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Le contrat
avec Paul-Anton Esterházy du 1er mai 1761
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Convention
Et règles de conduite
Du vice-maître de chapelle
« Aujourd'hui, à la date indiquée ci-dessous, Joseph Heyden, natif de Rohrau en Autriche, est accepté et engagé au service de Son Altesse Sérénissime Paul Anton v. Esterhazy et Galantha, prince du Saint-Empire romain, comme vice-maître de chapelle, dans les conditions suivantes, savoir que
« 1° Vu qu'à Eisenstadt un maître de chapelle nommé Gregorius Werner, après de nombreuses années de service fidèle et dévoué à la maison princière, est incapable actuellement, du fait de son grand âge et des infirmités qui en résultent, de remplir ses fonctions comme il faut, ledit Gregorius Werner restera néanmoins maître de chapelle en considération de ses longs services, quant au susdit Joseph Heyden, il sera vice-maître de chapelle, et subordonné au maître de chapelle Gregorius Werner pour tout ce qui a trait à la musique du chceur, mais pour le reste, chaque fois qu'il y aura musique, tout dépendra en général et en particulier de lui vice-maître de chapelle. En conséquence,
« 2° Ledit Joseph Heyden sera considéré et traité comme un officier de la maison. Son Altesse Sérénissime compte donc bien qu'il se conduira comme il convient à un officier honorable d'une maison princière, c'est-à-dire avec modération, sans brutalité envers les musiciens sous ses ordres, en les traitant au contraire avec douceur, bienveillance, modestie, calme et honnêteté, en particulier quand il y aura musique devant Leurs Altesses, en de telles occasions ledit vice-maître de chapelle et ses subordonnés paraîtront toujours en uniforme, et ledit Joseph Heyden veillera à ce que non seulement lui mais tous ceux qui dépendent de lui respectent les instructions qui leur auront été données, c'est-à-dire se présentent propres, en bas blancs, en linge blanc, poudrés, avec soit une queue de cheveux soit une perruque nouée, mais pour le reste tous pareils. En conséquence,
« 3° Les autres musiciens sont responsables devant ledit vicemaître de chapelle, il prendra donc grand soin de se conduire de façon exemplaire, afin que ses qualités puissent servir d'exemple à ses subordonnés, il s'abstiendra de toute familiarité avec eux en mangeant, en buvant et en toute autre circonstance, cela pour ne pas dilapider mais préserver le respect qui lui est dû, et faire en sorte que ses subordonnés observent d'autant mieux leurs obligations qu'ils auront pris conscience des désagréments que ne peuvent manquer d'entraîner pour Son Altesse querelles et disputes.
« 4° Chaque fois que Son Altesse Sérénissime l'ordonnera, ledit vice-maître de chapelle devra composer toute musique que pourra commander Son Altesse, en outre il ne devra communiquer ces nouvelles oeuvres à personne d'autre, et encore moins les laisser copier, mais les réserver à l'usage propre et exclusif de Son Altesse, et ne rien composer pour personne d'autre sans que Son Altesse le sache et l'autorise.
« 5° Ledit Joseph Heyden paraîtra quotidiennement (ici à Vienne ou dans les Domaines 11) dans l'antichambre le matin et l'après-midi, et demandera si Son Altesse a ordonné ou non une audition musicale ; il attendra cet ordre, en transmettra le contenu aux autres musiciens, sera lui-même très ponctuel, veillera à ce que les autres le soient aussi, et notera les noms des retardataires et de ceux qui oseraient ne pas venir du tout. Si néanmoins,
« 6° Contrairement à ce qu'on est en droit d'attendre, des incidents, des disputes ou des plaintes s'élèvent entre les musiciens, ledit vice-maître de chapelle s'efforcera de les aplanir lui-même pour ne pas importuner Son Altesse par des querelles insignifiantes ou des bagatelles, mais au cas où il arriverait quelque chose de sérieux que ledit Joseph Heyden ne pourrait arranger ou faire arranger lui-même, il devra en informer respectueusement Son Altesse.
« 7° Ledit vice-maître de chapelle prendra le plus grand soin de la musique et des instruments de musique et les surveillera de près, et sera responsable de tout dégât qui par inattention ou négligence pourrait les rendre hors d'usage.
« 8° Ledit Joseph Heyden sera tenu d'instruire les vocalistes femmes, afin qu'elles n'oublient pas à la campagne ce que des maîtres éminents leur auront enseigné à grand-peine et à grands frais à Vienne, et comme ledit vice-maître de chapelle joue lui-même de divers instruments, il veillera à s'exercer sur tous ceux qui lui sont familiers.
« 9° Une copie de cette convention et de ces règles de conduite sera donnée audit vice-maître de chapelle et aux musiciens sous ses ordres, pour qu'il puisse les obliger à accomplir leur service selon les normes qui y sont exposées. En outre,
« 10° Il apparaît d'autant moins nécessaire de coucher plus avant sur le papier les services requis dudit Joseph Heyden que Son Altesse Sérénissime se plaît à espérer qu'il observera de lui-même très exactement non seulement les règles énoncées ci-dessus, mais les ordres que Son Altesse pourra lui donner selon les circonstances, et qu'il mettra la musique sur un pied et dans un ordre tels qu'il pourra s'en faire honneur et continuer à mériter par là les faveurs princières, on compte donc sur son zèle et sur sa discrétion. Dans cette attente,
« 11° Un salaire de 400 florins par an est accordé par Son Altesse audit vice-maître de chapelle, qu'il touchera tous les trimestres à notre caisse principale. En outre,
« 12° Pendant les séjours sur les Domaines, ledit Joseph Heyden sera nourri à la table des officiers, ou à défaut touchera un demi-florin par jour. Enfin,
« 13° Cette convention du 1°' mai 1761 avec ledit vice-maître de chapelle durera au moins trois ans, ce qui signifie que si au bout de ce délai de trois ans ledit Joseph Heyden souhaite faire son bonheur ailleurs, il devra avertir Son Altesse de son intention six mois à l'avance, c'est-à-dire au début de la troisième seconde demi-année 12. De même,
« 14° Son Altesse s'engage non seulement à garder ledit Joseph Heyden à son service durant ce temps, mais à lui faire espérer, s'il donne entière satisfaction, le poste de maître de chapelle, étant entendu que dans le cas contraire, Son Altesse est libre de le renvoyer à tout moment, y compris avant l'expiration du délai ci-dessus. En foi de quoi deux copies semblables de ce document ont été préparées et échangées.
« Fait à Vienne le 1er mai 1761. »
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Le contrat modifié de 1779
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Aujourd'hui, à la date et en l'année indiquées ci-dessous, a été conclu entre Son Altesse, Prince du Saint-Empire Romain et Seigneur et Maître Nicolai Esterhazy v. Gallantha, Comte héréditaire de Forchtenstein, Chevalier de la Toison d'or, Commandeur de l'Ordre militaire de Marie-Thérèse, Camérier et Conseiller privé de Sa Majesté Impériale, Royale et Apostolique, Maréchal et Général, Colonel et Propriétaire d'un régiment d'infanterie hongroise, Capitaine de la Garde noble hongroise, Chef héréditaire du Comitat d'Oedenburg, et Herr Joseph Haydn, Capel Meister ayant rang d'officier, le contrat suivant :
« Primo : Herr Haydn devra mener une vie chrétienne, édifiante et agréable à Dieu.
« Secundo : Le Herr Capell-Meister traitera toujours ses subordonnés avec la plus grande bonté et les plus grands ménagements.
« Tertio : Le signataire s'engage à produire en tout lieu, en toute occasion et à tout moment, selon le bon plaisir de Son Altesse, toute musique qu'aura commandée Son Altesse.
« Quarto : Le signataire ne devra, sans autorisation spéciale de Son Altesse, ni manquer son service ni s'absenter du lieu où Son Altesse aura réuni la Musique.
« Quinto : Les deux parties se réservent le droit de dénoncer le présent contrat avec préavis de trois mois.
« Sexto : Le Herr Capell-Meister touchera tous les deux ans, en alternance et à la discrétion de Son Altesse, un uniforme d'hiver et un uniforme d'été, il touchera en outre ce que prévoit la convention qui suit, mais rien de plus ni en espèces ni en nature, à savoir
En tant que maître de chapelle
En espèces 782 fi. 30 Xr
Vin d'officier à Esterhaz : 9 tonnelets
Bois de chauffage de qualité à Esterhaz : 6 mesures
En tant qu'organiste (le tout à Esterhaz)
Blé - 4. Seigle-12. Grès - 3/4 mesures
Viande de boeuf - 300. Sel -50. Lard -30 livres
Bougies -36 livres
Vin -9. Choux et betteraves ensemble - 1 tonnelet
Porc - 1 animal vivant
Bois de chauffage de qualité - 6 mesures
Ainsi que le fourrage pour 2 chevaux
« En foi de quoi seront préparés et échangés deux exemplaires identiques du présent contrat, et déclarés nuls et non avenus résolutions, conventions et contrats antérieurs « Château d'Esterhaz, 1- janvier 1779.
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Note : Le fourrage pour l'équipage qu'Haydn a reçu en cadeau du comte Ladislas Erdödy pour avoir pris Ignaz Pleyel comme élève.
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Lettre du 4 février 1779
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Estoras, 4 février 1779
Très noble, très respectable Monsieur !
C'est avec le plus grand étonnement que j'ai lu votre lettre du 18 janvier 1779, ainsi que la déclaration jointe qu'on me demande à moi soussigné de vous retourner, faute de quoi on me menace d'annuler immédiatement mon admission, bien que cette dernière ait déjà été prononcée. Car le fait pour l'honorable Société de ne m'admettre que si je m'engage à composer autant d'oratorios, cantates, choeurs, symphonies etc. qu'on me le demandera, contredit de façon flagrante ce qui a été convenu lors de la session au cours de laquelle a été examinée ma demande d'admission, j'ai en effet lors de cette session, avant même mon admission et en présence de M. le maître de chapelle v. Bonno, de M. v. Starzer et des autres honorables membres, élevé contre cette déclaration contraignante qu'on voulut me faire signer une énergique protestation, faisant remarquer à juste titre que pour répondre à des obligations aussi extravagantes, il me faudrait au moins deux ou trois mois par an, ce qui m'empêcherait durant la même période de rendre à mon gracieux prince et seigneur les services qui lui sont dus, mais précisant néanmoins que si à ladite déclaration on ajoutait "Si le temps et les circonstances le permettent", je la signerais volontiers avec tout ce qu'elle impliquait, sur quoi mes paroles ont été approuvées à l'unanimité, et mon admission prononcée. En témoigne le fait que pour valider cette dernière, on m'a demandé de verser sur-le-champ, en présence de toute la compagnie, la somme de 368 florins 10 kreutzer, on m'avait en effet expressément déclaré que dès que cette somme aurait été déposée, mon admission serait valable. J'ai remis l'argent, et ai donc été admis sans avoir signé le moindre engagement. On m'a félicité, et en toute humilité j'ai prononcé pour cette admission de chaleureux remerciements. Il va de soi que dans de telles affaires, tout devrait être porté au protocole par un notaire, dûment qualifié, et qu'on devrait offrir au membre nouvellement admis un certificat d'admission, pourtant une honorable société n'a pas daigné agir ainsi en ce qui me concerne. En outre
« La clause en question, qui prétendument me garantit qu'on saura ne pas se montrer indiscret, ne dépendra à mon avis dans son application que des lubies ou de la jalousie de certains membres, on peut même parier qu'avec le temps il s'agira surtout de ceux qui n'entendent rien à l'art de la composition, et qui donc auront tendance à confondre l'indiscrétion avec la discrétion (par exemple un oratorio entier avec quelques malheureuses symphonies), leur indiscrétion, que bien sûr ils resteront persuadés d'avoir exercée à bon droit, m'obligera donc à composer in plurali les oratorios les plus discrets qui soient, sous peine de voir la majorité des votants (par pure discrétion sans doute) réclamer à cor et à cri mon exclusion sine jure, comme on m'en a menacé, et pourquoi ? Serait-ce parce que moi-même, sans en retirer le moindre bénéfice, j'ai procuré à l'honorable société bons services et grands avantages ? Ou parce que je suis étranger [non résidant à Vienne] ? Pour moi, n'est étranger que celui qui n'est d'aucune utilité aux indigènes. Par mes oeuvres, je suis tout ce qu'il y a d'indigène, et si ce n'est pas toujours vrai de l'auteur, ses enfants 45 quant à eux sont présents à presque tous les concerts, et procurent à bien des personnes d'utiles rentrées d'argent.
« Cher ami ! Je suis un homme trop sensible pour vivre dans la crainte perpétuelle de voir mon admission annulée. Les arts, et en particulier une science aussi merveilleuse que celle de la composition, ne sauraient souffrir aucune entrave sur le plan artisanal. Le coeur et l'âme doivent rester libres si l'on veut servir les veuves sans démériter. Encore une chose
« Cette généreuse provision de 300 florins, je la considère comme un dédommagement bien mérité pour les 1000 florins amassés par la société sur le dos de mon Il Ritorno di Tobia, que j'ai composé pour elle gratuitement. Le Dieu toutpuissant saura en cette affaire nous protéger, moi et ma femme, par l'intermédiaire de mon gracieux prince et seigneur, car je suis persuadé que jusqu'ici, même le plus humble fonctionnaire de la maison Esterhazy a toujours touché une pension suffisante. C'est pourquoi le 15 de ce mois, M. v. Kleinrath, inspecteur du prince Esterhazy, se présentera chez vous en mon nom, et une honorable société lui remboursera en espèces mes 368 florins 10 kreutzer.
« Cela dit, malgré vos menaces et vos mauvais traitements, je continuerai pour ma part, si le temps et les circonstances le permettent, à composer gratuitement de nouveaux morceaux pour les veuves. Je reste, Monsieur, avec tout le respect qui vous est dû, votre très obéissant serviteur,
« Josephus HAYDN m. p.
« Kapelln Meister. »
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ANNE ROUSSELIN, Joseph Haydn : Symphonie n° 8, en sol majeur, Hob I : 8, «Le Soir». I: Allegro - Il : Andante - III : Menuet - IV : Presto - Composé en 1761. Dans «Dossier de presse de l'Orchestre nationel de lYon» (mars 2005)
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Composée en 1761 pour le prince Pàl Antal Esterhâzy, qui vient d'engager Haydn comme vice-maître de chapelle, la Symphonie «Le Soir» s'impose comme une véritable leçon de composition, fait frappant chez un jeune compositeur et concernant un genre alors composite et en plein devenir.
Originale, cette oeuvre l'est à plus d'un titre. Sa première particularité est d'appartenir à un cycle de trois symphonies, «Le Matin» (n°6), «Le Midi» (n°7) et «Le Soir» (n°8). Cet ensemble est unique dans l'oeuvre de Haydn et ne peut se comparer aux «livraisons» pour telle société de concerts, comme les Symphonies parisiennes ou londoniennes. Conçu avec un grand souci d'unité, il affiche, seconde particularité, un véritable programme par ses titres, attribués au compositeur (ils auraient toutefois été proposés par Pâl Antal lui-même comme thème de composition).
Un autre élément unificateur s'impose dans ce cycle : la référence à Gluck, souhaitée elle aussi par Pàl Antal, comme étant une marque de prestige. La Symphonie «Le Midi» cite ainsi le finale du ballet Don Juan (1761), qui sera repris dans la danse des furies d'Orfeo ed Euridice (1762). «Le Soir» exploite pour sa part l'air «Je n'aimais pas le tabac beaucoup» de l'opéra-comique Le Diable à quatre.
Haydn n'en est pas à ses débuts lorsqu'il compose cette trilogie. Contrairement à ce que la numérotation usuelle pourrait laisser croire, une vingtaine de symphonies a déjà vu le jour avant celles-ci, permettant au compositeur d'expérimenter des modèles variés et d'assimiler différentes influences italiennes et viennoises.
Ces trois symphonies affichent particulièrement une dette envers l'Italie et notamment le concerto grosso. L'écriture concertante y domine : des cordes, Haydn extrait un ou deux violons, un violoncelle, une contrebasse solistes, les vents se voient offrir également de nombreux solos. La partition reprend même la terminologie baroque ripieno 1 concerto opposant l'orchestre aux solistes mais le discours est bien celui d'une symphonie moderne et pas d'un concerto baroque. [...]
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