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Voici une très vaste et impressionnante entreprise, centrée
somme toute sur un sujet circonstancié et bien délimité : le catalogue
thématique des œuvres de Jean-Philippe Rameau. Qui sait la difficulté de dresser
un simple index thématique d'œuvres quelque peu diversifiées, comprendra
l'ampleur de ce projet qui entend être un véritable catalogue, au questionnaire
de grande envergure, intégrant jusques y compris la localisation des sources
(plus de 1500), leur critique systématique (les auteurs précisent qu'ils ont
consulté la plupart des ouvrages signalés), l'indication des copistes et des
graveurs, etc.
En plus donc, de la difficulté de définition de la collection,
il y a aussi celle, tantôt de la rareté des sources, tantôt celle de leur
surabondance, et donc celle de la cohérence des procédures et du compte-rendu
public, de la mise en lisibilité.
Il est intéressant de constater, que malgré la sophistication
du questionnaire, l'ambition (je pense ayant atteint son but) des auteurs, on ne
peut échapper aux délimitations et restrictions, sinon subjectives, du moins
liées au réalisme, aux possibilités pratiques. Il y a toujours quelque chose à
exclure. Tout comme l'histoire ne reconstitue pas le passé, le catalogage ne
restitue pas les objets physiques, qu'il décrit. Il y a toujours quelque chose
qui échappe au désir de tout englober.
De ce point de vue, nous aurions aimé lire une justification un
peu plus étoffée... Bien entendu, pas une justification utilitaire, comme on
dit, de type bourgeois, mais plutôt une contribution épistémologique.
Pourquoi se lance-t-on dans une telle entreprise ? Quelles sont
les envies et les attentes ? Quels rapports peut-on établir entre la
bibliographie et la musicologie ? Où commence, où se termine l'«œuvre » ? La
bibliographie de second niveau, les enregistrements mécaniques, la réception
jusqu'à nos jours, l'influence sur le goût, les autres compositeurs, n'en
font-ils pas partie ? Ce n'est pas en fait l'œuvre qui est cataloguée, mais sa
déposition écrite, son inscription monumentale, d'époque.
Peut-être les éditeurs ressentent-ils ce besoin, lorsqu’'ils
disent, que grâce à cet ouvrage, on découvre un Rameau un peu inattendu, mettant
en musique des mots comme « catin », « bedaine », « chopine ». C'est tout de
même très anecdotique et marginal, d'autant que la langue du XVIIIe siècle n'est
pas encore pacifiée par la pruderie bourgeoise et la réaction bigote du XIXe
siècle.
À part cela, nous n'avons rien à ôter à la présentation des
éditeurs, sinon ajouter que cet ouvrage, dont nous attendons encore 3 tomes, est
exemplaire par sa méthodologie, et peut en constituer un modèle pour le
musicologue.
Jean-Marc Warszawski 30 mai 2007
Présentattion de l'éditeur
« Rameau avant Rameau » : tel est le
sous-titre que l’on pourrait donner à ce premier
volume du « Catalogue thématique des œuvres
musicales de Jean-Philippe Rameau ». Consacré
à la musique instrumentale et à la musique
vocale religieuse et profane, il rassemble la musique
pour clavecin seul ou avec accompagnement d’autres instruments,
les motets, les canons, les airs à une ou deux
voix, et les cantates. Au-delà de sa fonction
de catalogue thématique destiné à
recenser un corpus de sources, ce premier tome enrichit
notre connaissance sur bien des aspects des genres musicaux
que pratiqua Rameau avant 1733, date à partir
de laquelle il se consacra presque exclusivement à
la scène lyrique.
Contrairement à la musique instrumentale du
compositeur, dont les principaux titres ont connu de
nombreuses éditions au cours du XVIIIe siècle,
la production vocale religieuse et profane n’a survécu
essentiellement qu’à travers des copies manuscrites.
Ce catalogue a permis la découverte de plusieurs
œuvres inédites et inconnues à ce jour
tout autant que le rétablissement d’attributions
erronées. Avec le corpus méconnu notamment
des canons, Rameau confirme son goût pour les
modulations savantes mais révèle également
des facettes parfois inattendues : ludiques, humoristiques,
festives voire poissardes avec l’évocation de
catins, coucheries, bedaines et chopines.
Sylvie Bouissou est directrice de recherche au CNRS,
affectée à l’IRPMF qu’elle a créé
et dirigé jusqu’en 2003. Titulaire de trois premiers
prix au Conservatoire National Supérieur de Musique
de Paris, ancienne pensionnaire de l’Académie
de France à Rome, agrégée de musique,
docteur en musicologie (université Paris-IV Sorbonne)
et docteur habilitée (université Paris-I
Panthéon-Sorbonne), elle a publié de nombreux
articles et livres sur la musique baroque (Jean-Philippe
Rameau, Les Boréades ou la tragédie oubliée
; Vocabulaire de la musique baroque ; Histoire de la
notation de l’époque baroque à nos jours,
etc.). Elle est co-auteur avec Denis Herlin du tome
consacré aux livrets du Catalogue thématique
des œuvres musicales de Jean-Philippe Rameau. Rédactrice
en chef des Opera omnia de Rameau, elle a signé
plusieurs éditions critiques de ses œuvres, notamment
Les Surprises de l’amour et les deux versions d’Hippolyte
et Aricie.
Denis Herlin est directeur de recherche au CNRS à
l’IRPMF. Docteur en musicologie (École pratique
des hautes études, IVe section) et docteur habilité
(université François-Rabelais de Tours),
il est l’auteur de deux catalogues (Collection musicale
François-Lang, 1993 ; Catalogue du fonds musical
de la bibliothèque de Versailles, 1995), d’une
série d’articles sur la musique baroque et sur
l’œuvre de Claude Debussy, ainsi que de plusieurs éditions
critiques, notamment les Pièces de clavecin en
concerts de Rameau (1996 avec Davitt Moroney) et les
Nocturnes de Debussy (2002). Il est co-auteur avec Sylvie
Bouissou du tome consacré aux livrets du Catalogue
thématique des œuvres musicales de Jean-Philippe
Rameau. Rédacteur en chef des Œuvres complètes
de Debussy depuis 2002, il vient de publier avec François
Lesure l’édition de la correspondance générale
du compositeur (2005).
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