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Carine Séchaye : sagesse et folie !

 

 

Dijon, Auditorium, 30 novembre 2013, par Eusebius ——

 

Dijon inaugure sa formule « apéro à l'opéra » qui propose un concert d'une (bonne) heure, un samedi à 18 h, suivi…de l'apéritif, sans alcool. Au-delà de toute espérance, le public a répondu présent. L'excellente Sélyzette qu'incarnait Carine Séchaye dans Ariane et Barbe-Bleue la saison dernière n'y est pas étrangère, mais aussi l'aspect pratique et convivial de la manifestation. Ce public n'est que pour partie habitué des concerts : le renouvellement promis est en bonne voie.

Corine Séchaye Carine Séchaye et Marie-Cécile Bertheau le 30 novembre 2013, à l'Auditorium de Dijon. Photographie © musicologie.org.

Sagesse* de quatre des plus célèbres mélodies de Fauré ? Certainement si la sagesse réside dans ce chant distingué, d'une conduite exemplaire. Nell, Au bord de l'eau, Les berceaux, un modèle d'expression pudique, retenue, avec sa belle progression, nuancée à souhait, Fleur jetée, dont la force et le tragique sont si rares chez Fauré.

Changement radical de registre avec les mélodies de Kosma sur des textes de Prévert : petits bijoux que ces pochades fraîches, parodiques, d'une invention renouvelée, commençant par les Deux escargots et se terminant par la dramatique Pêche à la baleine, qu'avait précédé l'épouvantable Cauchemar du chauffeur de taxi, feu d'artifices vocaux. Nos deux interprètes y excellent tant par leurs qualités musicales que par leur jeu scénique. L'esprit des Frères Jacques en quelque sorte, le charme féminin en plus.

L'extraordinaire Kurt Weill était représenté par Le grand Lustucru et par le passionné J'attends un navire. On en réclame, mais les contraintes du programme imposaient des choix : ce sera pour une autre fois ?

D'autant que ce programme nous réservait une découverte : Moïse Simons, musicien hispano-cubain de l'entre-deux guerres, compositeur de zarzuelas et de chansons, quelque peu tombé dans l'oubli. Vagabonde relève pleinement du Caf' Conc' et s'écoute sans déplaisir, davantage pour son texte que pour sa mélodie, commune. Par contre, Carmencita, clin d'œil à la habañera de Carmen, est savoureuse, tant pour son écriture latino que par ses paroles, irrésistibles.

Offenbach pour conclure : Ah ! que les hommes sont bêtes, de La Périchole, suscite évidemment les acclamations du public.  Nos interprètes, malgré la durée imposée du concert, lui donneront deux beaux bis.

Dans notre pays , le mélange des genres est peu prisé des artistes lyriques, qui semblent répugner à associer la gravité, le sérieux du grand répertoire à la drôlerie, à la fantaisie, malgré Ravel, malgré Poulenc, pour n'évoquer que les plus proches de nos musiciens. Pour notre plus grand bonheur, Carine Séchaye et sa complice Marie-Cécile Bertheau, nous ont proposé un programme varié, de grande qualité, propre à séduire un large public, qui, n'en doutons pas, retrouvera le chemin de l'Auditorium.

D'une aisance vocale et corporelle qui traduit un solide métier malgré sa jeunesse, Carine Séchaye a l'étoffe des grands rôles : une technique infaillible, un soutien exemplaire de la ligne (ah ! ces finales tenues piano…), une large tessiture, un timbre chaleureux, fruité, une diction parfaite. Quant à Marie-Cécile Bertheau, ce n'est pas seulement une remarquable accompagnatrice : c'est aussi la partenaire, présentatrice et complice, comédienne accomplie.

Un grand bravo pour une soirée appréciée.

                                                                     plume Eusebius
le 1er décembre 2013

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ISSN 2269-9910

Références / musicologie.org 2013

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