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Claudio Monteverdi : Vespro della beata Vergine

Monteverdi

Claudio Monteverdi, Vespro della beata Vergine. Chœur de chambre de Namur, Cappella mediterranea, Leonardo García Alarcón (direction). Ambronay 2014 (AMY 041 ; 2 v.)

Enregistré à l'abbaye d'Ambronay les 7-12 septembre 2013.

Par Jean-Marc Warszawski ——

Les Vêpres de la Vierge de Claudio Monteverdi atteignent les sommets de l'art musical. Composées à Mantoue entre 1608 et 1610, dans la foulée de l'Orfeo, elles ont été offertes au pape Paul V.

C'est à l'origine une œuvre sonore somptueuse : double chœur mixte avec un redoublement supplémentaire des basses, reprise de l'ensemble instrumental de la chapelle du duc de Mantoue, tel qu'il était à la création de l'Orfeo : 2 gravicembali (clavecins ayant une bonne étendue dans les graves), 2 contrebasses de viole, 10 violes, 1 arpa doppia (harpe), 2 violini piccoli alla francese, 2 chitarroni (grand luths), 2 orgues à tuyaux de bois, 3 basses de gambe, 4 trombones, 1 regale (petit orgue à anches battantes), 1 flûte soprano, 1 trompette aiguë, 3 trompettes basses.

Les Vêpres sont aussi une œuvre-fleuve et composite, succession de psaumes, Dixit dominus, motet, sonate, hymne et Magnificat, dans laquelle le compositeur déploie une grande habileté à varier les mélanges de voix et d'instruments, mais aussi une grande virtuosité dans l'opposition théâtrale de l'ancien et du nouveau, plain-chant, style antico, style concertant, double chœur à la vénitienne, et cette fameuse seconda prattica qui associe belle mélodie (bel canto) et harmonie rutilante nouvelle (au moins sur la scène des musiques savantes), qui fera de Monteverdi le père historique de l'harmonie tonale.

La version qui est proposée ici ne reprend pas exactement les configurations chorale et instrumentale d'origine, mais offre pour notre bonheur une fête musicale brillante et opulente digne de l'œuvre de Monteverdi et de nos exigences sensuelles. Même si le parti pris (et les effectifs) est moins flamboyant de ce qu'on a pris l'habitude (moins handelien mais pas tant), on tourne quand même radicalement le dos au relatif ascétisme introspectif que les baroqueux cultivaient au temps de leurs premières dents (mais aussi les contemporains au temps de la tabula rasa) en réaction à l'impérialisme romantique.

Des Antiennes — la partition de Monteverdi ne donne aucune indication à ce sujet — ont été ajoutées avant les psaumes, dans un plain-chant composé expressément pour ce projet, inspiré par les incantations corses, sardes, byzantines, musulmanes ou autres. C'est musicalement à notre sens réussi, et donne une coloration chaleureuse charnelle à l'œuvre. Mais les justifications historiques avancées dans le livret relèvent d'une rhétorique bien fragile et inutile. Les œuvres et les talents, l'imagination, les habiletés qui les rendent possibles sont leur propre justification.

Contrairement à ce qui est écrit dans le livret, le plain-chant grégorien n'est pas dans sa nature une incantation populaire de la foi, mais la démonstration d'un élitisme théologique : le livre du chantre et le livre des Écritures se côtoyaient à l'office, il était bien dans l'intention du clergé (et des pères fondateurs) d'avoir un rituel se démarquant des coutumes des simples (païens). En général, ce genre d'élitisme est ennuyeux, d'autant qu'il faut éviter les invitations de la et à la chair et que la beauté du chant ne détourne pas des leçons du texte. On se tourne ici vers le portail ouvrant sur la vie plutôt que vers le chœur tourné vers l'éternité, c'est bien. C'est un choix qui ne rien d'historique. L'histoire ne justifie en rien nos choix présents, elle ne les juge pas plus.

La prise de son est aussi soignée que l'exécution, une homogénéité subtile depuis la rondeur des basses (continuo compris) et la grâce des sopranos. La disposition en double chœur est (de temps à autre) bien rendue soit par les effets de stéréo gauche droite, ou par la distance d'enregistrement, proche, lointain, jeu de repons en écho. Tout cela est bien beau pour la musique. Pour la rigueur liturgique, ce n'est pas notre affaire ni celle de notre lecteur de cédés.

 

Jean-Marc Warszawski
14 juin 2014

 

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