont avec les princes de Savoie, les démêlés avec l'empereur, pour la Lorraine ou encore la succession d'Espagne ?

Pourquoi, par ailleurs, présenter cette musique comme un métissage ? Pourquoi jouer cette musique avec un engagement personnel, et peinturlurer le livret du dogme de la valetaille médiateuse ?

Sans aucun doute, achetez ce double CD, volez-le, piratez-le, MPtroisïez-le, votre platine le mérite, visitez-les comme un athée peut aujourd'hui s'émerveiller des beautés de l'art qui fut religieux, l'humain y a confié de lui tout ce qu'il pouvait de grand.

 

Jean-Marc Warszawski
11 septembre 2012

Biographie de François Couperin

Les Ombres

Direction artistique : Margaux Blanchard et Sylvain Sartre

Violons : Katharina Heutjer, Marie Rouquié, Louis Creac'h

Flûtes traversières : Sylvain Sartre, Sarah van Cornewal

Hautbois : Johanne Maitre, Katharina Andres

Basson : Mélanie Flahaut

Viole de gambe : Margaux Blanchard

Théorbe, archiluth, guitare : Vincent Fluckiger

Clavecin : Nadja Lesaulnier

Orgue : Benjamin Alard

CD1

Premier ordre : La Françoise

1. Sonade « gravement ; gayement ; rondement ; gayement ; gravement ; vivement ; air gracieusement, gayement »

2. Allemande « sans lenteur »

3. Première courante « noblement »

4. Seconde courante « un peu plus vite »

5. Sarabande « gravement »

6. Gigue « gayement »

7. Chaconne ou passacaille « modérément »

8. Gavotte

9. Menuet

Deuxième ordre : L'Espagnole

10. Sonade « gravement et mesuré ; vivement ; doux et affectueusement ; légèrement ; repos ; gayement ; repos ; gayement ; air tendre ; vivement et marqué »

11. Allemande « gracieusement »

12. Courante « noblement »

13. Seconde courante « un peu plus vivement »

14. Sarabande « gravement »

15. Gigue lourée « modérément»

16. Gavotte « tendrement, sans lenteur »

17. Rondeau « affectueusement »

18. Bourrée « gayement », double de la bourrée précédente

19. Passacaille « noblement et marqué »

CD2

Troisième ordre : L'Impériale

1. Sonade « gravement ; vivement ; gravement et marqué ; légèrement ; rondement ; vivement »

2. Allemande « sans lenteur »

3. Courante

4. Seconde courante « plus marquée »

5. Sarabande « tendrement »

6. Bourrée « gayement »

7. Gigue « d'une légèreté modérée »

8. Rondeau « gayement »

9. Chaconne

10. Menuet

Quatrième ordre : La Piémontoise

11. Sonade « gravement ; vivement ; gravement ; vivement et marqué ; air gracieusement ; 2e air ; gravement et marqué ; légèrement »

12. Allemande « noblement et sans lenteur »

13. Courante

14. Seconde courante « plus gayement »

15. Sarabande « tendrement »

16. Rondeau « gayement »*

17. Gigue « affectueusement quoy que légèrement »

... Johann Sébastian Bach, Aria en fa majeur, BWV 587.

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