musicologie

23 août 2019 —— Jean-Marc Warszawski.

Musique de chambre à Giverny 2019 II : Josef Suk, Peter Eötvös, Béla Bartók

Vendredi 23 août 2019, 15h30, Musée des impressionnismes : « Vent d’Europe centrale »

Musique de chambre à Giverny, vendredi 23 août 2019, Musée des impressionnismes. Photographie © musicologie.org.

Avec : Wendi Wang, Ryo Kojima, Pieter Van Loenen, Jaewon Kim, Sarah Decamps, I-Jung Huang (violons) ; Xavier Jeannequin, Andrew Gonzalez, Mélissa Dattas (altos) ; Lisa Strauss, Zlatomir Fung, Alexis Derouin (violoncelles) ; Antoine de Grolée, Jean-Claude Vanden-Eynden (pianos) ; Christophe Bredeloup, Alain Huteau (percussions).

Josef Suk (1874-1935), Sérénade pour cordes, opus 6, en mi bémol majeur (1892).

1. Andante con moto, 2. Allegro ma non troppo e grazioso, 3. Adagio, 4. Allegro giocoso ma non troppo, presto, dédicacée au critique Emanuel Chvála.  Deux mouvements sont créés à Tábor le 17 décembre 1893, l’œuvre complète, le 25 février 1894, au Rudolfinum de Prague, par l’orchestre du Conservatoire sous la direction d'Antonín Bennewitz.

Après avoir été initié à l’orgue et au violon par son père, instituteur et maître de chapelle, Josef Suk suit un cycle complet au Conservatoire de Prague. Sa dernière année (1892) est dirigée notamment par Antonín Dvořák,  lequel, six ans plus tard, devient son beau-père.

Compositeur remarqué et influent, il accomplit parallèlement une carrière internationale prolifique de violoniste, en particulier comme second violon au sein du célèbre Quatuor Tchèque, pendant près de quarante ans.

La Sérénade pour cordes est la première œuvre qu’il compose après la fin de ses études au Conservatoire, mais son catalogue comporte déjà environ 25 pièces, pour piano, chant, formations chambristes, orchestre, une messe…

C’est une sérénade de début d’après-midi après la sieste, fraîche et allante, où peut-être ici et là passent des accents nostalgiques, car il ne faut pas exagérer en matière de bonheur. Sous influence de son maître Dvořák, elle est très orchestrale. Sans être concertante, elle réserve des épisodes solistes, des oppositions et des continuités de pupitres. Une écriture solide, voire sérieuse, plaquée lyrique en couche épaisse.

Musique de chambre à Giverny, Christophe Bredeloup. Photographie © musicologie.org.

Peter Eötvös (1944 - ), Thunder, « solo de Triangel, pour une timbale basse ».

Créé à Kyoto le 17 sept. 1994 par Isao Nakamura.

Compositeur et chef d’orchestre, Peter Eötvös est né en Hongrie. Il revendique l’héritage des Bartók, Kodaly, Kurtág ou Ligeti. Il étudie au Conservatoire de Budapest, puis en Allemagne, notamment au studio de musique électronique de la Westdeutscher Rundfunk (Radio Allemagne Ouest) de Cologne, sous la direction de Karlheinz Stockhausen.

Il a dirigé le concert inaugural de L’IRCAM en 1978, de nombreux concerts aux « Proms » de Londres, l’Orchestre symphonique de la BBC (1985-1988), l'Orchestre du festival de Budapest (1992- 1995), l'Orchestre philharmonique national de Budapest (1998- 2001), l’Orchestre de chambre de la Radio de Hilversum (1994-2005), l'Orchestre symphonique de la Radio de Stuttgart (2003-2005), l'Orchestre symphonique de Göteborg depuis 2003, et ponctuellement de nombreux autres orchestres dans le monde.

Son catalogue compte environ 120 œuvres, dont de nombreuses musiques pour le théâtre ou le cinéma.

« Thunder » (Tonnerre), est un solo inclus dans Triangel, une œuvre orchestrale créée le 19 février 1994 à Stuttgart. Il s’agit d’une œuvre pour timbale basse moderne, c’est-à-dire munie d’un système permettant de varier la tension de la peau (préservant la liberté des deux mains et la résonance), et d’obtenir ainsi une échelle de notes, voire une échelle chromatique.

C’est un tonnerre assez clément, du moins n’est-il pas un tonnerre de Dieu. Il nous semble plutôt être inspiré par l’art japonais du tambour (le taiko) que du bulletin météo, ou de l’exploration systématique de l’instrument. C’est d’ailleurs à Kyoto que ce tonnerre a été créé par Isao Nakamura.

Pour cette pièce, Peter Eötvös a prévu une cadence, dans le sens classique de la chose. Avant la conclusion, l’interprète à la liberté d’improviser ou d’interpoler sa propre composition, voire celle d’un autre composeur écrite à cet effet. Dans cette pièce, certains interprètes crient pour marquer le début et la fin de cette cadence. On verra ce qu’il en est ce soir.

Jean-Claude Vanden-Eynden, Alain Huteau, Christophe Bredeloup. Photographie © musicologie.org.

Béla Bartók (1884-1945), Sonate pour deux pianos et percussions SZ 110 (1938).

1. Assai lento-Allegro molto 2. Lento ma non troppo 3. Allegro non troppo. Créée à Bâle, le 16 janvier 1938 avec le compositeur et sa femme Ditta Pasztory aux pianos, Fritz Schiesser et Philipp Rühlig aux percussions.

Féru de folklore et de modernité, Béla Bartók devient célèbre en 1904, il est âgé de vingt ans, avec sa symphonie « Kossuth » qui évoque le soulèvement populaire de 1848 et son échec contre l’occupant autrichien. Lajos Kossuth étant l’homme politique incarnant l’indépendance hongroise. Pour le compositeur, il s’agit d’une œuvre peu aboutie. Mais ses engagements émancipateurs demeurent. Ainsi, dans les années 1930, artiste institutionnellement établi, honoré, à l’heure des chefs-d’œuvre, il combat le nazisme et le ralliement du gouvernent hongrois qui promulgue des lois raciales. Il rompt avec sa maison d’édition (Universal) qui a été nazifiée, refuse que ses partitions portent des noms et des annotations allemandes, et que des places ou des rues portent son nom tant qu’il y aura des rues au nom d’Hitler ou de Mussolini.

Par ailleurs, les succès s’enchaînent : son premier concerto pour piano (1932), la rhapsodie « Contrastes » pour le clarinettiste Benny Goodman et le violoniste Joseph Szigeti (1938), la Musique pour cordes, percussions et célesta qui fait un triomphe à Bâle (1936) à la suite duquel la section suisse de la Société internationale pour la musique contemporaine, lui commande cette sonate pour deux pianos et percussions.

Outre l’originalité de la formation et les timbres inouïs, l’intégration organique des percussions, le clin d’œil ironique (on le suppose) au classicisme des trois mouvements (rapide, lent, rapide), dont le premier serait mélodique (très chromatique), le second rythmique (un peu mystérieux) et le troisième dansant et lumineux, le sourire tonal de l’accord de do majeur final mourant dans un long dernier souffle de caisse claire taquine (on le suppose), cette pièce est un souffle sauvage et sidérant, un flot ininterrompu de transformations et de régénérations  thématiques à l’imagination sans borne. Une espèce de reviviscence perpétuelle, dans le monde modal et rythmique spécifique au compositeur, où la polyphonie réserve de belles surprises en superpositions et décalages. On peut aussi se demander qui inspire qui de Bartók à Jazz.

En 1940, Bartók compose une version avec orchestre. Exilé à New York, il la joue avec son épouse le 21 janvier 1943. C’est sa dernière apparition publique. Miné par la leucémie, il meurt le 26 septembre 1945.

Lire : Musique de chambre à Giverny poussée dehors par la Fondation Terra.

Musique de chambre à Giverny 2019 : I. Schumann et Brahms

 

 Jean-Marc Warszawski
23 août 2019

 

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Mardi 10 Septembre, 2019 5:52