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Marseille, 10 juin 2018 —— Jean-Luc Vannier.

Voix internationales, jeunes et talentueuses primées à l’opéra de Marseille

Felicitas Frische (soprano). Photographie © Christian Dresse.

139 candidats dont 78 sopranos, 22 nationalités représentées : pour sa seconde édition, l’opéra de Marseille organisait du 4 au 9 juin 2018, un concours international de chant avec la participation, lors de la finale samedi 9 juin, de l’orchestre philharmonique de Marseille sous la direction de Lawrence Foster. La soirée était présentée par le sémillant Sébastien Herbecq, dramaturge de l’opéra de Marseille.

Présidé par Raymond Duffaut, Président du Centre Français de Promotion Lyrique (CFPL), le jury se composait de Renée Auphan, Metteur en scène, de Monella Cerri, Agent artistique, de Valérie Chevalier, Directrice générale de l’Opéra Orchestre National de Montpellier Occitanie, de Patrizia Ciofi, Artiste lyrique, de Christophe Ghristi, Directeur artistique du Théâtre du Capitole de Toulouse, de Philippe Mestres, Directeur musical des Nuits lyriques de Marmande, de Alain Nonat, Directeur général et artistique au Théâtre Lyrichoregra 20, de Bertrand Schaaf, Directeur de production du Théâtre des Champs-Élysées et de Maurice Xiberras, Directeur général de l’Opéra de Marseille.

Maria Chabounia. Photographie © Christian Dresse.

Que retenir des dix candidats, âgés de 23 à 31 ans, qui se disputaient sept Prix dont celui du public invité à voter à l’issue de la soirée pendant les délibérations du jury ? Ce fut tout d’abord une soirée presque exclusivement féminine puisque seuls deux chanteurs avaient réussi à franchir les éliminatoires et les demi-finales.

Privé — injustement à notre avis — de récompense, le baryton originaire de la République populaire de Chine Jiaming Zhang s’est brillamment illustré dans deux interprétations très incarnées : « Quand la flamme de l’amour » extrait de La jolie fille de Perth, de Georges Bizet, puis en deuxième partie, avec son « Hai gia vinta la causa », l’air du Comte de Le Nozze di Figaro de W.A. Mozart. Voix proche de celle d’une basse par sa structure très charpentée, puissante, bien projetée mais que cet étudiant qui décida « d’apprendre très jeune le Français pour venir faire ses études de chant au Conservatoire de Paris »  entend tirer vers le seul registre de baryton. À suivre. Lauréat, quant à lui, du Second Prix catégorie A Opéra, le ténor français Kaelig Boche a profondément ému l’auditoire — stabilité vocale qui n’exclut pas de riches couleurs dans les intonations — par son « Куда куда… », le grand air de Lenski au second tableau de l’acte II de Eugène Onéguine de P. I. Tchaïkovski.

Kaelig Boche (Ténor) et Maurice Xiberras (DG Opéra de Marseille). Photographie © Christian Dresse.

Par contraste — certes, il est bien difficile pour un ténor ou un baryton de se mesurer à une soprano dans le registre émotionnel — les voix féminines ont parfois manqué de cette intériorité et de cet éclat intimiste qui font très souvent le charme de leur tessiture. Le « trac » sans doute. Outre des corps tétanisés sur scène, cela donne aussi des aigus pincés ou teintés d’accents métalliques, voire des vocalises arides. Ce ne fut évidemment pas le cas pour le Grand Prix décerné à la soprano allemande Felicitas Frische pour ses deux airs, celui en première partie de Donna Anna « Crudele…non mi dir » du Don Giovanni de W.A. Mozart et, encore plus réussi, nonobstant une certaine prudence pour le registre aigu dans les deux cas, celui du très célèbre « Si, mi chiamano Mimi » de La Bohème de G. Puccini. Cette jeune maman originaire de Würzburg et actuellement en fin d’études à Freiburg témoigne de ses années de travail par sa maitrise particulièrement bien assumée des techniques vocales. Toutefois, sa ligne de chant gagnerait — et elle ne devrait pas le craindre — à laisser passer davantage d’affects pour achever la séduction d’un public légitimement conquis.

Tamara Bounazou. Photographie © Christian Dresse.

À l’inverse — et c’est sans doute là encore la preuve que le chant signe en miroir la psyché de son interprète  la soprano biélorusse Maria Chabounia a remporté deux Prix : celui de la meilleure interprète française ainsi que le Prix du public pour ses deux superbes prestations : « C’est des contrebandiers…Je dis que rien ne m’épouvante » tiré du Carmen de G. Bizet et le « Chant de la lune » du Rusalka de A. Dvorak. Cette fascinante polyglotte — remarquable français par ses années de jeunesse musicale et chorale passées en Auvergne, marié à un Turc, vivant à Hambourg — nous expliquait à l’issue de la soirée « vouloir privilégier l’expressivité de l’émotion dans sa ligne de chant ». Et de reconnaître « la nécessité d’accomplir des progrès dans la technique afin d’atteindre certains aspects du chant qui lui font encore défaut ». Elle nous raconta aussi que malgré les injonctions réitérées du maestro aux répétitions « je ne vous entends pas ! » la conduisant à « forcer sa voix », elle avait décidé envers et contre tout de maintenir sa manière douce et suave de chanter lors de la finale. Fort tempérament dont nous ne nous plaindrons guère ! Nous serons moins indulgent que le jury pour l’obtention du 1er Prix Catégorie A Opéra pour la mezzo-soprano Anne-Sophie Vincent dont le vibrato, très repérable dans son air de Sesto « Parto, parto ma tu ben mio » de La Clemenza di Tito de W.A. Mozart, s’est un peu estompé dans son « Una voce poco fa » du Il Barbiere di Siviglia de G. Rossini.

Ramya Roy. Photographie © Christian Dresse.

Signalons enfin le Prix Mention spéciale du jury attribué à la mezzo-soprano indienne Ramya Roy qui, malgré un désagréable forçage vocal, n’a pas démérité dans son « Depuis hier, que fais-tu blanche tourterelle ? » du Roméo et Juliette de C. Gounod, puis dans ses très impressionnantes vocalises du « Nacqui allafanno…non piu mesta » de La Cenerentola de G. Rossini. Le Prix du Jeune Espoir CFPL (Centre Français de la Promotion Lyrique) est allé à la soprano française Tamara Bounazou : après un difficile « Ach, ich liebte » de Die Entführung aus dem Serail de W.A. Mozart où, en raison de son refroidissement rendant incertaine sa participation au concours, tous ses suraigus furent ratés, elle a finalement soulevé l’enthousiasme de la salle en seconde partie avec un très enjoué « Glitter and be gay », l’air de Cunégonde dans le Candide de Léonard Bernstein.

Concours international de chant 2018. Opéra de Marseille. Photographie © Christian Dresse.

Une soirée de concours international réussie en raison du remarquable niveau de la sélection. Et qui, de l’avis général de nombreux mélomanes et critiques venus y assister, témoignait plus généralement de celui auquel s’était désormais hissé l’opéra de Marseille. Nous acquiescerons.

 

Marseille, le 10 juin 2018
Jean-Luc Vannier

 

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Lundi 11 Juin, 2018 3:30