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Le clavecin verni et peint comme une tabatière de Claude Balbastre par Christophe Rousset

Christophe Rousset, Balbastre, 1er livre des pièces de clavecin, + sonate avec accompagnement de violon (Gilone Gaubert-Jacques (violon). Aparté 2017 (AP 163).

Enregistré par Little Tribeca, 25-27 septembre 2017, Amphithéâtre de la Cité de la musique, clavecin Jean-Claude Goujon / James Joachim Swanen (avant 1749)

10 janvier 2017, par Jean-Marc Warszawski ——

Sa famille dijonnaise croise celle de Jean-Philippe Rameau. Leurs pères, Jean Rameau et Bénigne Balbastre se succèdent à l’orgue de l’église Saint-Médard. Puis Claude Rameau frère de Jean-Philippe prend la place à la tribune de l’église et de celle de professeur de Claude, fils de Bénigne Balbastre, lequel à son tour devient maître de l’instrument le 11 mai 1743.

Protégé du fermier général De Caze, un de ces ramasseurs d’impôts qui s’en mettaient plein les poches (déjà !), Claude Balbastre monte à Paris en 1750 pour rester dans le giron des Rameau, cette fois de Jean-Philippe. Il devient une vedette du clavier, obtient en plein ou en quartiers saisonniers les tribunes de Saint-Roch, de Notre-Dame de Paris, de la chapelle de Versailles, de l'abbaye de Panthémont, enseigne la haute aristocratie, dont Marie Antoinette, pourtant très occupée par sa ferme et ses élevages de moutons. Ses concerts de Noël à Note-Dame déplacent une foule enthousiaste, au point qu’il s’y fait par trois fois interdire, bien avant qu’on interdise les concerts rock ou les rave parties, il devient également un expert demandé en facture d’orgues. Il passe à la Révolution malgré ou à cause de la perte de ses employeurs institutionnels, la République prenant tout de même en charge les mille livres annuels de l’abbaye de Panthémont (rue de Grenelle à Paris).  Après le coup d’État du 9 thermidor an II (27 juillet 1794), il retrouve une partie de ses charges d’Ancien-Régime.

Sa musique sophistiquée et virtuose, mêlant progressions harmoniques, airs et rythmes de danses, parfois ses bourdons, mélodies empreintes de lyrisme de chantant à touchant (La Malesherbe aux basses d'Alberti triomphantes se finissant dans une bourée endiablée), une grande variété d'expressions, est débarrassée de tout maniérisme. Elle projette ses effets avec efficacité, pour atteindre les neurones du plaisir plus par l’oreille que par la matière grise ou les bonnes manières, du grand art. Elle est en fait peu obsurément rhétorique (mais elle peut en raconter, comme La Malesherbe des roucoulement à la frénésie), regorge d’idées et aligne pour l’époque quelques surprises harmoniques (La Lugeac). C’est une musique volontaire et généreuse qui marque l'évolution d'un goût musical qui se déplace du salon maniéré des aristocrates vers des estrades plus populaires. C’est un apogée de l’art du clavecin, peut-être son chant du cygne, on imagine mal une telle musique transposée sur un autre instrument.

Christophe Rousset et passé par la classe de clavecin d’Huguette Dreyfus à la Schola Cantorum de Paris, puis par celle de Bob van Asperen au Conservatoire royal de La Haye. La vingtaine à peine dépassée, il se classe parmi les clavecinistes qui marquent le temps et développe son goût pour la direction d’orchestre qu’il exerce dans des ensembles tels les « Arts florissants » ou « Il seminario musicale », avant de créer son propre collectif « Les talents lyriques ». Il a toutefois encore le temps de mener sa carrière de récitaliste et de chef hors les murs, même s’il semble que la direction d’opéras depuis les années 2000, a pris quelque peu sur le temps consacré au clavecin. Sur plus d’une centaine d’enregistrements discographiques à son actif, une quarantaine est dévolue au clavecin. Johann Sebastian Bach et François Couperin sont à l’honneur, mais les Jean-Philippe Rameau, Joseph-Nicolas-Pancrace Royer, Jean-Henry d'Anglebert, Gaspard Leroux, Antoine Forqueray, Jacques Duphly ne manquent pas à l’appel du royaume de France versaillais, ni les obligés du répertoire tels Johann Jakob Froberger ou Domenico Scarlatti.

Alors que le musicographe globe-trotteur anglais Charles Burney s’extasiait devant le clavecin Ruckers installé chez Balbastre, « verni et peint comme une tabatière » au « son plus délicat que puissant » (déjà le mythe de l’élégance française), Christophe Rousset a choisi la puissance qui ne nuit pas à la délicatesse, avec une plénitude et une rondeur des basses et du médium inférieur assez rares à l’instrument, sans compter les effets étendus, ce qui aurait séduit Wanda Landowska, parce que c’est fort séduisant.

Claude Balbastre, « La Berville », 1er livre de clavecin (extrait), plage 8.

Biographie de Claude Balbastre

 

Jean-Marc Warszawski
10 janvier 2018

 

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bouquetin

Mardi 9 Janvier, 2018 23:16