Rameau Les
Indes Galantes
(extraits) Chopin Concerto
pour piano n° 2, opus 21
Nelson
Goerner, pianoforte Stéphanie
Révidat, soprano Ann Grimm, soprano Marcel
Beekmann, ténor Jasper Schweppe,
basse Orchestre Du XVIIIe siècle Frans
Brüggen, direction
Depuis
sa création en 1981, l’Orchestre
du XVIIIe Siècle fait figure de modèle
absolu en matière d’interprétation
des compositeurs baroques, classiques et
romantiques sur instruments d’époque.
Sous l’impulsion de son chef Frans Brüggen,
cette phalange constituée d’artistes
venant de plus d’une dizaine de pays fait
valoir une perfection et d’une beauté
sonore sans concurrence, établissant
des références aussi dans
Bach que Haydn ou Beethoven. Ils donnent
ici deux compositeurs formant les deux extrêmes
chronologiques de leur répertoire.
A
y regarder de près, Rameau et Chopin
ont en commun... Mozart. Jean-Philippe Rameau
fascina le divin Amadeus, lequel à
son tour incarna, aux yeux de Frédéric
Chopin, une véritable divinité
tutélaire. Le compositeur français
constitue le sommet de la tragédie
lyrique, à laquelle il insuffle une
vitalité nouvelle et, surtout, une
ampleur instrumentale jusqu’alors inouïe.
Sa musique audacieuse et scintillante s’exprime
librement avec ces Indes Galantes dans lesquelles
il abat toutes les cloisons musicales avec
un humour goguenard. Ce sont ces audaces
que Mozart admira tant, cherchant lui aussi
une diversité de timbres orchestraux
somptueuse. Lorsqu’il composa ses concertos
pour pianoforte, le jeune Chopin rendit
un hommage vibrant au prodige de Salzburg,
confiant à l’instrument soliste une
ligne musicale digne des opéras de
Mozart, la parant d’un accompagnement orchestral
aux mille raffinements.
Du
pain béni pour Frans Brüggen
et son orchestre, qui entourent ici le virtuose
brésilien Nelson Goerner. Dans Rameau,
ils peuvent en outre compter sur une équipe
vocale de grands stylistes parfaitement
à même de rendre les subtilités
ramistes.
Une
soirée exceptionnelle, placée
sous le signe simultané de la beauté
sonore et de l’humour.
Salle
Gaveau, 45 rue La Boétie, 75008 Paris.
Robbins
revit dans les pas de Millepied et du Ballet de
l'Opéra de Paris
Le Ballet de l'Opéra de Paris
rend hommage jusqu'au 30 septembre au chorégraphe
américain disparu il y a dix ans Jerome Robbins,
dont la danse sensible et musicale n'a pas fini de faire
des émules, comme l'illustre une nouvelle création
du Français Benjamin Millepied.
L'ouverture de la saison chorégraphique
a pris une identité résolument new-yorkaise
dans les deux théâtres de l'Opéra
de Paris.
L'Opéra Bastille reçoit
pour la première fois, depuis le 9 septembre
et jusqu'à dimanche, une compagnie invitée,
le New York City Ballet (NYCB) fondé par George
Balanchine, qui n'était pas venu à l'Opéra
de Paris depuis 45 ans.
Comme en réponse, le Palais
Garnier a donné samedi soir, avec ses danseurs
maison, un "Hommage à Jerome Robbins",
qui considérait l'Opéra de Paris comme
sa deuxième famille. La première étant
naturellement le NYCB, où il aura tout été
(danseur, chorégraphe associé, maître
de ballet, directeur adjoint).
Connu du grand public grâce
à ses comédies musicales, dont l'impérissable
"West Side Story" (1957) devenue un film aux
dix Oscars, Jerome Robbins (1918-1998) est aussi l'auteur
d'une soixantaine de ballets qui n'ont pas peu contribué
à faire de lui l'un des grands chorégraphes
du XXe siècle.
Quatorze de ces oeuvres sont entrées
au répertoire de l'Opéra, dont douze à
la suite de répétitions dirigées
par le maître: autant dire que son art a été
bien transmis à la compagnie. Parmi ces pièces:
"En Sol", "In the Night" et "The
Concert".
La première est dansée
sur le "Concerto pour piano en sol" de Ravel
-- d'où son titre. Les costumes et le fond de
scène campent une ambiance balnéaire,
la partition a des teintes à la Gershwin: la
décontraction contamine le matériau classique
cher à Robbins et lui confère une belle
jeunesse.
En outre, un grand pas de deux donne
de l'allure à "En Sol". Il n'y en pas
un mais trois dans "In the Night", qui met
en scène, devant un ciel étoilé
et aux sons de "Nocturnes" de Chopin, des
couples plus ou moins amoureux et légers.
Robbins a du coeur, il a aussi de
l'esprit: toujours sur du Chopin, cela se voit dans
"The Concert", où les auditeurs d'un
récital de piano forment une faune très
comique, tandis que "Jerry" dérègle
joyeusement le ballet académique (ensemble avec
maillons faibles, ballerine à coiffure impossible,
etc.).
Benjamin Millepied doit beaucoup
à Robbins, qui l'a fait entrer en 1995 au NYCB,
dont il est devenu "danseur principal" en
2002. A 31 ans, le Bordelais en est déjà
à sa deuxième création, comme chorégraphe,
pour le Ballet de l'Opéra de Paris, après
"Amoveo" en novembre 2006.
Sa "Triade" se veut une
variation actuelle et abstraite sur le célèbre
"Fancy Free" de Robbins. Pas de marins désoeuvrés
ici, mais deux hommes et deux femmes qui se cherchent,
se croisent, s'ignorent, avec la fluidité du
mouvement comme pont menant de la solitude à
l'échange.
La matière est riche, l'écriture
active, mais Millepied aurait pu prendre davantage de
libertés vis à vis de son modèle
(Robbins), et être plus vigilant quant au choix
de sa musique (signée par l'Américain
Nico Muhly), à l'esthétique répétitive
convenue.
Restent les quatre interprètes
(lors de la première, les étoiles Marie-Agnès
Gillot et Laëtitia Pujol, le sujet Audric Bezard
et même un quadrille, Marc Moreau), jamais pris
en défaut d'engagement et de virtuosité,
chez Robbins comme chez Millepied.
Première de
Kazushi Ono pour le 25e anniversaire de l'orchestre
de l'Opéra de Lyon
Le chef d'orchestre permanent de
l'Opéra de Lyon, le Japonais Kazushi Ono, 48
ans, a été accueilli très chaleureusement
par son public lors de son premier concert, samedi soir,
à l'occasion du 25e anniversaire de l'Orchestre
de l'Opéra, a constaté une journaliste
de l'AFP.
Nombre de Japonais avaient pris place
dans la salle comble du théâtre pour le
voir diriger avec maestria les Chichester Psalms, un
triptyque sacré en hébreu de l'Américain
Leonard Bernstein, dont il fut le disciple.
Le soliste sud-africain Christopher
Ainslie a prêté sa voix de contre-ténor
au chant pastoral de David, offrant par sa douceur un
contraste saisissant avec le reste de l'oeuvre.
Si la Symphonie de psaumes d'Igor
Stravinsky pour choeurs et orchestre sans violons peut
avoir déconcerté une partie du public,
Le Tricorne (El sombrero de tres picos) de l'Espagnol
Manuel de Falla a déclenché l'enthousiasme
de la salle.
Très chaleureusement applaudis
par un public conquis, Kazushi Ono et l'Orchestre de
l'Opéra ont alors gratifié les Lyonnais
d'une interprétation magistrale de la 3e danse
hongroise de Brahms, tandis qu'une pluie de serpentins
multicolores se répandait sur dans la salle.
Après six saisons fructueuses
à La Monnaie de Bruxelles, Kazuchi Ono a pris
ses fonctions pour cinq ans comme chef permanent de
l'Orchestre de l'Opéra national de Lyon, succèdent
au Hongrois Ivan Fischer, qui a quitté ses fonctions
en 2003.
Depuis 2003, l'orchestre de Lyon
était temporairement dirigé par un noyau
de chefs invités pour divers projets musicaux.
Au cours de la saison 2008-2009,
Kazushi Ono dirigera deux opéras, "Le Joueur"
de Prokofiev (mise en scène du Polonais Grzegorz
Jarzyna) fin janvier et "Lulu" d'Alban Berg
(réalisation de l'Allemand Peter Stein) en avril
2009.
Fin avril, il dirigera un autre concert
mêlant des oeuvres d'Ernest Chausson ("Symphonie
en si bémol majeur"), de Debussy ("Prélude
à l'après-midi d'un faune") et de
Stravinsky ("L'Oiseau de feu" et "Suite
d'orchestre").
Plus de 60 ans après,
la diva Asmahane captive les Arabes à la
télévision
On la surnommait la "Voix en
or". Plus de 60 ans après sa mort tragique
au faîte de sa gloire, la diva arabe Asmahane,
rivale de la célébrissime Oum Kalsoum,
est l'héroïne d'un feuilleton qui passionne
le public arabe, conquis par celle qui a osé
briser tous les tabous.
Asmahane, de son vrai nom Amal al-Atrache,
buvait, fumait, jouait, enchaînait les liaisons
amoureuses et s'était même fait avorter,
des comportements qui choquent encore aujourd'hui dans
le monde arabe.
Issue d'une famille d'émirs
druzes de Syrie, cette princesse a également
osé, dans les années 1930, demander le
divorce d'avec son cousin, l'émir Hassan al-Atrache,
pour se consacrer au chant.
Asmahane,
« Ayoha na'emo » (اسمهان - ايها النائم)
A l'occasion du ramadan, saison où
l'audimat monte en flèche, le feuilleton éponyme,
réalisé par le Tunisien Chawqi al-Majri,
fait un tabac auprès des téléspectateurs
arabes.
"C'est un feuilleton courageux.
Il a touché à un sujet tabou concernant
la vie" d'Asmahane, estime Nejib Ayed, un producteur
tunisien.
"C'est de l'inédit sur
les écrans arabes", renchérit Rabeb
al-Mansouri, une étudiante tunisienne qui apprécie
"les révélations sur la vie tumultueuse
de la diva adorée", interprétée
par la star syrienne Soulaf Fawakhirji.
"C'est assez audacieux d'avoir
montré des détails de la vie de la famille
al-Atrache. Les druzes sont une société
secrète et réservée, ils n'aiment
pas se dévoiler", affirme Najla Saab, une
druze libanaise de 80 ans.
Au milieu des années 20, Asmahane
et sa famille fuient la Syrie, où une révolte
fait rage contre le mandat français, pour Le
Caire, où la princesse est initiée par
sa mère à l'art du chant, aux côtés
de son frère, le célèbre musicien
et chanteur Farid al-Atrache.
Très vite, les plus grands
musiciens de l'époque, dont des compositeurs
pour Oum Kalsoum, sont aux pieds de cette cantatrice
mélancolique à la voix cristalline et
fluide. Grâce à eux, elle alliera le classicisme
du chant arabe avec la modernité musicale occidentale.
"A 14 ans seulement, elle chantait
à l'Opéra du Caire, il faut le faire!",
dit Najla, qui parle d'une "voix et d'une personnalité
uniques".
Si la vie dissipée d'Asmahane
passionne les foules arabes, sa propre famille n'a guère
apprécié la façon dont elle est
présentée à l'écran.
Deux neveux ont eu recours à
la justice en Egypte "pour atteinte à la
famille", mais ont été déboutés.
S'inspirant du livre d'un auteur
égyptien, "Asmahane: le jeu de l'amour et
des services de renseignements", le feuilleton
révèle des détails intimes de la
vie de la chanteuse, notamment sa relation avec Ahmad
Hassanein Pacha, chef du cabinet royal du roi Farouk
d'Egypte.
Il dresse également un portrait
peu flatteur de son frère aîné Fouad.
Refusant son métier qui "déshonorait"
la famille, celui-ci la frappait ou lui soutirait de
l'argent.
Le comportement de l'autre frère,
Farid, musicien sensible sans véritable pouvoir
sur sa soeur, est également jugé inacceptable
dans une société machiste. L'un des producteurs,
le Syrien Firas Ibrahim, a affirmé à ce
propos à l'AFP que la famille al-Atrache avait
demandé au ministère syrien de l'Information
d'interdire la série. Cette requête a été
rejetée, selon lui.
Mais c'est surtout son rôle
d'espionne pour le compte des services de renseignements
britanniques afin de lutter contre la France de Vichy
et l'Allemagne nazie, puis au service de la France gaulliste,
qui intrigue.
Et sa mort prématurée
en 1944, dans un accident de voiture dont les circonstances
n'ont jamais été élucidées,
ajoute au mystère. Certains ont même insinué
une implication d'Oum Kalsoum dans sa mort, intervenue
à l'âge de 27 ans.
Controverse mise à part, les
téléspectateurs semblent apprécier
le fait que le feuilleton ne glorifie ni n'avilie le
personnage.
"Son histoire est fantastique.
Asmahane n'est ni ange ni démon, elle est humaine",
affirme Haya, journaliste syrienne de 27 ans. (AFP,
Rana MOUSSAOUI)
Le festival islandais
Airwaves s'expatrie à Londres pour ses dix
ans
Plébiscité par les
artistes, couru des amateurs de rock et d'électro,
le festival islandais Airwaves s'est posé vendredi
soir à Londres, le temps d'une soirée,
dans le cadre de son 10e anniversaire.
Iceland Airways, un des derniers
festivals de la saison, fête ses dix ans du 15
au 19 octobre à Reykjavik. Mais, pour élargir
leur public, ses organisateurs ont décidé
cette année de lancer une version londonienne.
Avec un ensemble de 50 concerts répartis
vendredi en huit lieux du quartier de Shoreditch, à
l'est de Londres, l'essai a été transformé.
L'idée originelle du festival,
créé en 1999 dans un hangar d'avion de
la banlieue de Reykjavik, à destination des producteurs
étrangers, était de faire partager la
scène à des musiciens islandais avec des
noms connus comme le Britannique Fatboy Slim ou le groupe
americain "!!!".
L'esprit bon enfant originel a été
transposé à Londres. "C'est vraiment
le festival de quartier, tous les gens habitent à
côté, autant les musiciens que le public,
avec tous les fashionistas, les hoxtonites...",
constate Michael Szpiner, le bassiste du groupe français
les Teenagers.
Le terme hoxtonite renvoie à
la population artiste et bohême qui, au début
des années 1990, a forgé l'image du quartier
de Shoreditch, autour de la place Hoxton Square.
Supporter du festival, les Teenagers,
dont les membres habitent l'est londonien, ont déjà
joué l'an dernier à Reykjavik et ont amené
cette année à Londres leurs amis parisiens
des Poney Poney.
"C'est un festival qui se veut
jeune et branché", remarque Fabien Mazzola,
un jeune Londonien oeuvrant dans l'événementiel.
"Londres était incontournable
pour eux s'ils veulent se faire une réputation
internationale, aux côtés (des festivals)
de Sziget (en Hongrie, ndlr) ou du Sonar (en Espagne,
ndlr)", explique-t-il.
L'est de Londres "s'impose aujourd'hui
si l'on veut avoir une visibilité auprès
d'un public jeune, déjà saturé
de propositions musicales et artistiques", affirme-t-il.
Londres compte en effet plus d'une
vingtaine de festivals musicaux, concurrencés
par de géants cousins provinciaux comme le Bestival
sur l'île de Wight ou Glastonbury, le plus grand
festival anglais, dans le comté du Somerset,
au sud-ouest du pays.
"C'est un petit festival, au
bon sens du terme, on prend sa guitare, on peut improviser,
se lâcher un peu, aller écouter les autres
et se mêler à la foule", raconte Henry
Dartnall, chanteur du groupe anglais des Young Knives.
Dans la cour du 93 Feet East, à
Bricklane, où les cinq concerts de la soirée
sont organisés en collaboration avec le label
francais Kitsune, les artistes se mélangent presque
indissociablement aux festivaliers, tous respectant
le code implicite de la culture alternative et excentrique
de l'est londonien.
Cheveux teints en rouge et veste
en tweed, mèche savamment gominée et culottes
tyroliennes, le ton est décale, les goûts
musicaux éclectiques mais pointus.
"C'est un bon moyen de se faire
connaître", estime le chanteur anglais James
Yuill, qui reconnaît apprécier de voir
son nom aux côtés de Digitalism, le duo
électro allemand - qui, sur une scène
voisine quelques heures plus tôt, s'est invité
en dernière minute au festival -, ou de révélations
comme la chanteuse britannique Florence and the Machine.
(AFP, Mathilde DAMGE)
La « reine de
la pop » Madonna défend vaillamment
son titre au Stade de France
Madonna, la reine autoproclamée
de la pop, a vaillamment défendu son titre, samedi
soir, lors de la première date parisienne de
sa tournée "Sticky and Sweet" ("collant
et sucré"...), devant un Stade de France
enthousiaste mais pas aussi rempli qu'attendu.
Dix minutes avant le début
du spectacle, de nombreux vendeurs à la sauvette
n'avaient toujours pas réussi à placer
leurs tickets, et la billetterie officielle proposait
encore des places à 100 euros, pour un concert
pourtant annoncé complet par les organisateurs.
Si elle n'a donc pas fait le plein
des 80.000 spectateurs du stade, Madonna, cinquante
ans depuis le 16 août dernier, n'en a pas moins
défendu avec brio, cravache en main et body moulant,
sa réputation de "bête de scène".
Car si le play-back est souvent venu
à la rescousse de la chanteuse, fâchée
avec la justesse, la star aux 200 millions d'albums
vendus a prouvé qu'elle pouvait toujours, pendant
deux heures de concert, sauter à la corde, faire
des pompes, se contorsionner sans relâche et danser
comme une diablesse.
Côté provocation, la
vidéo associant John McCain, le candidat républicain
à la présidence américaine, à
Hitler et Mugabe, sur la chanson "Get Stupid",
était toujours au rendez-vous, avec l'assentiment
d'un public enthousiaste.
Madonna interprétait les chansons
de son dernier album "Hard Candy", mais aussi
des titres plus anciens et appartenant désormais
à l'histoire de la pop: Like a Virgin, Vogue
ou La Isla bonita, dans une étonnante version
tzigane.
Madonna se produira a nouveau au
Stade de France ce dimanche, avant de poursuivre sa
tournée en Autriche et en Grèce, puis
en Amérique du Nord et en Amérique latine.