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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte : V. La musique instrumentale au temps de Mozart et de Haydn : Autriche.

La musique instrumentale de Carl Ditters von Dittersdorf (1739-1799)

De son vrai nom Carl Ditters, mais anobli par la suite en « von Dittersdorf », ce Viennois de naissance, qui occupa longtemps des postes loin de ses bases, notamment celui de Kapellmeister du prince-évêque de Breslau, en Silésie, fut une figure importante de la vie musicale viennoise. Il y connut le succès en tant que compositeur d'opéras (opéras « italiens » et Singspiele) et de musique religieuse (oratorios et messes), et s’y fit une réputation enviable en matière de musique instrumentale, laissant un vaste catalogue de symphonies et de concertos, ainsi que de la musique de chambre. Au cours de ses nombreux séjours à Vienne, il eut l’occasion de côtoyer Haydn et Mozart, avec lesquels il lui arrivait de partager des séances de quatuor à cordes, Haydn et lui tenant les parties de violon, Mozart étant à l’alto et Vanhal au violoncelle. Favori des grands de ce monde (il reçut même du pape l’ordre de l’Éperon d’or, avant d’être anobli par l’empereur), ce musicien qui, dès sa jeunesse, en tant que violoniste, avait sillonné l’Italie en compagnie de Gluck, n’a évidemment pas le génie de ses deux grands contemporains, mais illustre bien lui aussi un lieu et une époque où, avec le plus grand bonheur, on se montrait hautement perméable aux influences venues d’un peu partout.

Musique de chambre

Parmi les diverses œuvres de chambre de Dittersdorf, on ne retient guère aujourd’hui que ses six quatuors à cordes de 1788-1789, ainsi que deux ou trois quintettes à cordes (à deux violoncelles) de 1789. On pense que c’est la fréquentation des quatuors et ou des quintettes de Haydn et de Mozart qui aurait incité le musicien à tenter sa chance dans ces spécialités. Dans une lettre à l’éditeur Artaria où il s’employait à placer ses six quatuors, n’était-il pas allé jusqu’à écrire qu’un ami, les ayant entendus plusieurs fois, avait estimé qu’ils surclassaient ceux de Pleyel, et même ceux de Haydn ! On en sourit évidemment aujourd’hui, d’autant que ces quatuors se contentent de trois mouvements (sans mouvement lent pour cinq d’entre eux) et restent de dimensions modestes. Mais, dans ce cadre simple, le musicien séduit par un cantabile généreux et souple, par la fluidité et la lisibilité du discours et par certains détails raffinés, des qualités qui suffisent à distinguer ces quatuors — à commencer par le premier en majeur, le plus réussi du lot — de la production courante de l’époque. Bien qu’eux mêmes d’écoute agréable, les quintettes apparaissent en retrait au plan formel, jouant la carte d’un honnête divertissement surtout fondé sur la beauté des thèmes.

Carl Ditters von Dittersdorf, Quatuor à cordes no 1 en re majeur, par le Kubin Quartet

Symphonies et Concertos

Au moins par le nombre d’œuvres (on lui attribue au bas mot cent vingt symphonies), Dittersdorf s’est posé en concurrent sérieux de Joseph Haydn dans le domaine symphonique, mais, malgré d’incontestables talents de mélodiste et d’orchestrateur, le musicien ne s’est que rarement élevé au niveau des grands de la spécialité. Et, en fait de spécialité, il s’est avant tout distingué par son goût pour les « symphonies à programme » dans lesquelles la musique devient volontiers narrative, voire descriptive, et prend des allures de poème symphonique. L’exemple le plus connu — et le plus abouti — en est donné par les six très belles symphonies d’après les Métamorphoses d’Ovide, toutes dotées de titres explicites comme « Les Quatre Ages du Monde », « La Délivrance d’Andromède par Persée », « Actéon changé en cerf », « La Chute de Phaéton »… Autres exemples — moins convaincants en général — de ce penchant du compositeur : sa symphonie sur le combat des passions humaines, celle sur les goûts de cinq nations ou encore celle sur le délire des compositeurs. Mais lorsque Dittersdorf abandonne le champ de la musique « programmatique », il lui arrive aussi de s’élever bien au-dessus de la production courante de son temps. Témoin cette curieuse symphonie en la mineur éditée au début du xxe siècle, qui surprend par l’étrangeté du plan tonal régissant ses quatre mouvements et se signale par son atmosphère tourmentée, très Sturm und Drang. Témoin également la symphonie en sol mineur G. g 1, une œuvre aux vastes proportions, composée dans les années 1760, dans laquelle on a pu voir un des sommets de la production autrichienne de l’époque.

Carl Ditters von Dittersdorf, Symphonie no 2 en re majeur « La Chute de Phaéton » d’après les Métamorphoses d’Ovide, I. Adagio non moltoAllegro), par le Falloni Chamber Orchestra, sous la direction de Hanspeter Gmur.

 

Carl Ditters von Dittersdorf, Symphonie en la mineur par la Camerata Bern, sous la direction de Thomas Füri.

Éminent violoniste, Dittersdorf a dédié une bonne part de ses quelque cinquante concertos à son instrument favori, et quelques autres à l’alto, au violoncelle ou à la contrebasse, voire… au quatuor à cordes, sans oublier le clavecin, la flûte ou le hautbois. Des pages souvent plaisantes mais qui ne brillent guère par l’originalité. Pour un peu, on en dirait qu’elles réunissent les ingrédients qui condamnent de nombreuses musiques à un oubli poli, mais le musicien garde pour lui d’avoir été un des premiers (et rares) compositeurs à écrire des concertos pour contrebasse, qui plus est habilement troussés. Et surtout, il a laissé une œuvre singulière, sa Sinfonia concertante (ou double concerto) pour alto et contrebasse, qui est pratiquement la seule de ses œuvres concertantes à connaître le succès. Dans cette œuvre en quatre mouvements utilisant une combinaison très inhabituelle, « c’est l’instrument le plus grave qui mène la danse, une danse galante et savoureuse où la virtuosité pure ne prend jamais le pas sur l’humour ni sur la grâce mélodique. »1

Carl Ditters von Dittersdorf, Sinfonia concertante pour alto et contrebasse, I. Allegro, par Philipp Naegele et Günter Klaus, Heidelberger Kammerorchestra.

Note

1   Macia Jean-Luc, dans « Diapason » (396), septembre 1993.

 

 

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Samedi 27 Octobre, 2018 1:33