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Théâtre de Caen, 28 mai 2019 —— Alain Lambert.

Aurélien Bory – Shantala Shivalingappa : « aSH » mythologique et fabuleux

aSH. Photographie © Pierre Dequivre.

Shiva, dieu de la destruction, de l'illusion, tout autant que de la recréation du monde à chaque nouveau cycle, aussi dieu de la mort et des lieux de crémation, ou dieu de la danse... Et comme l'Indienne Shantala Shivalingappa porte en partie ce nom, Aurélien Bory, metteur en scène polymorphe qu'on connaît bien au théâtre de Caen, a décidé d'en jouer dans sa scénographie toujours singulière en inscrivant la chorégraphie kushipudi de la soliste dans un univers tellurique et percussif détonnant.

Tout commence par des tintements métalliques vibrés rappelant le gamelan balinais, jouées par Loïc Schild entouré de toutes sortes de percussions. La danseuse sort lentement de la nuit, avec les gestes lents et ondoyants propres à cette tradition. Le rideau derrière elle se soulève et la suit, ou, quand elle recule, s'effondre dans un bruit de tonnerre.  Joan Cambon a créé un paysage musical bruitiste dans lequel se fondent les battements et roulements de tambours. Toute la première partie se concentre dans ce va-et-vient d'ombre et de lumière, de bruissements et de claquements.

Puis le machiniste déroule la toile de telle sorte qu'elle devienne tapis de scène, il l'ajuste avec l'aide du percussionniste qui, intrigué, s'avance au centre, là où la toile se plie entre horizontal et vertical, et se met à improviser en la frappant en divers endroits, sur l'ossature de bambous (?) qui la maintient. Quand une réponse rythmique semble lui revenir de la structure, il retourne à sa place et joue avec et par-dessus. Pendant ce temps la déesse de la danse répand de la cendre grise sur le sombre tapis de scène qu'elle a humidifié avec un grand pinceau, suspendu, de calligraphie, avant de se lancer dans des mouvements de compas, et autres voltes, pour y dessiner un immense mandala en noir et blanc (que seuls les spectateurs hauts placés peuvent découvrir).

Quand la toile s'enroule lentement pour revenir à sa position initiale, le dessin de cendre se dégrade au ralenti avant un final tumultueux, orageux, toujours dansé, avant l'effondrement, prélude à un nouveau cycle.

Un grand spectacle, tout à la fois chorégraphique, musical, et théâtral dans sa densité mythologique et son originalité scénographique.

À voir encore à Veronezh en Russie les 11, 12, 13 juin.

La saison du théâtre de Caen se termine  par deux concerts baroques, Il Giardino dei Sospiri, avec la mezzo-soprano Magdalena Kozena, 4 juin, puis Le Sacre de Louis XIV, par l'ensemble Correspondance et la Maîtrise de Caen, 18 juin. Sans oublier le spectacle musical de François Morel en hommage à Raymond Devos, j'ai des doutes du 11 au 16 juin.

 

 

Alain Lambert
28 mai 2019

 

 

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