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Des jeunes voix lyriques du théâtre Mariinski chantent l'âme russe à la Villa Domergue de Cannes

 

Cannes, 27 août 2014, par Jean-Luc Vannier ——

Ils ont à peine cent ans à eux quatre. La soprano Maria Bayankina, la mezzo-soprano Yulia Matotchkina, le ténor Evgeny Akhmedov et le baryton Grigory Tchernetsov, tous solistes de l'Académie des jeunes chanteurs du Théâtre Mariinsky de Saint-Péterbourg, donnaient mardi 26 août dans les jardins de la prestigieuse Villa Domergue de Cannes, un concert lyrique. Au programme de cette soirée exceptionnelle du Festival de l'art russe soutenu par la Fédération de Russie (Ministère des affaires étrangères, Ministère de la culture, Fondation de la Culture russe) et la Ville de Cannes, figuraient de nombreuses romances tirées du répertoire russe classique mais aussi quelques arias des opéras de Puccini, de Donizetti, de Saint-Saëns et de Tchaïkovski. Les artistes étaient accompagnés au piano par Larissa Guerguieva, Directrice artistique de cette académie. Félicitons cette « Artiste du Peuple de Russie » pour avoir maintenu son jeu pianistique rigoureux tout en jonglant avec des partitions chamaillées par de brutales rafales de vent.

Maria Bayankina. Photographie © DR

Les quatre solistes laissent entendre des voix puissantes, solidement charpentées dans la projection par des techniques vocales dûment travaillées. Avec d'étonnantes ampleurs de tessiture comme dans l'extrait de Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns interprété par la mezzo-soprano Yulia Matotchkina ou dans la romance populaire chantée par l'impressionnant baryton verdien — aux intonations charnues de basse qu'il semble néanmoins contester — Grigory Tchernetsov. Lequel s'autorise in fine une agile incursion dans de surprenants aigus. L'air de Vladimir Lensky tiré de l'opéra Eugène Onéguine de Tchaïkovski permet au ténor Evgeny Akhmedov de filer sans encombre d'infinies notes graves tandis que la soprano Maria Bayankina décline sans faiblir, quant à elle, l'exigeante et célèbre Vocalise opus 34 no 14 de Serguei Rachmaninov.

Ces authentiques prouesses vocales, chaleureusement saluées par le public, possèdent néanmoins l'inconvénient de leur avantage : en multipliant les fortissimi, ces jeunes artistes russes restreignent les nuances souvent requises par ces mélodies. Certes, cette désagréable impression s'atténue un peu en deuxième partie où, oserons-nous dire, après avoir « montré leurs muscles » phoniques, les chanteurs lâchent prise en délaissant cet esprit de compétition typique de l'école lyrique traditionnelle russe et nous charment par des intonations nettement plus intimistes. En témoignent les magnifiques chants de Minkov, Kalinnikov et de Rimski-Korsakov exécutés en début du second acte avec une profondeur évanescente très « gontcharovienne » par la mezzo-soprano Yulia Matotchkina. Comment ne pas être également touché par l'invitation de la soprano Maria Bayankina lorsqu'elle vous apostrophe avec son lancinant refrain de l'ancienne Russie « Dis moi que tu m'aimes ! » ? Mais son athlétique « Mi chiamano Mimi » de La Bohème de Puccini manque d'incarner cette attachante fragilité du personnage tandis que, de son côté, le ténor Evgeny Akhmedov écarte trop la délicatesse du grand air souffrant de Nemorino « Una furtiva lagrima » dans L'Elisir d'amore de Donizetti. Finalement, le baryton verdien Grigory Tchernetsov demeure le plus à l'aise dans son registre vocal tout en imposant par ses yeux bleu-glace, une incontestable présence scénique.

Grigory Tchernetsov. Photographie © DR

Il est regrettable, comme ils nous l'ont confié à l'entracte, que ces jeunes et talentueux artistes n'aient jamais eu la chance d'expérimenter une éducation lyrique dans d'autres écoles de chant : leurs voix s'en épanouiraient davantage pour le plus grand bonheur de l'audience.

 

Cannes, le 27 août 2014
Jean-Luc Vannier

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