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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte

La musique instrumentale de Michael Haydn (1737-1806)

Comme son frère Joseph, Michael Haydn se forma largement en autodidacte. Il rejoignit d’aillleurs son aîné en tant que petit chanteur à la cathédrale Saint-Étienne de Vienne dès 1745, et officia au sein de la maîtrise pendant près de dix ans. Il y apprit le violon et l’orgue, et étudia la composition essentiellement en lisant des ouvrages de contrepoint comme le Gradus ad Parnassum de Fux.De 1757 à 1762, il occupe un poste de maître de chapelle dans une localité hongroise, aujourd’hui en territoire roumain, puis entre au service du prince-archevêque de Salzbourg comme musicien de cour et Konzertmeister. Il y sera également organiste (il remplacera Mozart à la tribune de la cathédrale en 1781), et restera obstinément attaché à Salzbourg, même lorsqu’il aura perdu tous ses postes après l’abdication de Colloredo en 1800.

Tout en s’adonnant à l’enseignement (il eut notamment comme élèves Weber et Diabelli), il fut donc un proche collègue des Mozart père et fils, et exerça une grande influence sur le jeune Wolfgang. On lui a fait la réputation d’avoir été un peu porté sur la boisson et un peu moins sur le travail. Il a cependant laissé un catalogue impressionnant dans lequel les œuvres vocales sacrées se taillent la part du lion. Déjà de son vivant, il était en effet surtout reconnu comme compositeur de musique religieuse, et, pour n’évoquer qu’un exemple, on sait ce que le célébrissime Requiem de Mozart doit à celui — magnifique — que Michael Haydn écrivit en 1771.

Dans sa production, y compris instrumentale, ce musicien talentueux a été — c’est vrai — très inégal, mais on devrait se souvenir plus souvent de la sincère admiration que lui portait Mozart, et de la vénération dont il fut plus tard l’objet de la part de Schubert. Peut-être souffrirait-il alors un peu moins de la double proximité écrasante de son frère et du « divin » Wolfgang.

Œuvres de chambre

Après rectification de diverses erreurs d’attribution qui étaient venues enrichir indûment le catalogue de l’aîné des Haydn, on recense aujourd’hui une quarantaine de partitions de chambre de Michael Haydn, dont une majorité destinée aux seuls instruments à cordes (du duo au quintette), et une dizaine d’œuvres mettant les vents à l’honneur (généralement en les associant aux cordes). Faute d’en faire une revue en règle, mettons au moins en évidence quelques points forts de ce catalogue qui se partage en fait entre deux genres : les œuvres de forme « classique » en trois ou quatre mouvements d’une part, et celles relevant davantage du « divertimento » de l’autre.

Parmi les œuvres dévolues aux seules cordes, les plus belles réussites se situent parmi les cinq quintettes à cordes, notamment avec les deux œuvres en quatre mouvements composées en 1773 : le quintette en ut majeur (P 108 ou S 182) et surtout celui en sol majeur (P 109 ou S 184). C’est ce dernier, terminé le 1er décembre 1773, qui marqua tout particulièrement le jeune Mozart, le poussant à retravailler son propre premier quintette (K 174 en si♭ majeur) afin d’essayer de se hisser au même niveau. Et, preuve qu’on a là un vrai chef-d’œuvre, c’est de cette partition que le même Mozart allait encore s’inspirer quatorze ans plus tard en écrivant son génial et si émouvant quintette en sol mineur K 516. De moindre intérêt, mais d’une séduction certaine, on peut citer aussi les quintettes répertoriés P 105 et P 110, respectivement en si♭majeur et fa majeur, qui sont l’un et l’autre en six mouvements plus une marche, ce qui les inscrit dans le genre « divertimento » alors très en vogue à Salzbourg.

Quintette en sol majeur P 109, par Das Wiener Philharmonia Quintett.

À côté de ces quintettes, le mélomane avide de découvertes trouvera des pages attachantes au sein des quatorze quatuors à cordes (dont certains portent le titre de divertimento) ainsi que dans les quatre duos pour violon et alto de 1783, qui valent mieux que le dédain qu’on leur réserve trop souvent en les comparant aux deux que Mozart écrivit pour dépanner son ami et lui permettre de boucler la série de six duos commandée par Colloredo. Mais sa curiosité sera surtout récompensée à l’écoute des diverses œuvres dans lesquelles, sous l’appellation de divertimento, notturno, quartetto ou quintetto, le compositeur fait appel aux instruments à vent et se montre souvent inventif. Mentionnons en particulier le divertimento en majeur P 95 pour deux hautbois, deux cors et deux bassons, celui en ut majeur P 98 pour hautbois (ou flûte), alto et contrebasse, et le quartetto en ut majeur P 115 pour cor anglais, violon, violoncelle et contrebasse.

Divertimento en ut majeur P 98 (Allegro molto)? par les Frisson members.

 

Quartetto en ut majeur P 115, par le Piccolo Concerto Wien.

Symphonies et Concertos

Quarante-trois symphonies sont désormais mises à l’actif de Michael Haydn, dont certaines furent longtemps attribuées à son frère, voire à Mozart. Échelonnées de 1760 à 1789, et de dimensions très variables, elles forment un corpus globalement intéressant au sein duquel se détachent quelques œuvres de toute beauté, parfois même très originales. Déjà, certaines des symphonies de jeunesse évoquent irrésistiblement un certain Wolfgang Amadeus, mais c’est à partir de 1780 que l’on trouve le meilleur du musicien dans le genre. À cet égard, beaucoup plus que la Ssmphonie no 25 en sol majeur (P 16) qui, munie d’une introduction lente écrite par Mozart, passa longtemps pour être la 37e symphonie de celui-ci, on retiendra tout particulièrement trois symphonies de 1784 qui sont d’ailleurs les seules à avoir été publiées du vivant de l’auteur : la no 27 en si♭ majeur (P 18), la no 28 en ut majeur (P 19), incontestable chef-d’œuvre qui allie invention mélodique et énergie avec un finale magistralement construit, et la no 29 en mineur (P 20), autre grande réussite du musicien, qui est du reste la seule de ses symphonies en mode mineur.

Symphonie n°28 en ut majeur (P 19), par le Slovak Chamber Orchestra, sous la direction de Bohdan Warchal.

 

Symphonie no 29 en mineur (P 20) (I. Allegro brillante) par le Bournemouth Sinfonietta, sous la direction de Harold Faberman.

Par la suite, Michael Haydn écrira souvent des symphonies de dimensions plus modestes, parfois même étonnamment brèves, mais avec un don incontestable pour dire un maximum de choses dans le minimum de temps. La no 32 en majeur (P 23), en deux brefs mouvements, en est sans doute le plus bel exemple, et l’éclat des trompettes et timbales lui donne les allures d’une grandiose ouverture. Le même éclat est de mise dans la remarquable no p 36 en si♭majeur (P 28) où trompettes et timbales apparaisssent même au beau milieu de l’Andante médian. Une caractéristique que l’on retrouve dans la no 39 en ut majeur (P 31), une symphonie plus vaste qui se conclut sur un vigoureux Molto vivace en fugato. On remarquera au passage que le musicien affectionnait les finale en fugato, ce qui se vérifiera encore, et de fort belle manière, dans la très brillante symphonie no 41 en la majeur (P 33).

Symphonie no 32 en majeur P 23 par, par la Deutsche Kammerakademie Neuss, sous la direction de Johannes Goritzki.

 

Symphonie no 41 en la majeur P 33 (IV. FugatoVivace molto), par la Capella Coloniensis, sous la direction de Wilfried Boettcher.

À côté de ces symphonies et de quelques œuvres orchestrales éparses, parmi lesquelles on retiendra un divertimento pour cordes en majeur (P 93 ou S 305-306) et surtout la suite (ou symphonie) d’après la musique de scène de Zaïre, Michael Haydn a laissé divers concertos dont quelques-uns sont en réalité tirés de sérénades à la mode salzbourgeoise. On ne trouvera, certes, rien d’essentiel dans cette production qui relève pour une large part des années de jeunesse du musicien, mais il s’agit souvent de pages tout à fait estimables. Citons à ce propos ses concertos pour violon, dont l’un au moins — celui en si♭majeur (P 53 ou S 36) — semble avoir influencé Mozart dans son premier concerto, un autre de ces concertos — celui en la majeur (P. deest ou S 206) —, nettement plus tardif, se révélant quant à lui très proche des derniers de Mozart, comme si, au jeu des influences, les rôles s’étaient inversés. Citons également le concerto pour trombone alto en , un grand classique dans le répertoire de cet instrument, le concerto pour cor et trombone , véritable rareté, et les deux Concertos pour flûte en majeur, en particulier le second (P 56 ou S 110), une œuvre dont la bonne humeur, la fantaisie et la fluidité du discours ne peuvent laisser indifférent.

Concerto pour cor et trombone par Gabor Toth et Róbert Káip.

 

 

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Jeudi 18 Octobre, 2018 3:37