Introduction, Marche funèbre et Final, extrait de « Jouvence », fantaisie pour
violon principal et octuor
Peu à peu, l'œuvre de Lucien Durosoir (1878-1955) sort des partitions, pour parvenir au concert,
où il est assez régulièrement joué, voire même lu, dans ses
lettres envoyées quotidiennement des tranchées au front de la Grande 1914-1918 (). Après les œuvres
pour violon et piano par Geneviève Laurenceau et Lorène de Ratuld, et les
quatuors à cordes enregistrés par le Quatuor Diotima, Alpha produit un troisième album consacré
à la musique de chambre avec l'Ensemble Calliopée. Il s'agit de 7 œuvres composées entre 1921 et 1946.
Revenu du front, Lucien Durosoir a jugé qu'il lui était impossible de reprendre sa brillante
carrière de violoniste virtuose, il a rompu avec le milieu musical parisien, cultivant même un certain dépit
envers ceux qui « planqués », on pu continuer à travailler. Il s'est dès lors, consacré
à la composition, a quitté Paris pour s'isoler dans les Landes.
Les œuvres de Lucien Durosoir réservent, on s'en doute, de très belles parties au violon
et frères de cordes, et souvent un scintillement de timbres impressionniste, rendu plus par la vigueur et liberté
polyphoniques, et l'esprit concertant, que par un partage de l'instrumentation entre les parties. Mais, au-delà de
la richesse des impressions expressives, entre furie et accents rêveurs, le sentiment général pourrait
être un certain désabusement, qui ferait alors pencher vers une sensation impressionniste, renforcée
parfois par des acidités ou des grincements de « dissonances » systématiques, une prise de distance.
Ce n'est pas une musique sentimentale, mais une musique d'impressions qui s'y oppose, dans un jeu de sentiments contradictoires,
dans lequel aucun ne peut s'imposer. Ce qui s'impose parfois, le fait par obstination, comme ici ou là, un motif qui
ne veut pas lâcher. On ne peut là, s'empêcher de penser au soldat Durosoir, organisant méticuleusement,
opiniâtrement, un peu vieux garçon, sa vie (c'est à dire survie) dans les tranchées. C'est une
musique relativement exigeante — en disque, tujours plus qu'en concert, délivrant ses richesses, et modifiant sa perception
par écoutes successives, où douceur, élans élégiaques, sérénité prendront
une présence qu'ils n'ont peut-être pas à la première écoute.