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Claude Charlier : Bach en couleurs.
Analyse de la seconde fugue (BWV 871/2) du second Livre du Clavier bien tempéré

 

Fugue 2.vol. II : BWV 871/2

Analyse traditionnelle

Citations

H. Keller : Lors de la première section (mes. 1-14), le travail contrapuntique est tellement serré qu'un contresujet aurait beaucoup de peine à se faire une place… un triple canon : le sujet au sop. sera uni au sujet par augmentation, à l'alto et au sujet « par motu contrario » au tén. (mes. 14-16)… L'imitation canonique, dès lors, va régner sans partage, et jusqu'à la conclusion.

D. Tovey: La fugue est entièrement occupée par le sujet, le seul épisode...

B. Mugellini : Cite un contresujet.

Discussion

Rien de bien significatif a relever ici, les commentaires sur cette fugue sont extrêmement succints. H. Keller et D. Tovey s'accordent tous deux pour affirmer qu'il n'y en a que pour le sujet. Le travail contrapuntique serré ne permet pas d'introduire un contresujet. Muggellini — je l'ai déjà mentionné — systématiquement propose toujours un contresujet. Nous n'y reviendrons plus.

Analyse polythématique

Fiche technique

Tonalité: Do mineur
Type d'exposition: Sujet exposé seul
Type de contrepoint: Simple, ordinaire non renversable
Structure : Enoncés thématiques, mouvement contraire, canon, augmentation, diminution, strette

Légende des Couleurs

Vert foncé : Sujet
Vert clair : Sujet par mouvement contraire
Vert foncé cerclé de noir: Sujet en augmentation
Noir: Contrepoint de passage

Commentaire

Mon analyse — une fois n'est pas coutume — rejoint celle de mes deux illustres prédécesseurs. Cependant, je souhaiterais encore apporter quelques précisions sur cette pièce.

Il s'agit bien d'une fugue simple à un sujet. Un des rares exemples que renferme le Clavier bien Tempéré.

En effet, il n'existe aucun contresujet. La seule question à laquelle il faut pouvoir répondre consiste à apporter une argumentation logique, quasi scientifique à l'absence de ce contresujet.

Friedrich Wilhem Marpurg nous rapporte que Les fugues par augmentation et par diminution ne servent qu'au milieu d'une fugue ordinaire. Cela va presque de soi. Un contresujet empêcherait toute augmentation ou diminution d'un thème car le renversement des deux parties serait impossible à réaliser.

C'est au nom de ce principe fondamental que l'on peut affirmer que la présence d'un thème en augmentation ou en diminution ne peut se faire que dans le seul contexte d'un contrepoint simple ordinaire. Ainsi à partir de ce seul élément on peut déterminer avec certitude — sans aucun autre type de considération — que nous sommes en présence d'une fugue à un seul sujet . Ce n'est toutefois pas toujours aussi aisé à déterminer car J.-S. Bach mélange volontiers les différents types de contrepoint et alterne souvent contrepoint simple, double, triple et quadruple dans ses oeuvres.

Pour en revenir à cette fugue les principaux points à retenir sont les suivants :

  • mes. 8 : Thème en diminution.
  • mes. 14 : Combinaison du thème droit avec le thème en augmentation.
  • mes. 14, 15 : Canon.
  • mes. 15 : Combinaison du thème en augmentation avec le thème par mouvement contraire.
  • mes. 19, 20, 21 : A la basse: Thème en augmentation suivi directement du sujet présenté par mouvement contraire et ensuite par mouvement droit. C'est une caractéristique que nous retrouverons souvent dans les oeuvres de J.-S. Bach; une sucession de thèmes sans aucune note de passage. Une conception d'écriture qui s'oppose donc à toute notion de divertissement.
  • mes. 23 : La strette finale; typique du contrepoint ordinaire.

Ce n'est donc pas par espièglerie que j'ai débuté la démonstration polythématique des fugues de Jean-Sébastien Bach par deux fugues à un seul sujet. C'est dans le but d'aider les étudiants afin qu'ils puissent reconnaître les premiers critères qui permettent d'identifier les différents types de fugue. En effet, la Collection « Bach en Couleur s» poursuit un véritable objectif didactique et j'espére que mes travaux auront un impact direct sur l'interprétation des fugues de Jean-Sébastien Bach, au piano. Rien ne sert de disserter sur la musique si cela n'apporte pas une réflexion profonde sur la manière de la faire revivre. Même si on peut admettre que l'interprétation de la musique varie en fonction des modes et du temps, il n'existe pas plusieurs manières d'analyser correctement du point de vue de l'écriture les fugues de Jean-Sébastien Bach.

Dans cette oeuvre, tous les ingrédients de la fugue simple ordinaire s'y trouvent: absence de contresujet, traitement du thème par mouvement droit et par mouvement contraire, canon, augmentation et diminution du sujet et enfin une strette pour terminer la pièce. C'est en fonction de ces critères formels que je vous invite à rechercher les véritables fugues à un seul sujet que renferment les deux Livres du Clavier bien Tempéré.

Bien entendu vous pouvez commencer par les fugues des Inventions à deux et trois voix dont la conception identique — mêmes si elles paraissent de prime abord un peu moins complexes — ne diffère en rien de celles du Clavier bien Tempéré.

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Mardi 12 Juillet, 2016 22:52

 

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