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Les Fumet, c'est une dynastie de
musiciens, peut-être plus modestement une descendance
: Dynam-Victor (1867-1949) et Raphaël (1898-1979),
sont des compositeurs, et aujourd'hui Gabriel, est le
flûtiste que beaucoup de mélomanes connaissent.
Dynam-Victor est un personnage singulier,
qui repasse la direction de la musique du cabaret le
Chat Noir, à son ami, le tout aussi singulier
Erik Satie. Ses improvisations à l'orgue ont
laissé une très forte impression, et ce
que l'on peut entendre aujourd'hui de ses musiques est
épatant. Il tiendrait son surnom, « Dynam
», de son dynamisme. On peut aussi penser que
ce « Dynam », c'est «dynamite »,
de sa période anarchiste. Il était ami
avec de grandes figures de l'anarchie — ce qui lui coûta
la disqualification au Grand Prix de Rome. Il y aura
aussi une période occulte et alchimiste, où
il se fera médium. Il accomplit l'essentiel de
sa carrière à la tribune de l’église
Sainte-Anne-de-la-Maison-Blanche, après avoir
été chef d'orchestre en Amérique
du Sud, avoir passé trois ans dans les Basses-Pyrénées,
puis avoir été maître de chapelle
au collège oratorien de Juilly. Il a deux fils
: Stanislas (1896-1983), écrivain, est un important
penseur du catholicisme, notamment sur les questions
de l'art et de l'esthétique. Raphaël tient
de son père le goût pour l'improvisation
au piano ou à l'orgue, qu'il étudie avec
César Franck (comme son père, qui en fut
aussi l'assistant), et la composition, à la Schola
Cantorum avec Vincent d'Indy. Grâce à ses
facilités d'improvisateur, il est recherché
pour accompagner les films, et participe à la
vie du monde artistique parisien. Puis, durant une dizaine
d'années, il est maître de chapelle à
Juilly. En 1940, il s'installe définitivement
à Angers, où il est professeur de piano
et d'harmonie, au Conservatoire, et organiste de l'église
Saint-Joseph. Le célèbre organiste Jean
Guillou est l'un de ses élèves.
Si les dictionnaires de musique,
comme « The new Grove Dictionary of Music and
Musicians » ou « Die Musik in Geschichte
und Gegenwart » font une place à
Dynamite-Victor, Raphaël, quant à lui, semble
être hors les archives historiques, et c'est bien
dommage. J'entends par « hors-histoire »,
le fait de ne pas intégrer, tant par la forme
que par le fond, ce qu'on écrit des préoccupations
d'une époque, d'être hors les débats
qui façonnent l'idéologie, et dont on
pourrait, pourtant, être un révélateur.
Comme les enfants qui ne sont pas admis dans la conversation
des adultes qui savent... Et pourtant.
Il n'y a pas en douter, Raphaël
Fumet est un des maîtres de la musique française,
de la première moitié du XXe siècle.
Sa musique a l'élégance, la fluidité,
l'évidence immédiate, qui masquent les
coups de plume, qui font oublier le labeur de l'artisan
: c'est naturel, ou les renvois à autre chose
qu'elle-même,
Raphaël Fumet aime les textures
denses et le travail contrapuntique serré, la
mobilité, un certain sens du fugitif. Il y a,
de ce point de vue, quelque chose d'impressionniste,
mais toujours, avec le temps de l'installation, rien
n'est « suspendu », ou en demi-teinte, comme
dans la musique debussyste. On est dans une esthétique
incisive.
Les pièces, enregistrées
pour ce disque, ont ce caractère de « plein
air », qu'on appréciait dans la première
moitié du XXe siècle, avec une subtile
opposition entre la mobilité et le retenu. Particulièrement
dans les pièces pour vents. Dans le quatuor à
cordes, s'ajoutent des traits de profond lyrisme,
et d'intense émotion, avec pudeur et sans pathos.
Certes, pour l'époque ce n'est
pas une musique d'avant-garde. Elle n'est pas non plus
passéiste. Ce sont des notions, ici, sans importance.
Raphaël Fumet est un improvisateur, fils d'improvisateur.
C'est un compositeur qui joue en public, métier
qui disparaît à son époque. Cela
n'est pas sans influence (on peut penser aujourd'hui
à Thierry Escaich). On est dans le monde du moment,
de la performance, de la spontanéité,
du témoignage immédiat, avec un public
présent. Je pense, qu'à la table, devant
le papier à musique, c'est cela qu'on tente
de faire entrer en écriture.
On peut se demander, si cette musique, exclue de
ce qu'on pense être le sens de l'histoire, n'est
pas un morceau histoire réelle. En plus et surtout,
c'est très beau.
Jean-Marc Warszawski 8 mars 23008
1-2, Quatuor pour bois 3, Quatuor
pour bois 4-5, Quintette à vents 6-8, Quatuor
à cordes en la majeur
Les Solistes de l'Orchestre
national de France :
Philippe Pierlot, flûte ; Pascal
Saumon, Hautbois ; Patrick Messine, clarinette ; Vincent
Léonard, cor ; Philippe Hanon, Basson
Le nouveau Quatuor de Saint-Petresbourg
:
Membre et solistes de l'Orchestre
Philharmonique de Saint-Petersbourg : Pavel popov, permier
violon ; Yuri Uschapovsky, second violon ; Alexey Bogorad,
alto ; Teras Trepel, Violoncelle
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