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Actualités musicales du
22 septembre 2008

22 septembre 2008, 20h30
Paris, Salle Gaveau

Rameau
Les Indes Galantes (extraits)
Chopin
Concerto pour piano n° 2, opus 21

Nelson Goerner, pianoforte
Stéphanie Révidat, soprano
Ann Grimm, soprano
Marcel Beekmann, ténor
Jasper Schweppe, basse
Orchestre Du XVIIIe siècle
Frans Brüggen, direction

Depuis sa création en 1981, l’Orchestre du XVIIIe Siècle fait figure de modèle absolu en matière d’interprétation des compositeurs baroques, classiques et romantiques sur instruments d’époque. Sous l’impulsion de son chef Frans Brüggen, cette phalange constituée d’artistes venant de plus d’une dizaine de pays fait valoir une perfection et d’une beauté sonore sans concurrence, établissant des références aussi dans Bach que Haydn ou Beethoven. Ils donnent ici deux compositeurs formant les deux extrêmes chronologiques de leur répertoire.

A y regarder de près, Rameau et Chopin ont en commun... Mozart. Jean-Philippe Rameau fascina le divin Amadeus, lequel à son tour incarna, aux yeux de Frédéric Chopin, une véritable divinité tutélaire. Le compositeur français constitue le sommet de la tragédie lyrique, à laquelle il insuffle une vitalité nouvelle et, surtout, une ampleur instrumentale jusqu’alors inouïe. Sa musique audacieuse et scintillante s’exprime librement avec ces Indes Galantes dans lesquelles il abat toutes les cloisons musicales avec un humour goguenard. Ce sont ces audaces que Mozart admira tant, cherchant lui aussi une diversité de timbres orchestraux somptueuse. Lorsqu’il composa ses concertos pour pianoforte, le jeune Chopin rendit un hommage vibrant au prodige de Salzburg, confiant à l’instrument soliste une ligne musicale digne des opéras de Mozart, la parant d’un accompagnement orchestral aux mille raffinements.

Du pain béni pour Frans Brüggen et son orchestre, qui entourent ici le virtuose brésilien Nelson Goerner. Dans Rameau, ils peuvent en outre compter sur une équipe vocale de grands stylistes parfaitement à même de rendre les subtilités ramistes.

Une soirée exceptionnelle, placée sous le signe simultané de la beauté sonore et de l’humour.

Salle Gaveau, 45 rue La Boétie, 75008 Paris.

 

Robbins revit dans les pas de Millepied
et du Ballet de l'Opéra de Paris

Le Ballet de l'Opéra de Paris rend hommage jusqu'au 30 septembre au chorégraphe américain disparu il y a dix ans Jerome Robbins, dont la danse sensible et musicale n'a pas fini de faire des émules, comme l'illustre une nouvelle création du Français Benjamin Millepied.

L'ouverture de la saison chorégraphique a pris une identité résolument new-yorkaise dans les deux théâtres de l'Opéra de Paris.

L'Opéra Bastille reçoit pour la première fois, depuis le 9 septembre et jusqu'à dimanche, une compagnie invitée, le New York City Ballet (NYCB) fondé par George Balanchine, qui n'était pas venu à l'Opéra de Paris depuis 45 ans.

Comme en réponse, le Palais Garnier a donné samedi soir, avec ses danseurs maison, un "Hommage à Jerome Robbins", qui considérait l'Opéra de Paris comme sa deuxième famille. La première étant naturellement le NYCB, où il aura tout été (danseur, chorégraphe associé, maître de ballet, directeur adjoint).

Connu du grand public grâce à ses comédies musicales, dont l'impérissable "West Side Story" (1957) devenue un film aux dix Oscars, Jerome Robbins (1918-1998) est aussi l'auteur d'une soixantaine de ballets qui n'ont pas peu contribué à faire de lui l'un des grands chorégraphes du XXe siècle.

Quatorze de ces oeuvres sont entrées au répertoire de l'Opéra, dont douze à la suite de répétitions dirigées par le maître: autant dire que son art a été bien transmis à la compagnie. Parmi ces pièces: "En Sol", "In the Night" et "The Concert".

La première est dansée sur le "Concerto pour piano en sol" de Ravel -- d'où son titre. Les costumes et le fond de scène campent une ambiance balnéaire, la partition a des teintes à la Gershwin: la décontraction contamine le matériau classique cher à Robbins et lui confère une belle jeunesse.

En outre, un grand pas de deux donne de l'allure à "En Sol". Il n'y en pas un mais trois dans "In the Night", qui met en scène, devant un ciel étoilé et aux sons de "Nocturnes" de Chopin, des couples plus ou moins amoureux et légers.

Robbins a du coeur, il a aussi de l'esprit: toujours sur du Chopin, cela se voit dans "The Concert", où les auditeurs d'un récital de piano forment une faune très comique, tandis que "Jerry" dérègle joyeusement le ballet académique (ensemble avec maillons faibles, ballerine à coiffure impossible, etc.).

Benjamin Millepied doit beaucoup à Robbins, qui l'a fait entrer en 1995 au NYCB, dont il est devenu "danseur principal" en 2002. A 31 ans, le Bordelais en est déjà à sa deuxième création, comme chorégraphe, pour le Ballet de l'Opéra de Paris, après "Amoveo" en novembre 2006.

Sa "Triade" se veut une variation actuelle et abstraite sur le célèbre "Fancy Free" de Robbins. Pas de marins désoeuvrés ici, mais deux hommes et deux femmes qui se cherchent, se croisent, s'ignorent, avec la fluidité du mouvement comme pont menant de la solitude à l'échange.

La matière est riche, l'écriture active, mais Millepied aurait pu prendre davantage de libertés vis à vis de son modèle (Robbins), et être plus vigilant quant au choix de sa musique (signée par l'Américain Nico Muhly), à l'esthétique répétitive convenue.

Restent les quatre interprètes (lors de la première, les étoiles Marie-Agnès Gillot et Laëtitia Pujol, le sujet Audric Bezard et même un quadrille, Marc Moreau), jamais pris en défaut d'engagement et de virtuosité, chez Robbins comme chez Millepied.

Première de Kazushi Ono
pour le 25e anniversaire
de l'orchestre de l'Opéra de Lyon

Le chef d'orchestre permanent de l'Opéra de Lyon, le Japonais Kazushi Ono, 48 ans, a été accueilli très chaleureusement par son public lors de son premier concert, samedi soir, à l'occasion du 25e anniversaire de l'Orchestre de l'Opéra, a constaté une journaliste de l'AFP.

Nombre de Japonais avaient pris place dans la salle comble du théâtre pour le voir diriger avec maestria les Chichester Psalms, un triptyque sacré en hébreu de l'Américain Leonard Bernstein, dont il fut le disciple.

Le soliste sud-africain Christopher Ainslie a prêté sa voix de contre-ténor au chant pastoral de David, offrant par sa douceur un contraste saisissant avec le reste de l'oeuvre.

Si la Symphonie de psaumes d'Igor Stravinsky pour choeurs et orchestre sans violons peut avoir déconcerté une partie du public, Le Tricorne (El sombrero de tres picos) de l'Espagnol Manuel de Falla a déclenché l'enthousiasme de la salle.

Très chaleureusement applaudis par un public conquis, Kazushi Ono et l'Orchestre de l'Opéra ont alors gratifié les Lyonnais d'une interprétation magistrale de la 3e danse hongroise de Brahms, tandis qu'une pluie de serpentins multicolores se répandait sur dans la salle.

Après six saisons fructueuses à La Monnaie de Bruxelles, Kazuchi Ono a pris ses fonctions pour cinq ans comme chef permanent de l'Orchestre de l'Opéra national de Lyon, succèdent au Hongrois Ivan Fischer, qui a quitté ses fonctions en 2003.

Depuis 2003, l'orchestre de Lyon était temporairement dirigé par un noyau de chefs invités pour divers projets musicaux.

Au cours de la saison 2008-2009, Kazushi Ono dirigera deux opéras, "Le Joueur" de Prokofiev (mise en scène du Polonais Grzegorz Jarzyna) fin janvier et "Lulu" d'Alban Berg (réalisation de l'Allemand Peter Stein) en avril 2009.

Fin avril, il dirigera un autre concert mêlant des oeuvres d'Ernest Chausson ("Symphonie en si bémol majeur"), de Debussy ("Prélude à l'après-midi d'un faune") et de Stravinsky ("L'Oiseau de feu" et "Suite d'orchestre").

Plus de 60 ans après,
la diva Asmahane
captive les Arabes à la télévision

On la surnommait la "Voix en or". Plus de 60 ans après sa mort tragique au faîte de sa gloire, la diva arabe Asmahane, rivale de la célébrissime Oum Kalsoum, est l'héroïne d'un feuilleton qui passionne le public arabe, conquis par celle qui a osé briser tous les tabous.

Asmahane, de son vrai nom Amal al-Atrache, buvait, fumait, jouait, enchaînait les liaisons amoureuses et s'était même fait avorter, des comportements qui choquent encore aujourd'hui dans le monde arabe.

Issue d'une famille d'émirs druzes de Syrie, cette princesse a également osé, dans les années 1930, demander le divorce d'avec son cousin, l'émir Hassan al-Atrache, pour se consacrer au chant.


Asmahane, « Ayoha na'emo » (اسمهان - ايها النائم)

A l'occasion du ramadan, saison où l'audimat monte en flèche, le feuilleton éponyme, réalisé par le Tunisien Chawqi al-Majri, fait un tabac auprès des téléspectateurs arabes.

"C'est un feuilleton courageux. Il a touché à un sujet tabou concernant la vie" d'Asmahane, estime Nejib Ayed, un producteur tunisien.

"C'est de l'inédit sur les écrans arabes", renchérit Rabeb al-Mansouri, une étudiante tunisienne qui apprécie "les révélations sur la vie tumultueuse de la diva adorée", interprétée par la star syrienne Soulaf Fawakhirji.

"C'est assez audacieux d'avoir montré des détails de la vie de la famille al-Atrache. Les druzes sont une société secrète et réservée, ils n'aiment pas se dévoiler", affirme Najla Saab, une druze libanaise de 80 ans.

Au milieu des années 20, Asmahane et sa famille fuient la Syrie, où une révolte fait rage contre le mandat français, pour Le Caire, où la princesse est initiée par sa mère à l'art du chant, aux côtés de son frère, le célèbre musicien et chanteur Farid al-Atrache.

Très vite, les plus grands musiciens de l'époque, dont des compositeurs pour Oum Kalsoum, sont aux pieds de cette cantatrice mélancolique à la voix cristalline et fluide. Grâce à eux, elle alliera le classicisme du chant arabe avec la modernité musicale occidentale.

"A 14 ans seulement, elle chantait à l'Opéra du Caire, il faut le faire!", dit Najla, qui parle d'une "voix et d'une personnalité uniques".

Si la vie dissipée d'Asmahane passionne les foules arabes, sa propre famille n'a guère apprécié la façon dont elle est présentée à l'écran.

Deux neveux ont eu recours à la justice en Egypte "pour atteinte à la famille", mais ont été déboutés.

S'inspirant du livre d'un auteur égyptien, "Asmahane: le jeu de l'amour et des services de renseignements", le feuilleton révèle des détails intimes de la vie de la chanteuse, notamment sa relation avec Ahmad Hassanein Pacha, chef du cabinet royal du roi Farouk d'Egypte.

Il dresse également un portrait peu flatteur de son frère aîné Fouad. Refusant son métier qui "déshonorait" la famille, celui-ci la frappait ou lui soutirait de l'argent.

Le comportement de l'autre frère, Farid, musicien sensible sans véritable pouvoir sur sa soeur, est également jugé inacceptable dans une société machiste. L'un des producteurs, le Syrien Firas Ibrahim, a affirmé à ce propos à l'AFP que la famille al-Atrache avait demandé au ministère syrien de l'Information d'interdire la série. Cette requête a été rejetée, selon lui.

Mais c'est surtout son rôle d'espionne pour le compte des services de renseignements britanniques afin de lutter contre la France de Vichy et l'Allemagne nazie, puis au service de la France gaulliste, qui intrigue.

Et sa mort prématurée en 1944, dans un accident de voiture dont les circonstances n'ont jamais été élucidées, ajoute au mystère. Certains ont même insinué une implication d'Oum Kalsoum dans sa mort, intervenue à l'âge de 27 ans.

Controverse mise à part, les téléspectateurs semblent apprécier le fait que le feuilleton ne glorifie ni n'avilie le personnage.

"Son histoire est fantastique. Asmahane n'est ni ange ni démon, elle est humaine", affirme Haya, journaliste syrienne de 27 ans. (AFP, Rana MOUSSAOUI)

Le festival islandais Airwaves
s'expatrie à Londres pour ses dix ans

Plébiscité par les artistes, couru des amateurs de rock et d'électro, le festival islandais Airwaves s'est posé vendredi soir à Londres, le temps d'une soirée, dans le cadre de son 10e anniversaire.

Iceland Airways, un des derniers festivals de la saison, fête ses dix ans du 15 au 19 octobre à Reykjavik. Mais, pour élargir leur public, ses organisateurs ont décidé cette année de lancer une version londonienne.

Avec un ensemble de 50 concerts répartis vendredi en huit lieux du quartier de Shoreditch, à l'est de Londres, l'essai a été transformé.

L'idée originelle du festival, créé en 1999 dans un hangar d'avion de la banlieue de Reykjavik, à destination des producteurs étrangers, était de faire partager la scène à des musiciens islandais avec des noms connus comme le Britannique Fatboy Slim ou le groupe americain "!!!".

L'esprit bon enfant originel a été transposé à Londres. "C'est vraiment le festival de quartier, tous les gens habitent à côté, autant les musiciens que le public, avec tous les fashionistas, les hoxtonites...", constate Michael Szpiner, le bassiste du groupe français les Teenagers.

Le terme hoxtonite renvoie à la population artiste et bohême qui, au début des années 1990, a forgé l'image du quartier de Shoreditch, autour de la place Hoxton Square.

Supporter du festival, les Teenagers, dont les membres habitent l'est londonien, ont déjà joué l'an dernier à Reykjavik et ont amené cette année à Londres leurs amis parisiens des Poney Poney.

"C'est un festival qui se veut jeune et branché", remarque Fabien Mazzola, un jeune Londonien oeuvrant dans l'événementiel.

"Londres était incontournable pour eux s'ils veulent se faire une réputation internationale, aux côtés (des festivals) de Sziget (en Hongrie, ndlr) ou du Sonar (en Espagne, ndlr)", explique-t-il.

L'est de Londres "s'impose aujourd'hui si l'on veut avoir une visibilité auprès d'un public jeune, déjà saturé de propositions musicales et artistiques", affirme-t-il.

Londres compte en effet plus d'une vingtaine de festivals musicaux, concurrencés par de géants cousins provinciaux comme le Bestival sur l'île de Wight ou Glastonbury, le plus grand festival anglais, dans le comté du Somerset, au sud-ouest du pays.

"C'est un petit festival, au bon sens du terme, on prend sa guitare, on peut improviser, se lâcher un peu, aller écouter les autres et se mêler à la foule", raconte Henry Dartnall, chanteur du groupe anglais des Young Knives.

Dans la cour du 93 Feet East, à Bricklane, où les cinq concerts de la soirée sont organisés en collaboration avec le label francais Kitsune, les artistes se mélangent presque indissociablement aux festivaliers, tous respectant le code implicite de la culture alternative et excentrique de l'est londonien.

Cheveux teints en rouge et veste en tweed, mèche savamment gominée et culottes tyroliennes, le ton est décale, les goûts musicaux éclectiques mais pointus.

"C'est un bon moyen de se faire connaître", estime le chanteur anglais James Yuill, qui reconnaît apprécier de voir son nom aux côtés de Digitalism, le duo électro allemand - qui, sur une scène voisine quelques heures plus tôt, s'est invité en dernière minute au festival -, ou de révélations comme la chanteuse britannique Florence and the Machine. (AFP, Mathilde DAMGE)

La « reine de la pop » Madonna
défend vaillamment son titre au Stade de France

Madonna, la reine autoproclamée de la pop, a vaillamment défendu son titre, samedi soir, lors de la première date parisienne de sa tournée "Sticky and Sweet" ("collant et sucré"...), devant un Stade de France enthousiaste mais pas aussi rempli qu'attendu.

Dix minutes avant le début du spectacle, de nombreux vendeurs à la sauvette n'avaient toujours pas réussi à placer leurs tickets, et la billetterie officielle proposait encore des places à 100 euros, pour un concert pourtant annoncé complet par les organisateurs.

Si elle n'a donc pas fait le plein des 80.000 spectateurs du stade, Madonna, cinquante ans depuis le 16 août dernier, n'en a pas moins défendu avec brio, cravache en main et body moulant, sa réputation de "bête de scène".

Car si le play-back est souvent venu à la rescousse de la chanteuse, fâchée avec la justesse, la star aux 200 millions d'albums vendus a prouvé qu'elle pouvait toujours, pendant deux heures de concert, sauter à la corde, faire des pompes, se contorsionner sans relâche et danser comme une diablesse.

Côté provocation, la vidéo associant John McCain, le candidat républicain à la présidence américaine, à Hitler et Mugabe, sur la chanson "Get Stupid", était toujours au rendez-vous, avec l'assentiment d'un public enthousiaste.

Madonna interprétait les chansons de son dernier album "Hard Candy", mais aussi des titres plus anciens et appartenant désormais à l'histoire de la pop: Like a Virgin, Vogue ou La Isla bonita, dans une étonnante version tzigane.

Madonna se produira a nouveau au Stade de France ce dimanche, avant de poursuivre sa tournée en Autriche et en Grèce, puis en Amérique du Nord et en Amérique latine.

©Musicologie.org 2008