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Le dernier Schubert par Philippe Entremont

Philippe Entremont et Gen Tomuro, Franz Schubert, Sonate no 21 d. 960, Fantaisie D. 940, Marche militaire no 1. Solo Musica 2017 (SM 276).

15 Mars 2018, par Jean-Marc Warszawski ——

Le pianiste et chef d’orchestre Philippe Entremont a quelque chose d’une légende vivante, qui commence avec le Concours Reine Élisabeth à l’âge de 16 ans et deux ans plus tard, après le concours Long-Thibault, ses débuts au Carnegie Hall de New York où il interprète le 1er concerto de Franz Liszt et celui d’André Jolivet.

Il a enregistré plus de 250 disques, dirigé d’importants orchestres à travers le monde, comme chef invité, permanent, et même à vie comme à l’orchestre de chambre de Vienne ou l’orchestre symphonique de Munich.

S’il a toujours joué et dirigé les œuvres de Franz Schubert, récitals, piano à deux et quatre mains, musique de chambre, Lieder, œuvre symphonique, il n’avait pas encore enregistré cette sonate D. 960 (pourtant souvent jouée en concert, et à domicile sur le pupitre de son piano), estimant que l’heure n’en était pas encore venue, cette œuvre « posthume », chef-d’œuvre parmi l’ample brassée de chefs-d’œuvre de dernières forces, achevé trois mois avant la mort, étant pour lui également la pièce posthume des pianistes, celle d’avant les adieux au piano ou à la vie.

Ne voyant en Schubert que le maître du Lied, on a quelque peu méprisé sa musique instrumentale de grande forme, sinon le quintette la majeur, D. 667, « La truite » ou le quatuor re mineur, D. 810, « La jeune fille et la mort », confinant son piano aux « moments musicaux » et les impromptus, de la musique pour les amis et les salons et les Schubertiades.

Pourtant, il y a le souffle, la maîtrise architecturale des grandes formes, cette sonate en si♭majeur en témoigne. Œuvre pianistique magistrale, plus testamentaire que posthume, elle concentre tout Schubert, du savoir-faire au savoir évoquer les émotions, le chambriste, le pianiste, le symphoniste et surtout le maître du Lied, car elle chante comme un long monologue lyrique, en une rare proximité humaine pour une pièce pianistique : une évidence sous les doigts de Philippe Entremont.

Comme pour la fantaisie, les épisodes, tenus par un plan rigoureux en quatre mouvements, sont fort contrastés : douceur, brutalité, rayons mélodiques lumineux, accords violents cognant contre les limites mécaniques, au contraire des traits virtuoses où la parfaite égalité et légèreté digitale abolissent résistance et rebond des touches, voir leur existence même.

Tout semble simple et pourtant dense et agité, avec des articulations parfois franches, voire brutales, des changements brusques d’humeur. Philippe Entremont ne tente aucun lissage, taille à la serpe ce qui est brutal, cisèle la mélodie, caresse les délicatesses, contraste les harmonies, chante avec un son intime de proximité, sans rutilance, qui renforce l’impression de naturel, où l’humain fait oublier la mécanique instrumentale, mais non pas la réalité de l'instrument jusqu'à sa rugosité.

On appréciera la symbiose avec Gen Tomuro dans les pièces à quatre mains, et la conclusion assurée par la marche militaire, dont le poids léger par rapport à l’ambition du programme peut porter à faire sourire. Pourtant, c’est aussi de la belle musique et du bon plaisir.

Comme Philippe Entremont ne joue jamais deux fois pareillement, voici un cédé qui a une valeur éternellement éphémère. Comme il l’écrit de Franz Schubert, « c’est simplement génial ».

Franz Schubert, Sonate no 1 en si♭majeur, D. 960 (premières mesures), plage 1.

 

1-4. Sonate no 1 en si♭majeur, D. 960.

5. Fataisie à quatre mainsn en fa mineur, D. 940.

6. Marche militaire no 1, en re majeur, à quatre mains

 

Jean-Marc Warszawski
15 février 2018

 

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bouquetin

Jeudi 15 Mars, 2018 0:18