À propos du site
Statistiques du site
S'abonner au bulletin
Liste musicologie.org
Collaborations éditoriales

Biographies
Encyclopédie musicale
Discographies
Iconographies
Articles et études
Textes de référence

Analyses musicales
Cours d'écriture en ligne

Nouveaux livres
Périodiques

Annonces & annuaires
Forum
Téléchargements

Vu et lu sur la Toile
Presse internationale
Forums et listes

Colloques & conférences
Universités françaises
Universités au monde
Quelques bibliothèques
Quelques Institutions
Quelques éditeurs

Bulletin Officiel
Journal Officiel
Bibliothèque de France
Library of Congress
British Library
ICCU (Opac Italie)
München (BSB)
Deutsche Nationalbib.
BN Madrid
SUDOC
Pages jaunes
Presse internationale

Liens vers des dictionnaires et des collections de notices en ligne
S'abonner au bulletin

| a | b | c | d | e | f | g | h |i | j | k | l | m |
| n | o | p | q | r | s | t | u | v | w | x | y | z

 

Bordes Charles
1863-1909


Les fondateurs de la Schola Cantorum.
De gauche à droite :
 Charles Bordes
Alexandres Guilmant
Vincent d'Indy
Extrait de La Schola Cantorum en 1925. Bloud & Gay, Paris.

[liste des oeuvres] [bibliographie] [documents]

Né à Rochecorbon (Indre-et-Loire, près de Vouvray), le 12 mai 1863 ; mort à Toulon, le 8 novembre 1909.

Professeur et compositeur. Élève de César Franck pour la composition et de Marmontel pour le piano.

De juillet 1887 à mars 1890, il est maître de chapelle et organiste à Nogent-sur-Marne.

Il est chargé par le ministère de l'éducation publique de rassembler une collection de musiques anciennes basques qui est publiée en 1897 (Archives de la tradition basque).

En 1890 il est nommé maître de chapelle à l'église Saint- Gervais de Paris, où il organise en 1892 «Les Semaines saintes de Saint-Gervais» dont les ervices sont accompagnés de musiques de la Renaissance française et italienne. Dans ses efforts pour développer le chant choral, il créé « les Chanteurs de Saint-Gervais » dont les membres sont recrutés dans toute la France et en Europe.

En 1894, avec Alexandres Guilmant et Vincent d'Indy, il fonde une société de musique sacrée qui prend le nom de Schola Cantorum. Le 15 octobre 1896, la Schola Cantorum est inaugurée comme école pour le renouveau de la musique religieuse. On redécouvrit là le plain-chant, Victoria, Josquin, Palestrina etc., tout en encourageant la composition d'une liturgie moderne.

Il anime un jounal, « La tribune de Saint-Gervais » qui est en fait celui des promoteurs de la Schola Cantorum.

En 1899, il fonde la Schola Cantorum en Avignon, et en 1905 à Montpellier. C'est dans cette ville qu'il organise en 1906, le premier « Congrès du chant populaire » et une nouvelle mise en scène de Castor et Pollux de Rameau.

Catalogue des oeuvres

  • Madrigal à la musique (W. Shakespeare : Henry VIII, traduction de Bouchor)
  • s. d., Faux bourdons, 3 voix
  • s. d., 10 cantiques populaires basques  (Bordes, éditeur)
  • s. d., 100 chansons populaires basques (Bordes, éditeur)
  • s. d.,   Beata viscera, antienne brève, 2 voix avec accompagnement
  • 1880-1884, Pleine mer, sur un poème de V. Hugo, Dans «Oeuvres vocales» révisées par Pierre Bréville, 1921
  • 1883, Avril, sur un poème de A. Maudit ; Chanson, sur un poème de M. Bouchor, Dans « Oeuvres vocales» révisées par Pierre de Bréville, 1921 ; Soirée d’hiver, sur un poème de F. Coppée ; Amour évanoui, sur un poème de Bouchor
  • 1884, Le temps des lilas, sur un poème de Bouchor ; Colloque sentimental, sur un poème de P. Verlaine
  • 1885, 3 Madrigaux amers, textes de L. Valade, op.5, Dans «Oeuvres vocales» révisées par Pierre de Bréville, 1921 ( Profonds cheveux, Le rire, Sur la mer)
  • 1886, Paysages tristes, sur des poème de P. Verlaine ( Soleils couchants, Chanson d’automne, L’heure du berger, Promenade sentimentale) ; O triste, triste était mon âme, sur un poème de P. Verlaine ; Spleen, sur un poème de P. Verlaine)
  • 1886, L’hiver, sur un poème de Bouchor, 2 voix, op.18
  • 1887, Green, sur un poème de P. Verlaine
  • 1887, Suite basque (flûte, 2 violons, violoncelle) op.6
  • 1888, Trois danses béarnaises, op.11
  • 1888, Ouverture pour le drame basque Errege Jan
  • 1888, Pastorale pour orchestre
  • 1888, Epithalame, sur un poème de P. Verlaine
  • 1888-1896, Le son du cor s’afflige vers les bois, sur un poème de P. Verlaine, Dans «19 oeuvres vocales» revues d’après les manuscrits par P. de Bréville (1914)
  • 1889, Rhapsodie basque, pour piano et orchsstref  op.9
  • 1889, O salutaris, voix seule et choeur, op.12
  • 1889, 3 mélodies sur des poèmes de J. Lahor, op.8 ( Chanson triste, Sérénade mélancolique, Fantaisie persane) ; Pensées orientales, sur un poème de J. Lahor ; La bonne chanson, sur un poème de P. Verlaine
  • 1889, Pie Jesu, op.10 (1889)
  • 1890, Dansons la gigue, sur un poème de P. Verlaine
  • 1890-1906, Les trois vagues, drame lyrique, livret de Charles Bordes (manuscrit à la bibliothèque de l'Opéra de Paris)
  • 1891, Litanies de la très Sainte Vierge, 2 voix de femmes, choeur, op.17
  • 1891, 4 fantaisies rythmiques, pour piano, op. 16
  • 1891, Caprice à cinq temps pour piano
  • 1891, Euskal Herria, musique de fête pour accompagner une partie de paume au pays basque ( Barcus, Lequito, Fuentarabia)
  • 1891, Tantum ergo, motet, op.18
  • 1894, Paysage vert, sur un poème de P. Verlaine
  • 1894, 12 Noëls populaires basques  (Bordes, éditeur)
  • 1895, Sur un vieil air, sur un poème de P. Verlaine
  • 1895, Le drapeau de Mazagran, chant de patronage, texte de H. Hello
  • 1896, Promenade matinale, sur un poème de P., sur un poème de P. Verlaine
  • 1896 (vers 1896), Mariale, cantique en l’honneur de la très Sainte Vierge
  • 1897, Euskal Noelen / Lilia  (Bordes, éditeur)
  • 1897, Kantika espiritualak  (Bordes, éditeur)
  • 1897, Cantique de pénitence, texte de Le Dorz
  • 1897, Cantique aux saints, texte de H. Hello
  • 1897, Ave Maria, motet, 4 voix
  • 1898 (vers 1898), 4 antiennes à la Sainte Vierge, 2 voix ( Alma redemptoris, Ave regina, Regina coeli, Salve regina)
  • 1898, Versets pour les 2e vêpres de plusieurs martyrs
  • 1899, La ronde des prisonniers, sur un poème de P. Verlaine
  • 1899, Fili quid fecisti, dialogue spirituel, 4 voix [pour le fondation de la Schola Cantorum en Avignon]
  • 1900 (vers 1900), Verbum caro factum est, response au Sacrement, 4 voix d'hommes
  • 1900, Domine, puer meus jacet, dialogue spirituel [pour l'inauguration de nouveaux locaux de ma Schola Cantorum de Paris]
  • 1900 (vers 1900), Salut au saint sacrement, 3 voix ( Beata es, Virgo Maria, Laudate dominum, O sacrum convivium, Tantum ergo)
  • 1901, Mes cheveux dorment sur mon front, sur un poème de C. Mauclair ; chansons sur 4 poèmes de F. Jammes ( La poussière des tamis chante au soleil, La paix est dans le bois silencieux, Oh ! ce parfum d’enfant dans la prairie, Du courage ? mon âme éclate de douleur) ; Petites fées, honnêtes gnomes, sur un poème de J. Moréas
  • 1903, O mes morts tristement nombreux, sur un poème de P. Verlaine
  • 1905, Divertissement sur un thème béarnais (2 pianos), dans «Album pour enfants, petits et grands»
  • 1906, 11 chansons du Languedoc  (Bordes, éditeur)
  • 1908, Paysage majeur, sur un poème de L. Payen
  • 1908, 10 danses, marches et cortèges populaires du Pays basque espagnol  (Bordes, éditeur)
  • 1909, Nunc dimittis, paraphrase du Cantique de Siméon, texte de H. Hello, 1 voix et orgue
  • 1910, 12 chansons amoureuses du Pays basque français  (Bordes, éditeur)
  • 1920, Vierge lorraine, cantique à Jeanne d’Arc, texte de Virolet
  • 1929, Divertissement, pout trompette et orchestre

Bibliographie

  • ALIBERT F. P., Charles Bordes à Maguelonne. Saint-Félicien 1926
  • CASTÉRA R. DE, Dix années d’action musicale religieuse 1890-1900. Paris, 1902
  • Charles Bordes, In memoriam. Schola Cantorum, Paris 1909
  • DAVIES L., César Franck and his Circle. London 1970
  • DOWD P. M., Charles Bordes and the Schola Cantorum of Paris (thèse). Catholic University, Washington 1969
  • DUKAS PAUL, Charles Bordes. Dans «Revue musicale» (5, 9-11) 1923-1924, p. 96-103
  • FELLOT H., Le lied français : Charles Bordes. Dans « Revue musicale de Lyon » (7) 1909-1910, p. 393–403
  • INDY VINCENT D'., La place de Charles Bordes dans l'enseignement musical. Dans «Tribune de Saint-Gervais», décembre 1909
  • LLEWELLYN L., Bordes’s Life : Great Musical Inspiration of a Century. Dans « Musical America » (11, 9)1909-1910), p. 36-37
  • MAUS MADELEINE OCTAVE, Trente années de lutte pour l'art, 1884-1914. Les XX, 1884-1893 ; La Libre esthétique, 1894-1914. Librairie L'Oiseau bleu, Bruxelles 1926 [508 p.]
  • MOLLA B., Charles Bordes, pionnier du renouveau musical français entre 1890 et 1909 (thèse). Université de Lyon 1985
  • ROLLAND ROMAIN, Esquisse du mouvement musical à Paris depuis 1870. Dans « Musiciens d’aujourd’hui », Paris 1908
  • SAMAZEUILH G., Un drame basque de Charles Bordes : Les trois vagues. Dans «Revue musicale» (5, 9-11) 1923-1924, p. 104-117 [liste des oeuvres, iconographies, bibliographie]
  • SERVIERES G., Lieder français : Charles Bordes. Dans « Guide musical » (49) 1903, p. 370, 394

Documents

Quelques textes de chansons

Dansons la gigue ! (Paul Verlaine)

    J'aimais surtout ses jolis yeux
    Plus clairs que l'étoile des cieux,
    J'aimais ses yeux malicieux.

    Dansons la gigue !

    Elle avait des façons vraiment
    De désoler un pauvre amant,
    Que c'en était vraiment charmant !

    Dansons la gigue!

    Mais je trouve encore meilleur
    Le baiser de sa bouche en fleur
    Depuis qu'elle est morte à mon coeur.

    Dansons la gigue !

    Je me souviens, je me souviens
    Des heures et des entretiens,
    Et c'est le meilleur de mes biens.

    Dansons la gigue!

Donc, ce sera par un clair jour d'été  (Paul Verlaine)

    Donc, ce sera par un clair jour d'été
    Le grand soleil, complice de ma joie,
    Fera, parmi le satin et la soie,
    Plus belle encor votre chère beauté ;

    Le ciel tout bleu, comme une haute tente,
    Frissonnera somptueux à longs plis
    Sur nos deux fronts heureux qu'auront pâlis
    L'émotion du bonheur et l'attente;

    Et quand le soir viendra, l'air sera doux
    Qui se jouera, caressant, dans vos voiles,
    Et les regards paisibles des étoiles
    Bienveillamment souriront aux époux.

J'allais par les chemins perfides (Paul Verlaine)

    J'allais par les chemins perfides,
    Douloureusement incertain.
    Vos chères mains furent mes guides.

    Si pâle à l'horizon lointain
    Luisait un faible espoir d'aurore ;
    Votre regard fut le matin.

    Nul bruit, sinon son pas sonore,
    N'encourageait le voyageur.
    Votre voix me dit: "Marche encore!"

    Mon coeur craintif, mon sombre coeur
    Pleurait, seul, sur la triste voie ;
    L'amour, délicieux vainqueur,
    Nous a réunis dans la joie.

La ronde des prisonniers (Paul Verlaine)

    La cour se fleurit de souci
    Comme le front
    De tous ceuxci
    Qui vont en rond
    En flageolant sur leur fémur
    Débilité
    Le long du mur
    Fou de clarté.

    Tournez, Samsons sans Dalila,
    Sans Philistin,
    Tournez bien la Meule au destin.
    Vaincu risible de la loi,
    Mouds tour à tour
    Ton coeur ta foi
    Et ton amour!

    Ils vont! et leurs pauvres souliers
    Font un bruit sec,
    Humiliés,
    La pipe au bec.
    Pas un mot
    Ou bien le cachot,
    Pas un soupir,
    Il fait si chaud
    Qu'on croit mourir.

    J'en suis de ce cirque effaré,
    Soumis d'ailleurs
    Et préparé à tous malheurs.
    Et pourquoi
    Si j'ai contristé
    Ton voeu têtu,
    Société, ne choierais-tu?

    Allons, frères, bons vieux voleurs,
    Doux vagabonds,
    Filous en fleur,
    Mes chers, mes bons,
    Fumons philosophiquement,
    Promenons-nous
    Paisiblement:
    Rien faire est doux.

Le son du cor s'afflige vers les bois (Paul Verlaine)

    Le son du cor s'afflige vers les bois,
    D'une douleur on veut croire orpheline
    Qui vient mourir au bas de la colline,
    Parmi la bise errant en courts abois.

    L'âme du loup pleure dans cette voix,
    Qui monte avec le soleil, qui décline
    D'une agonie on veut croire câline,
    Et qui ravit et qui navre à la fois.

    Pour faire mieux cette plainte assoupie,
    La neige tombe à longs traits de charpie
    A travers le couchant sanguinolent,
    Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne,
    Tant il fait doux par ce soir monotone,
    Où se dorlote un paysage lent.

O mes morts tristement nombreux (Paul Verlaine)

    O mes morts tristement nombreux,
    Qui me faites un dôme ombreux,
    De paix, de prière et d'exemple,
    Comme autrefois le Dieu vivant
    Daigna vouloir qu'un humble enfant
    Se sanctifiât dans le temple.

    O mes morts penchés sur mon coeur,
    Pitoyables à sa langueur,
    Père, Mère, âmes angéliques,
    Et toi qui fus plus qu'une soeur
    Et toi, jeune homme de douceur
    Pour qui ces vers mélancoliques,

    Et vous tous, la meilleure part
    De mon âme, dont le départ
    Flétrit mon heure la meilleure,
    Amis que votre heure faucha,
    Ô mes morts, voyez que déja
    Il se fait temps qu'aussi je meure.

    Car plus rien sur terre qu'exil!
    Et pourquoi Dieu retire-t'il
    Le pain lui même de ma bouche,
    Si non pour me rejoindre à vous,
    Dans son sein redoutable et doux,
    Loin de ce monde âpre et farouche.

    Aplanissez-moi le chemin,
    Venez me prendre par la main,
    Soyez mes guides dans la gloire,
    Ou bien plutôt Seigneur vengeur
    Priez pour le pauvre pécheur,
    Indigne encor du Purgatoire.

Ô triste, triste était mon âme (Paul Verlaine)

    Ô triste, triste était mon âme
    À cause, à cause d'une femme.
    Je ne me suis pas consolé
    Bien que mon coeur s'en soit allé,

    Bien que mon coeur, bien que mon âme
    Eussent fui loin de cette femme.
    Je ne me suis pas consolé
    Bien que mon coeur s'en soit allé.

    Et mon coeur, mon coeur trop sensible
    Dit à mon âme: Est-il possible,
    Est-il possible, - le fût-il, -
    Ce fier exil, ce triste exil?

    Mon âme dit à mon coeur: Sais-je
    Moi-même que nous veut ce piège
    D'être présents bien qu'exilés,
    Encore que loin en allés?

    L'échelonnement des haies (Paul Verlaine)

    L'échelonnement des haies
    Moutonne à l'infini, mer
    Claire dans le brouillard clair,
    Qui sent bon les jeunes baies.

    Des arbres et des moulins
    Sont légers sur le vert tendre,
    Où vient s'ébattre et s'étendre
    L'agilité des poulains.

    Dans ce vague d'un Dimanche,
    Voici se jouer aussi
    De grandes brebis,
    Aussi douces que leur laine blanche.

    Tout à l'heure déferlait
    L'onde roulée en volutes,
    De cloches comme des flûtes
    Dans le ciel comme du lait.

Le soleil du matin doucement chauffe et dore (Paul Verlaine)

    Le soleil du matin doucement chauffe et dore
    Les seigles et les blés tout humides encore,
    Et l'azur a gardé sa fraîcheur de la nuit.
    L'on sort sans autre but que de sortir, on suit,
    Le long de la rivière aux vagues herbes jaunes,
    Un chemin de gazon que bordent de vieux aunes.
    L'air est vif. Par moment un oiseau vole avec
    Quelque fruit de la haie ou quelque paille au bec,
    Et son reflet dans l'eau survit à son passage.
    C'est tout. Mais le songeur aime ce paysage,
    Dont la claire douceur a soudain caressé
    Son rêve de bonheur adorable, et bercé
    Le souvenir charmant de cette jeune fille,
    Blanche apparition qui chante et qui scintille.
    Dont rêve le poète et que l'homme chérit,
    Evoquant en ses voeux dont peut-être on sourit,
    La Compagne qu'enfin il a trouvé et l'âme
    Que son âme depuis toujours pleure et réclame.

Spleen (Paul Verlaine)

    Les roses étaient toutes rouges,
    Et les lierres étaient tout noirs.
    Chère, pour peu que tu te bouges,
    Renaissent tous mes désespoirs.

    Le ciel était trop bleu, trop tendre,
    La mer trop verte et l'air trop doux;
    Je crains toujours, ce qu'est d'attendre,
    Quelque fuite atroce de vous!

    Du houx à la feuille vernie,
    Et du luisant buis je suis las,
    Et de la campagne infinie,
    Et de tout, fors de vous. Hélas!

Sur un viel air (Paul Verlaine)

    Le piano que baise une main frêle,
    Luit dans le soir rose et gris vaguement,
    Tandis qu'avec un très léger bruit d'aile,
    Un air bien vieux, bien faible et bien charmant,
    Rôde discret, épeuré quasiment,
    Par le boudoir longtemps parfumé d'Elle.

    Qu'est-ce que c'est que ce berceau soudain
    Qui lentement dorlote mon pauvre être ?
    Que voudrais-tu de moi, doux chant badin ?
    Qu'as-tu voulu, fin refrain incertain
    Qui vas tantôt mourir vers la fenêtre
    Ouverte un peu sur le petit jardin ?

Mes cheveux dorment sur mon front (Camille Mauclair)

    Mes cheveux dorment sur mon front,
    Les lampes de mes yeux sont éteintes,
    Plus mes lèvres ne parleront
    Mes cheveux dorment sur mon front.

    Ils sont couchés sur mon front blanc
    Comme des épis sur le champ,
    Leur moissonneur fut mon amant.

    Mes cheveux dorment sur mon front,
    Les lampes de mes yeux sont éteintes,
    Plus mes lèvres ne parleront
    Mes cheveux dorment sur mon front.

    Moissons de belles journées chaudes,
    Moisson est faite des longtemps,
    Le glaneur du soir sur le champ
    Vainement hésite et rode.

    Glaneur, glaneur, il fait trop noir,
    Cherche ailleurs le pain d'espoir.
    Le beau faucheur s'en est allé le coeur en fête,
    Vers d'autres moissons non faites.

    Mes cheveux dorment sur mon front,
    Dans la terre ils germeront,
    Quand mon âme sera défaite.
    Ils germeront dans la mort.

    Glaneur, glaneur, va t'en, va t'en,
    Mes cheveux blonds, pour lui seul dorment sur mon front

Pensées orientales (Jean Lahor)

    Ainsi qu'un habile et fin ciseleur
    Mêle en son travail l'ébène et l'ivoire
    Dieu dans la nuit sombre a mis une fleur
    La lune d'argent fleur de l'ombre noire.

    Ainsi qu'un Sultan qui devant ses yeux
    Fait danser, le soir, de beaux corps sans voiles,
    Dieu, pour se charmer fait devant ses Cieux
    Sur un rythme pur danser les étoiles.

    Ainsi qu'un vieux roi qui veut par du bruit
    Distraire un moment ses pensers moroses,
    Dieu dit aux soleils plongés dans la nuit
    D'aller éveiller l'océan des choses.

    Et l'éternité s'éclairant soudain
    Tout frissonne, et chante, et crie et s'élance
    Et l'instant d'après d'un signe de main
    Dieu fait tout rentrer au sein du silence.

Sous vos longues chevelures, petites fées (Jean Moréas)

    Sous vos longues chevelures, petites fées,
    Vous chantâtes sur mon sommeil bien doucement.
    Sous vos longues chevelures, petites fées,
    Dans la forêt du charme et de l'enchantement.
    Dans la forêt du charme et des merveilleux rites,
    Gnômes compatissants, pendant que je dormais,
    De votre main, honnêtes gnômes, vous m'offrites,
    Un sceptre d'or, hélas! pendant que je dormais!
    J'ai su depuis ce temps, que c'est mirage et leurre,
    Les sceptres d'or et les chansons dans la forêt.
    Pourtant comme un enfant crédule, je les pleure,
    Et je voudrais dormir encore dans la forêt.
    Qu'importe si je sais que c'est mirage et leurre.

Jean-Marc Warszawski
2002


© Références / Musicologie.org 2002