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Issu d'une riche famille de drapiers aixois, les Boyer,
anoblie au cours du XVIIIe siècle, par achats de terres et de titres,
Emmanuel Honoré de Boyer de Fonscolombe, conforté dans son titre de baron,
sous Napoléon III, est juriste, licencié en droit, il est aussi, selon le
dictionnaire des musiciens de Fétis, un « amateur distingué de
musique ».
Les romances d'Emmanuel de Fonscolombe connurent un
certain succès, et son opéra, « Le Prisonnier de Crimée », fut créé à
Marseille. Maître de chapelle à Aix-en-Provence, il laisse surtout des
compositions religieuses : messes, motets, etc.
Ce disque, premier enregistrement d'œuvres de Fonscolombe, offre un
choix de romances et quelques pièces religieuses, interprétées par la
soprano Anna-Maria Panzarella et le baryton Mario Hacquard, que les
amateurs d'art lyrique connaissent bien.
Maria Belooussova est au piano. Passée par l'Institut Gnessine de
Moscou et le Conservatoire national de Paris, elle fait une carrière de
soliste, et surtout de chambriste, notamment au sein de l'ensemble
« Musique Oblige »
La partie de violoncelle est tenue par Frédéric Deville, que l'on est
peu habitué à entendre dans ce répertoire. En effet, on le connaît surtout
comme membre du duo électrique « Sring Machine », accompagnateur de
Brigitte Fontaine, Jacques Higelin, Alain Chamfor ou Daniel Mille. Il a
enregistré, en 2004, déjà aux côtés de Mario Hacquard, des Lieder de
Beethoven.
Le baron avait du goût, il n'y a pas à dire, et comme les interprètes
s'y donnent sans vergogne, voici un enregistrement très agréable, touchant
même, si on joue également le jeu, si on y entre.
C'est de la musique romantique, de la musique de salon, qui n'est pas
parfois sans trait emphatique, sentant un peu la naphtaline des malles
d'arrière grand-maman, et évoquant les gestes un peu marqués des
tragédiens d'avant, qu'on voit sur des photos jaunies.
Mais c'est de la musique très bien tournée, expressive y compris dans
ses parties d'accompagnement, et poétiquement parfaitement unie aux
textes, avec une élégance, un enlevé, une légèreté qui est la marque
distinctive de ce qu'on appelle la « belle mélodie française », que
l'on retrouve aujourd'hui, dans l'aussi belle chanson dite de variétés. Le
baron était efficace, savait y faire pour mettre le public dans sa
poche.
Les pièces religieuses, sont de même facture, peut-être un peu moins
théatrales, mais alors plus légères, amoureuses, sensuelles, qu'on se
pose la question de la décence de la musique au culte, qui s'est
d'ailleurs posée.
Enfin, cela nous dit, d'une manière plus quotidienne qu'avec les grands
compositeurs, médaillés, au nom gravé en grosses lettres dans le marbre de
la mémoire collective, la musique qu'on aimait entendre en tournant
le bouton, non pas de la radio, mais de la porte du salon, de l'église, ou
du club distingué.
Jean-Marc Warszawski
26 décembre 2007
Anna-Maria
Panzarella, soprano Mario
Hacquard, baryton Maria
Belooussova, piano Frédéric
Deville, violoncelle
Enregistré par Thomas Vingtrinier
au Studio Sequenza à Montreuil, en octobre 2007
— Avec le soutien de la Fondation Princesse Grace de
Monaco, du Baron de Fonscolombe - La Mole et de la Succession
Saint-Exupéry - d'Agay
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