musicologie

3 décembre 2019 —— Jean-Marc Warszawski.

Un double salon musical Maria Szymanowska

Élisabeth Zapolska, Présidente de la Société Maria Szymanowska introduit la soirée.

Cette année 2019 est une année commémorative en Pologne pour le deux-cent-trentième anniversaire de la pianiste et compositrice Maria Szymanowska. Mais il semble que c’est en France qui les choses se passent : colloque, concerts, conférences, salons musicaux. Il est vrai  que la répression du soulèvement de 1830 a poussé une partie de l’intelligentsia polonaise vers Paris, notamment le prince Adam Jerzy Czartoryski qui a acheté le fameux hôtel Lambert sur l’île Saint-Louis à Paris, et a fondé deux ans plus tard la Bibliothèque polonaise de Paris sur les quais, non loin de chez lui. Cette bibliothèque possède d’impressionnants fonds documentaires.  Son épouse, Anna Czartoryska, a fondé l’Institut de jeunes filles polonaises qui les formait au métier d’institutrice et l’Institut Saint Casimir qui recueillait les défavorisés. Les Polonais avaient aussi  un cimetière (Montmorency), une école…

Luca Montebugnoli, Domitille Bès.

La Société Maria Szymanowska et les étudiants du master « interprétation des musiques anciennes » (piano forte) du département de musicologie de l’Université Paris IV (Sorbonne) ont organisé un double salon imaginé en première partie en Pologne et en seconde partie en France, mais tous deux  réalisés à Paris le 21 novembre dernier dans cette curieuse salle André Marchal de l’Institut des jeunes aveugles.

Trois pianistes, Domitille Bès, Benjamin d’Anfray, Luca Montebugnoli, issus de différents conservatoires, dont le Conservatoire royal de Bruxelles, le  Conservatoire national supérieur de Paris et le Conservatoire Santa Cecilia de Rome, ont animé cette double soirée sur un piano Rosenberg de 1820 et un Erard de 1890. Ils étaient secondés par Lucie Arnal (violoncelle), Nicolas Bouils (flûte), Magda Maftei (mezzo-soprano), Jeanne Mendoche (soprano).

Nicolas Bouils, Luca Montebugnoli, Benjamin d'Anfray.

Une première partie mettant la musique de Maria Szymanowska à l’honneur : romances, préludes, sérénade, et une seconde partie assez féminine, ou apparaissent Sophie Gail, Louise Farrenc, Pauline Viardot, Thérèse Wartel, ce qui nous semble bien dans le sujet.

Au-delà du plaisir et de l’agréable souffle musical qui s’est répandu au long de la soirée et entre les murs de cette ancienne chapelle, il nous semble que ce double programme a musicalement culminé dans La fantaisie chromatique et fugue en re mineur BWV 903 de Johann Sabastian Bach, par Domitille Bès, et dans l’improvisation sur des chants historiques polonais mis en musique par Maria Szymanowska. Parce que l’improvisation, sinon chez les organistes, le jazz ou le rock, parfois les cadences de concertos, a disparu de la tradition, depuis que le métier d’interprète, détaché de celui de compositeur, s’est mis au service scrupuleux de l’œuvre écrite. Benjamin d’Anfray a parfaitement mené sa barque.

Lucie Arnal, Benjamin d'Anfray.

Je ne suis toutefois pas convaincu de la solidité des liens organiques entre la recherche universitaire et l’art de composer ou d’interpréter la musique, comme les musiciens (et par ailleurs jeunes chercheurs) l’ont présenté au cours de cette soirée. Il me semble d’ailleurs que les problématiques évoquées relèvent plus de la grande école que de l’université. Surtout les artistes (comme les œuvres) se justifient pleinement par leurs prestations mêmes, l’histoire ne rajoute rien. C’est un autre domaine.

Magda Maftei (mezzo-soprano), Jeanne Mendoche (soprano).

D’ailleurs la manière dont Benjamin d’Anfray a développé son improvisation dans le respect esthétique, voire dans l’esprit, imposé par les partitions de Maria Szymanowska est remarquable. Mais avec moins de « respect historique » (muséographique), peut-être aurait-il gagné en fantaisie, en décalage, en humour, en traits de virtuosité gratuits, en appropriation personnelle, ce qui est aussi un des caractères de l’improvisation.

Domitille Bès, Luca Montebugnoli, Benjamin d'Anfray, Magda Maftei, Jeanne Mendoche, Lucie Arnal, Nicolas Bouils.

 

 Jean-Marc Warszawski
3 décembre 2019

© musicologie.org.

 


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Mercredi 4 Décembre, 2019 2:47