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Ballets de NoverreOpéra Comique, 23 décembre 2012par Frédéric NoracL'inconvénient avec l'archéologie théâtrale, c'est qu'il est bien difficile de savoir où finit la reconstitution et où commence le travail de l'imaginaire. C'est exactement le cas avec ces « ballets d'action » de Jean-Georges Noverre (1727-1810) — important chaînon entre la fin de la danse baroque et l'émergence du ballet romantique — dont la chorégraphe Marie-Geneviève Massé, le metteur en scène Vincent Tavernier et le décorateur Antoine Fontaine ont entrepris de recréer deux grands ballets : Renaud et Armide et Médée et Jason, créés respectivement en 1760 à Lyon et en 1763 à Stuttgart.
On apprend ainsi, à lire les notes du très intéressant programme de salle, que l'on ne possède quasiment aucune trace écrite des chorégraphies de Noverre, que même les didascalies sur les partitions paraissent irréalisables et qu'il a fallu imaginer d'après les compte-rendu et l'iconographie d'époque ce à quoi pouvait bien ressembler sa gestique si révolutionnaire.
Si l'on ajoute que la musique qui sert de support aux ballets n'est pas exactement celle que Jean-Joseph Rodolphe composa pour les ballets originaux mais qu'il s'agit finalement de pasticcios bourrés d'emprunts aux compositeurs contemporains, on finit par se demander ce qu'il reste finalement d'authentique dans le spectacle proposé, à l'exception peut-être des costumes réalisés eux d'après des gravures d'époque et des décors réinventés dans la plus pure tradition du trompe l'œil, à l'aide des toiles peintes et des coulisses.
De fait, ce que l'on voit sur scène est d'une élégance et d'un raffinement total, passant d'un décor central pour l'ile d'Armide à un cadre pour le palais de Créon. De superbes jeux de lumières créent de belles ambiances mais, pour ce qui concerne la danse — du moins pour un néophyte — l'impression est d'assister à un ballet baroque auquel aurait été ajoutés quelques éléments de pantomime. Du reste, si l'on veut aller plus avant, on apprend que ces ballets n'ont jamais été présentés de façon autonome mais servaient plutôt d'intermède à de grandes soirées d'opéra ou de conclusion à des tragédies lyriques de thème proche ou identique.
D'où sans doute, le sentiment de relative pauvreté dramatique de ce qui nous est proposé et qui, ajouté à une musique assez générique, malgré quelques moments qui captivent par la force des situations ou la qualité des danseurs, laisse un peu le spectateur sur son attente. On se demande en sortant si cette production n'est pas au ballet « classique » ce que Pierrefonds est à l'architecture médiévale, une utopie ou un leurre.
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