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Donizetti à la française
La Favorite entre grand opéra
et melodramma

Théâtre des Champs Elysées, 7 février

Par Frédéric Norac

La favoriteLa Favorite. Théâtre des Champs-Elysées
Photographie © Vincent Pontet – Wikispectacle

Curieux opéra que cette Favorite, pilier du répertoire de l'Opéra de Paris de sa création jusqu'en 1918 et depuis lors quasiment disparu des scènes françaises. La dernière production parisienne remonte à 1991 à l'Opéra Comique et Montpellier s'y est également risqué en 2008. Donizetti semble vouloir y rivaliser avec Meyerbeer et Halévy et s'approprier les codes du grand opéra. Le livret, dû à la plume d'Alphonse Royer et Gustave Vaëz, originellement prévu pour un opéra refusé, L'Ange de Nisida , et revu par l'inévitable Scribe,  porte tous les traits du genre : arrière plan historique appelant le plus grand décorum scénique et intrigue aux situations d'une totale invraisemblance, doublée de sentiments d'une absolue convention. Pourtant, sur ce terreau vicié croît une des plus belles fleurs du langage tardif du compositeur, celui qui annonce déjà Verdi  et le second romantisme.

Donizetti, la favoriteLa Favorite. Théâtre des Champs-Elysées
Photographie © Vincent Pontet – Wikispectacle

Face à un opéra qui appelle le grand spectacle et la couleur locale — nous sommes à Séville en 1340, à la cour du roi de Castille Alphonse xi, en guerre contre les Maures — Valérie Nègre  prend le parti du minimalisme le plus abstrait et sacrifie pour les costumes — d'une insigne laideur — à l'époque de la création de l'œuvre, les années 1840, histoire de mettre en perspective l'opéra dans son contexte esthétique. Rien n'est plus difficile à gérer que le vide scénique et la metteure en scène s'enferre pendant les premiers deux actes face à des situations insipides dramatiquement, ne dirigeant ni les chanteurs ni les chœurs, sinon pour leur imposer des mouvements chorégraphiques d'un ridicule achevé. Heureusement pour elle, l'italianité et le bel canto reprennent droit de cité dès le troisième acte et c'est plutôt en un mélodrame intimiste que s'achève l'opéra. Tandis que l'action se resserre la scénographie d'Andrea Blum prend de la pertinence et l'on avouera que, tout de même, malgré quelques rires dispersés dans la salle à certaines répliques malheureuses, la production finit par saisir le climat juste des scènes finales, bien aidée en cela par les éclairages d'Alejandro Le Roux. La dernière scène, la mort de Léonor dans le couvent où Alphonse vient de prononcer ses vœux, évoque singulièrement La Force du destin, n'était la cabalette qui achève le duo et qui nous éloigne de toute vérité dramatique. 

Donizetti, la favoriteLa Favorite. Théâtre des Champs-Elysées
Photographie © Vincent Pontet – Wikispectacle

La distribution, elle aussi, mûrit au cours de la soirée et s'impose vraiment dans les deux derniers actes. D'évidence il manque à Marc Laho, à l'émission claire, à la diction parfaite, un certaine vaillance dans l'aigu et surtout le charisme pour incarner le rôle d'Alphonse, écrit spécifiquement pour Gilbert Duprez et qui n'est pas seulement qu'élégie.

Dans le rôle titre, conçu pour le contralto de la fougueuse Rosine Stolz, Alice Coote ne manque certes pas de bravoure mais sa voix aux registres dissociés avec un extrême grave artificiel et une certaine acidité du timbre laisse une impression mitigée malgré un bel engagement.

Dopnizetti, la favoriteLa Favorite. Théâtre des Champs-Elysées
Photographie © Vincent Pontet – Wikispectacle

Passé son air d'entrée, ce fameux  « Viens Léonor », cheval de bataille des tous les grands barytons français des débuts du disque, chanté de façon assez pontifiante, Ludovic Tézier se libère un  peu de son penchant à la grandiloquence et tous trois se révèlent dans le magnifique trio de l'acte iii. On passera sur l'émission pâteuse et le français incompréhensible qui gâtent la belle voix de basse de Carlo Colombara  pour saluer Loïc Félix à qui revient la difficile charge d'assurer les coups de théâtre d'une intrigue plus qu'improbable et qui s'en sort avec panache.

Donizetti, la favoriteLa Favorite. Théâtre des Champs-Elysées
Photographie © Vincent Pontet – Wikispectacle

Une des grandes qualités de l'œuvre réside dans l'originalité et la force de son langage orchestral , ce que Paolo Arrivabeni, à la tête d'un  Orchestre national en bonne forme, fait valoir avec beaucoup de conviction. C'est à sa direction équilibrée et raffinée que le spectacle doit le meilleur de sa tenue. On se souviendra  qu'en 1840, année de la création de La Favorite, Wagner était à Paris, tirant le diable par la queue, et que parmi ses travaux alimentaires figure la réduction pour piano et chant de la partition de Donizetti, publiée chez Schlesinger. On serait bien curieux de savoir ce qu'il pensait de la musique de ce tube du hit parade lyrique du xixe siècle que ses propres opéras ont depuis bien éclipsé.

Dopnizetti, la FavoriteLa Favorite. Théâtre des Champs-Elysées
Photographie © Vincent Pontet – Wikispectacle

Frédéric Norac

Prochaines représentations les 9, 12, 14, 17 et 19 février à 19h30 — Retransmis en différé sur France Musique le 23 février

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