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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte : la musique instrumentale en Bohème et Moravie au temps de Mozart et de Haydn.

La musique instrumentale de Franz Krommer  (1759-1831)

À en juger par sa musique, ce grand ami des clarinettistes devait être d’une nature heureuse et enjouée, tout le contraire du génie sombre, ténébreux et torturé qui sera bientôt une sorte d’idéal romantique. Son œuvre porte en permanence cette signature élégante et souriante qui suffirait presque à disqualifier son auteur pour absence de profondeur, mais ce serait oublier un peu vite toutes les qualités qui font la singularité de ce musicien.

Né en Moravie et violoniste de formation, Franz Krommer (ou Frantisek Kramar) commença ses études avec un oncle musicien et les poursuivit essentiellement en autodidacte. Au fil des années, il enchaîna différents postes, d’abord comme violoniste, puis comme Kapellmeister, avant de se fixer à Vienne où il allait faire l’essentiel de sa carrière, devenant en 1818 le tout dernier titulaire du poste de maître de chapelle de la chambre impériale. En tant que compositeur, il ne fut pas particulièrement précoce : il écrivit la plus grande part de son œuvre entre ses quarantième et soixantième années, de sorte que chronologiquement, il apparaît comme un contemporain de Beethoven. Sa musique, en revanche, reste nettement ancrée dans l’époque de Haydn et de Mozart.

Dans son abondante production, essentiellement vouée à la musique instrumentale, on est constamment admiratif de l’art avec lequel ce musicien parvient à ensorceler son public. Il n’a rien d’un novateur, et il serait exagéré d’en faire un des grands compositeurs de son temps, mais il y a chez lui beaucoup plus que du métier et du savoir-faire : on loue le raffinement et la fluidité de son écriture, de même que ses talents de coloriste et la sensualité de ses combinaisons sonores ; on salue en lui une liberté d’inspiration naturellement inventive et une veine mélodique qui semble inépuisable ; et on cède sans résistance à sa bonne humeur communicative, à son brio et à sa vitalité, à son aisance déliée et à son élégance enjôleuse, gages d’un charme toujours renouvelé. Notre ami Jeff, d’ordinaire si impitoyable à l’égard des musiciens sans grand génie, en témoignait à sa façon lorsqu’après avoir découvert quelques Partitas pour ensemble à vents de notre Morave, il avouait avoir entendu là « une musique de table à vous faire oublier ce qu’il y a dans votre assiette »….

Œuvres pour ensembles d’instruments à vent

Ce n’est pas pour rien que cette partie bien spécifique du catalogue de Krommer, celle dévolue à l’Harmoniemusik, bénéficie d’une faveur particulière. Musiques « de table » ou « de plein air », les treize partitas pour instruments à vent qui en constituent l’essentiel ont leur place au côté des grandes réalisations de Mozart dans le genre. L’effectif utilisé se limite dans certains cas au sextuor associant clarinettes, cors et bassons par paires, mais le plus souvent Krommer adopte la nomenclature la plus en vogue dans la Vienne de l’époque, à savoir celle de l’octuor incluant en outre une paire de hautbois, formation éventuellement augmentée d’un contrebasson, voire d’une trompette quand il s’agit d’y ajouter une touche militaire comme dans ses marches. Avec ces moyens riches en couleurs, le musicien nous livre une musique « goûteuse » à souhait, pleine de saveur, d’humour, d’inventivité, de fraîcheur, de volubilité et de sonorités charmeuses, le tout pimenté de ce qu’il faut d’emprunts aux racines populaires. Et, face à la séduction qui en découle, il serait d’autant plus malvenu de bouder son plaisir qu’il s’agit de partitions substantielles, amples et remarquablement élaborées.

Franz Krommer, Octet Partita, opus 57 en fa majeur, I. Allegro vivace, par le Rotterdam Philharmonic Wind Ensemble.

 

Franz Krommer, Octet Partita, opus 78, en si ♭ majeur, III. Adagio, par l'Amphion Wind Octet.

Œuvres de chambre

Krommer a laissé une quantité impressionnante de partitions de musique de chambre, dévolues soit aux seules cordes, du duo au quintette, soit aux cordes associées à un instrument à vent.

Est-ce le fait de se heurter à trop forte concurrence avec Haydn, Mozart, Boccherini et Beethoven ? En tout cas, malgré les indéniables qualités de facture de ceux qui ont pu être explorés, ses innombrables quatuors et quintettes à cordes n’attirent guère les interprètes. Sans doute faut-il en l’espèce se faire une raison, et dans ce registre des œuvres pour cordes, se tourner plutôt vers une partition qui, elle, s’inscrit dans un genre beaucoup moins couru, celui du trio. Krommer en a laissé un exemplaire unique, qui plus est tout à fait remarquable, avec son grand trio en fa majeur opus 96. Par instants, notamment dans son premier mouvement et dans son second menuet en forme de scherzo, cette œuvre de grande maturité fait nettement penser à Beethoven. Par ailleurs, tant la forme adoptée (celle d’un divertimento en six mouvements) que les amples proportions de l’œuvre (plus de quarante minutes) donnent à penser que Krommer avait à l’esprit le grandissime trio-divertimento à Puchberg de Mozart, auquel cas on comprendrait qu’il ait poussé très haut ses ambitions.

C’est néanmoins l’autre versant de sa production de chambre, celui où il fait entrer en jeu les instruments à vent, qui recueille l’essentiel des suffrages. On y trouve diverses pièces brèves pour deux clarinettes et alto, morceaux subtils dans lesquels la seconde clarinette se fait discrète, tissant avec l’alto un bel écrin au bénéfice de la première clarinette. On a surtout, en formation quatuor ou quintette, des œuvres accordant le premier rôle à un instrument à vent : des quatuors avec basson, qui mettent à profit les couleurs sombres d’un trio associant deux altos et un violoncelle ; six quatuors avec clarinette ; un quintette avec clarinette (opus 95), avec deux altos, qui est probablement le joyau de cette production de chambre ; et enfin une petite dizaine de quintettes avec flûte, également avec deux altos, qui parcourent un chemin stylistique conduisant de Haydn au romantisme et se concluent avec le grandiose opus 109 de 1822 où l’on sent que le musicien a eu le temps de se mettre à l’école de Beethoven. Dans toutes ces œuvres, y compris celles qui visent avant tout à divertir, on retrouve bien toutes les qualités qui rendent ce musicien si attachant.

ranz Krommer, Treize Pièces pour 2 clarinettes et alto, opus 47, XII.1, Menuetto, par l'Ensemble Nachtmusique.

 

Franz Krommer, Quatuor avec basson, opus 46 no 1 en si♭majeur, I. Allegro, par l'Island Quartet.

 

Franz Krommer, Quatuor avec clarinette, opus 83, en si♭majeur, II. Andante, par Henk de Graaf et le Schubert Consort Amsterdam.

 

Franz Krommer, Quintette avec clarinette, opus 95, en si♭majeur, IV. Allegro, par Henk de Graaf et le Schubert Consort Amsterdam.

 

Franz Krommer, Quintette avec flûte, opus 109, en sol majeur, I. Largo. Allegro vivace, par Bruno Meier et le Stamitz Quartet Prague.

 

Concertos et Symphonies

Parmi les sept symphonies de Krommer dont nous disposons, certaines au moins, comme celles en re majeur opus 40 et en ut mineur opus 102, témoignent d’une réelle ambition et mériteraient d’autant plus d’échapper à l’oubli qu’elles présentent d’intéressantes analogies avec les six premières de Schubert. Ce sont cependant ses oeuvres concertantes que l’on retient en priorité. Parmi elles, deux œuvres de fort plaisante compagnie dans lesquelles le musicien organise un savoureux bavardage entre plusieurs solistes (le concertino opus 39 pour flûte, hautbois, violon, deux altos, contrebasse et deux cors, et la symphonie concertante opus 70 pour flûte, clarinette et violon), et surtout quelques concertos pour clarinette qui sont des bijoux de fraîcheur, d’inventivité et d’humour et qui, à travers l’utilisation que fait Krommer des possibilités de l’instrument, confirment bien sa réputation de grand ami des clarinettistes. On marquera d’une petite pierre blanche celui en mi♭majeur opus 36, particulièrement réussi avec son adagio teinté de quelques pointes de  mélancolie romantique, et qui fournit une belle transition entre Mozart et Weber. On n’en négligera pas pour autant le concerto en mi mineur opus 86, et pas davantage les œuvres que le musicien a écrites pour deux clarinettes (concertos opus 35 et opus 91, ainsi qu’un concertino Italiens sans no d’opus).

Franz Krommer, Symphonie no 4, opus 102, en ut mineur, par les London Mozart Players, sous la direction de Matthias Bamert.

 

Franz Krommer, Concertino opus 39, en sol majeur, II. Adagio, par le Vienna Consortium, sous la direction de Thomas Wicky-Borner.

 

Franz Krommer, Symphonie concertante, opus 70, en mi♭majeur, I. Allegro, par le Vienna Consortium, sous la direction de Thomas Wicky-Borner

 

Franz Krommer, Concerto pour clarinette, opus 36, en mi♭majeur, II. Adagio, par Sharon Kam et le Württemberg Chamber Orchestra, sous la direction de Jörg Faerber.

 

Franz Krommer, Concerto pour clarinette, opus 86, en mi mineur (originellement écrit pour flûte), I. Allegro, par Thomas Friedli et l'English Chamber Orchestra, sou sla direction d'Antony Pay.

 

Franz Krommer, Concerto pour 2 clarinettes, opus 91, en mi bémol majeur, III. Alla polacca, par Kalman Berkes, Tomoko Takashima et le Nicolaus Esterhazy Sinfonia, sous la diretion de Kalman Berkes.

 

plumeMichel Rusquet 13 mai 2019

 

 

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Lundi 13 Mai, 2019 0:57