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17 juin 2018 —— Jean-Marc Warszawski.

Le livre pour piano de Florent Nagel

Florent Nagel, Le livre pour piano. « Collection du festival international Albert Roussel », Azur Classical 2018 (AZC 158).

Enregistré le 4 août 2017 au Studio Cantus Classic, à Séoul, Corée du Sud.

Nous avons découvert la musique de Florent Nagel et par la même occasion la personne,  sur la scène d'un concert « Cantus Formus », le 16 novembre 2016,  au Conservatoire de Paris, un cycle animé depuis des années par Nicolas Bacri.  Il y joua quelques études de sa composition qui ont enthousiasmé le public.

Le succès rencontré depuis 2012  par son conte musical Alice au pays des merveilles (piano quatre mains récitant), un vrai succès parti de la scène, non de médias, qui a finalement abouti à plus de 200 concerts et à la commande d’une version orchestrale par le Théâtre du Capitole de Toulouse, l’a peut-être placé devant des responsabilités nouvelles de compositeur, propres à  le pousser par ces études à mieux se structurer, à plus profondément explorer les possibilités de ses engagements esthétiques, à expliciter sa matière grise musicale. Suivant peut-être ainsi les préceptes d’Aristote, à savoir que la plus belle des sciences est celle que l’on peut enseigner… y compris à soi-même.

Florent Nagel a donc mené à son aboutissement l’exercice qu’il nous avait dévoilé en 2016,  il nous présente au programme de ce cédé, les 17 numéros de son Livre pour piano, dont la partition est éditée par Alphonse Leduc  (AL 30 792).

Celles et ceux qui ont déjà entendu la musique du compositeur ne seront pas surpris, on est proche de la musique répétitive, mais non pas minimaliste. Florent Nagel a investi de manière personnelle l’héritage de Marcel Bitsch (1921-2011), son professeur de contrepoint, dont le traité d’harmonie tonale a été bachoté par un grand nombre, et celui de Claude Ballif (1924-2004), son professeur de composition, théoricien du mélange tonal – atonal.

Cela peut aujourd’hui faire sourire, notre oreille étant accommodée à un monde musical aux sonorités et esthétiques très diverses et contrastées.  Mais il n’y a pas si longtemps de cela, pour des raisons liées au bon goût et au poids de la pensée structuraliste sûre de l’existence d’universaux, ce genre de fusion était incongru, trahissant le sentiment recherché de pureté et d’unité esthétique. Une oreille aurait entendu une faute de style, une citation évocatrice,  un trait d’humour ou provocant, si des résonances tonales avaient parsemé une œuvre atonale, et inversement. L’oreille musicienne aurait été incapable d’entendre une intégration entre langages incompatibles.

Florent Nagel coupe la poire en deux, il est moins tonal que Marcel Bitsch mais plus que Claude Ballif, ce qui est le cas de bien des musiques d’aujourd’hui librement polarisées sur des résonances tonales, sans pour autant suivre nécessairement les fonctions régissant l’harmonie fondée sur les modes (gammes) majeurs et mineurs.

Nous retrouvons également l’opiniâtreté, l’aspect hutin, pour ne pas dire les idées fixes, que nous avions soulignés en 2016, des  pièces qui ne sont pas si répétitives que cela, enfin moins que dans notre souvenir, mais serrées sur leur idée de départ et ne s’en écartant pas, sinon par des variations peu transformatrices.  Ceci expliquant cela.

On dit « études », on pourrait dire « propositions », « Idées », qui ne nous semblent pas tant interroger l’avenir qu’affirmer la maîtrise d’un style original et l’envie du public, où l’on pourrait reconnaître quelques gênes Debussystes et quelques poils de barbichette d’Erik Satie.

Florent Nagel, Invention et fugue en mi : fugue (plage 22).

 

 

Jean-Marc Warszawski
17 juin 2018

 

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Dimanche 17 Juin, 2018 3:58