musicologie

7 juin 2019 —— Jean-Marc Warszawski.

Le baroque de Prisma : des Quatre saisons à aujourd'hui

Prisma, The Seasons, Elisabeth Champollion (flûte à bec), Francisca Hajdu (violon), Dávid Budai (viole de gambe), Alon Sariel (luth), œuvres de Castello, Marini, Merula, Uccellini. Éditions Ambronay 2018 (AMY 311).

Enregistré à Jujurieux, 31-mars-3 avril 2018.

Les musiciens de Prisma, Elisabeth Champollion (flûte à bec), Francisca Hajdu (violon), Dávid Budai (viole de gambe), Alon Sariel (luth), ont achevé leurs études aux conservatoires de Bremen et de Hannover. Ils aiment les répertoires curieux du xviie siècle, voire fortement chromatiques, ce qu’on appelle  le figuralisme, imitations d’attitudes affectives (rire, pleur, colère) ou de choses de la nature (vent, tonnerre…), la rhétorique étant une manière plus subtile et cachée de « faire passer des messages ».

Ces jeunes musiciens ont formé leur ensemble en 2014, qui a fait bonne impression, avec entre autres un Premier prix au Concours Heinrich Biber de Graz en 2015, l’année suivante, avec leur intégration dans un programme européen se soutien aux jeunes créateurs, dans ce cadre, Prisma s’est produit au Festival d’Ambronay en y remportant le Prix du public.

Avec ce premier enregistrement, Prisma ou offre un programme allégorique en quatre parties, dans le goût des spectacles de cour du xviie siècle : les quatre saisons représentées par les principaux vents selon les anciens Grecs : Zéphuros (Zéphir), vent de l’Ouest, Notos, vent du Sud, Euros, vent de l’Est, Boreas (Borée), le vent du Nord. Il n’est pas besoin d’être devin pour imaginer comment on peut illustrer ces divers caractères.

Prisma est dans le sillage d’ensembles tels l’Arpeggiata de Christina Pluhar, Le Concert des Nations de Jordi Saval, ou la Cappella Mediterranea, du styliste Leonardo García Alarcón, qui n’en sont plus à intellectualiser et à justifier l’historicité des musiques qu’ils jouent. Ils sont installés dans un style cohérent, et en usent avec de grandes libertés, souvent inspirés par ce qu’on peut imaginer des pratiques populaires.

Le programme de ce cédé est essentiellement italien  les musiciens, jeunes, mais aguerris,  n’hésitent pas à y ajouter des arrangements ou des improvisations fantaisistes, qui nous font entendre des chants d’oiseaux, les stridulations, bourdonnements, battements d’ailes des insectes, et même une improvisation sur les Feuilles  mortes, chanson attribuée à… Yves Montant — ô sacrilège !— Cette chanson qui n’en finit pas de faire le tour du monde depuis 1946 (depuis une musique de ballet, puis de film) est de Joseph Kosma sur des paroles de Jacques Prévert, elle a été créée par Caura Vaucaire en 1948.

C’est un cédé festif, aux sonorités pleines, équilibrées et bien timbrées. L’affaire est rondement menée les moyens des instrumentistes étant à la hauteur du projet (ou inversement).

 

Zefiro, printemps

1. Prélude pour flûte à bec, Elisabetn Champollion, 4 mesures de Schlaflied für einen Kolibri de Markus Zahnhausen (1965-)

2. Giovanni P. Da Palestrina (1524–1595): Vestiva i colli

3. Francesco Turini (1595–1656), Sonate « E tanto tempo hormai »

4. Marco Uccellini (1603–1680): Maritati insieme la Gallina, e'l Cucco fanno un bel concerto

5. Ciaccona, variations de Montevedri, Merula, Bertali, arrangées par Franciska Anna Hajdu et Dávid Budai .

Notos, été

6. Prélude pour violon seul, Franciska Anna Hajdu

7. Marco Uccellini (1603–1680), La Luciminia Contenta

8. Giovanni Battista Fontana (1589–1630), Sonata settima

9. Canario, Dávid Budai

Euros, automne

10. Anonyme, attribué à Thomas Preston (1542- v. 1563) ; Prélude pour luth seul, sur La Mi Re, arrangé par Alon Sariel et Dávid Budai.

11. Tarquinio Merula (1595–1665), La Cattarina

12. Dario Castello (1590–1658), Sonata duodecima

13. Andrea Falconieri (1585–1656) Passacalle, arrangement par Dávid Budai.

14. Interlude, arrangement sur Les Feuilles mortes de Joseph Kosma (1905-1969), extrait de La Caravaggia de Tarquino Merula.

15. Tarantella, variation d'Athanasius Kircher (1602-1680), arrangées par Dávid Budai.

Boreas, hiver

16. Biagio Marini (1594–1663), Prélude pour viole de gambe solo, d'après « Retirata » du Balletto Secondo, arrangements de Dávid Budai et d'Elisabeth Champollion.

17. Andrea Falconeri, La suave Melodia.

18. Francesco Turini (1595–1656): Sonata chromatica

19. Mantovana, variations d'Uccellini et de Marini, arrangées par Dávid Budai.

 

 Jean-Marc Warszawski
7 juilet 2019

 

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