S'abonner au bulletin

 

Michelangelo Falvetti : Nabucco

 

Falvetti, Nabucco

Michelangelo Falvetti (1642-1692), Il dialogo del Nabucco.Cappella Mediterranea, Chœur de chambre de Namur, Leonardo García Alarcón, direction. Ambronay 2013 (AMY 036).

Enregistré à l'église abbatiale d'Ambronay les 10 et 13 septembre 2012.

 

30 septembre 2013, par Eusebius ——

On connaissait Il diluvio universale de ce compositeur calabrais, sicilien d'adoption, de la seconde moitié du xviie siècle.  Leonardo García Alarcón nous fait découvrir maintenant un autre oratorio à peu près contemporain (1683) :  Il dialogo del Nabucco. Si la source en est évidemment la même que celle du célèbre opéra de Verdi, d'un siècle et demi postérieur, l'oratorio se fonde directement sur le récit biblique (Daniel), à la différence de l'opéra, dont le livret s'inspire d'une pièce de théâtre romanesque. Ici, il s'agit du miracle des trois enfants précipités dans la fournaise pour n'avoir pas voulu adorer la statue de Nabucco, sujet traité aussi par Britten dans The Burning Fiery Farnace (1965-66).

La variété des procédés d'une écriture inventive à souhait permet d'éviter l'alternance systématique des récitatifs et des airs. Les moyens mis en œuvre sont importants : huit solistes, un orchestre riche d'un instrumentarium coloré où se glissent des instruments moyen-orientaux, et un chœur.

Le prologue s'ouvre sur une page où l'Euphrate est suggéré par le figuralisme des cordes — qui fait penser par sa fluidité et son rythme au début de la Johannes Passion de Bach — introduisant un beau  duo de sopranes, ponctué par la basse (le fleuve). L'étrangeté est renforcée par l'orientalisme de l'instrumentation de Leonardo García Alarcón. À la formation baroque, il ajoute le ney, flûte oblique iranienne1, le kaval, flûte des Balkans, et le duduk, hautbois arménien. Le songe de Nabucco, l'invitant à ériger une statue à son effigie est introduit par une sinfonia sombre et interrogative, qui laisse présager le drame qui va se jouer. Un arioso du capitaine des gardes —  Arioco — annonce ce songe nocturne, illustré de façon extrêmement efficace. L'inquiétude du monarque s'exprime dans une belle aria « Per non vivere infelice », à laquelle répondent Daniel et les trois enfants au long d'une série d'interventions. Une puissante et dynamique sinfonia ouvre la seconde partie centrée sur les enfants dans la fournaise,  après que Nabucco ait vainement tenter d'imposer sa volonté.

Aucune défaillance dans l'équipe homogène et valeureuse que forment les solistes. Le roi orgueilleux est incarné par  Fernando Guinaraes, un ténor vaillant à l'émission claire. Les deux basses— l'Euphrate (Matteo Bellotto) et Daniel (Alejandro Meerapfel) — ont la puissance et l'autorité de leurs rôles. Le capitaine des gardes est confié à Fabian Schofrin, solide contre-ténor. C'est aux sopranes, tour à tour allégories (Idolatria et Superbia) et trois enfants, que sont réservés les arias les plus intéressantes, particulièrement à la fin de l'ouvrage, avec une expression très caractérisée (Caroline Weynants, Mariana Flores, Magdalena Padilla Olivares et Capucine Keller).

Un chœur exemplaire, le Chœur de Chambre de Namur, participe pleinement à la réussite de cet enregistrement : « Vola la flamma », à 6 voix,  et « All' augusto simulacro », à trois voix, à la louange de Nabucco sont de belle facture. Tout comme le puissant choeur final, la moralité.

Quant à la direction de Leonardo Garcia Alarcon, elle valorise les voix et le sens dramatique en nous restituant un oratorio qui mérite toute notre attention.

 

plume Eusebius
30 septembre 2013

1. les percussions, caractéristiques, sont tenues par Keyvan Chemirani.

À propos      S'abonner au bulletin   Liste musicologie.org   Collaborations éditoriales    


Références / musicologie.org 2013


Les derniers articles d'Eusebius

recherche

 

rectangle

rectangle

rectangle