musicologie
Actualité . Biographies . Encyclopédie . Études . Documents . Livres . Cédés . Annonces . Agenda rss
Abonnement au bulletin . Analyses musicales . Recherche + annuaire . Contacts . Soutenir

Schubert, Janequin, Sermisy, à voix d'hommes

Moment musical : Fanz Schubert et Clément Janequin, une amitié imaginaire, Ensemble vocal Thélème, Rani Orenstein (pianoforte), Ziv Braha (luth). Coviello Classics 2017 (CDV 91724).

Enregistréà Basel, Allgemeine Lesegesellschaft, en novembre 2016.

19 janvier 2018, par Jean-Marc Warszawski ——

Thélème est un ensemble vocal essentiellement masculin, né et vivant à Basel, à la frontière allemano-suisse. Le nom de cet ensemble qui évoque plutôt les bords de Loire que ceux du Rhin, rend hommage à l'abbaye de Thélème, l'utopie libertaire de François Rabelais, né à la fin du xve siècle, avec son célèbre « Fais ce que voudras ». Bouffée émancipatrice ?  Certainement, contre la police morale de l'Église, mais limitée aux aristocrates, « parce que les gens libres, bien nés, bien instruits, conversant en compagnie honnête, ont par nature un instinct et un aiguillon, qui toujours les poussent à accomplir des faits vertueux et les éloignent du vice ».

Pour le programme de ce cédé, Jean-Christophe Groffe, basse et directeur artistique de l'ensemble, a eu l'idée de rapprocher les œuvres de Schubert et celles de Clément Janequin, mais aussi de Claudin de Sermisy et pour le luth Adrien Le Roy. Incursion de chanteurs amoureux de musique ancienne dans celle du xixe siècle. Il s'agit en fait d'un récital de musique vocale germanique et pianoforte de Franz Schubert dans lequel un épisode de chansons françaises et de luth du xvie siècle est intercalé.

Quand on parle de François Rabelais, un auteur de fantaisies s'il en est un, pourquoi en effet ne pas imaginer la rencontre, dans une taverne, de Schubert, Sermisy, Janequin, Le Roy, au cours d'un voyage sur les routes du temps, occasion d'une joute entre bons vivants. Malheureusement, ne mettant pas en œuvre le précepte « Fais ce que voudras » qui est la politesse des artistes, le propos du livret tente avec sérieux et assez péniblement d'argumenter rationnellement cette rencontre musicale, au risque de transformer l'approche de ce récital en démonstration improbale au lieu de festivités qui n'en demandent pas tant. D'ailleurs, l'organisation de ce récital en cycle est assez sage : Schubert – chansons anciennes – Schubert. En réalité, il y a peu de communautés en style, langage, intentions entre Schubert et les chansonniers polyphonistes français du xvie siècle, témoins de l'émancipation profane de l'art « sérieux » ouvert sur la vie publique, urbaine, imitant souvent ses bruits ou mouvements, et les confraternités d'hommes, fleurissant dans le xixe siècle germanique. Ce qui donne intérêt et piquant à ce programme.

Les œuvres vocales pour voix d'hommes sont peu programmées dans le star-système (depuis les Compagnons de la chanson ou les Frères Jacques, ou les chœurs de l'Armée rouge en à peine plaisantant) et ne surabondent pas en discographie. La pratique en est pourtant répandue. L'histoire des chœurs masculins tient certainement peu au fait qu'on a jugé dans les temps anciens l'immoralité du chant en public des femmes, car on les a remplacées par des voix enfantines ou des castrats. La tradition ici est celle du xixe siècle puritain, des confréries, des clubs et des fumoirs, des compagnonnages, des corporations, des officiers, des amicales de chasseurs, mais aussi du mouvement orphéonique, visant à écarter les hommes des classes laborieuses de la taverne et de l'alcoolisme, par une activité chorale saine pour les poumons et pour l'âme, grâce à des paroles de chansons édifiantes, alors que dans les classes « bien nées » on pouvait entonner des chansons à boire.

Celles et ceux qui ne lisent pas, ou qui le font rarement comme c'est en général mon cas, les livrets accompagnant les cédés, surtout quand ils ne sont lisibles qu'au microscope, découvriront un enregistrement agréable, tant par le choix des œuvres que par leur exécution, la belle homogénéité des timbres et sa qualité sonore. Les parties solistes vocales ou instrumentales y ajoutant une variété bienvenue.

Clément Janequin, Le chant des oiseaux (extrait), plage 11.

 

 

Jean-Marc Warszawski
19 janvier 2018

 

Jean-Marc Warszawski, ses derniers articles : Les variations Goldberg par Jean MullerHelmut Lachenman et les années de plomb, par Laurent FeneyrouLe clavecin verni et peint comme une tabatière de Claude Balbastre par Christophe RoussetLes Trios élégiaques de Rachmaninov par Alan Ball, Bernard Mathern, Élisabeth BeaussierLe jeune Debussy par le pianiste Matteo FossiL'inventaire sans histoire des orgues de l'OrléanaisTous les articles de Jean-Marc Warszawski

 

 

À propos - contact | S'abonner au bulletin Biographies de musiciens Encyclopédie musicaleArticles et études | La petite bibliothèque | Analyses musicales | Nouveaux livres | Nouveaux disques | Agenda | Flux RSS | Petites annonces | Téléchargements | Presse internationale | Colloques & conférences | Universités françaises | Collaborations éditoriales | Soutenir musicologie.org.

Musicologie.org, 56 rue de la Fédération, 93100 Montreuil ☎ 06 06 61 73 41

ISNN 2269-9910

© musicologie.org 2017

bouquetin

Jeudi 18 Janvier, 2018 23:41