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16 octobre 2018 —— Jean-Marc Warszawski.

La pianiste Anna Zassimova accélère le temps du piano russe

Anna Zassimova, Sonata Reminiscenza, œuvres pour piano de Peter et Georges Catoire, Medter, Scriabine, Rebikov, Kalinnikov, Liadov, Wychnegradski. Hänsler Classic 2018 (HC 18022).

Anna Zassimova est entrée très jeune à l’Insitut Gnessin de Moscou, où elle a étudié le piano sous l’autorité de Vladimir Tropp. Munie d’une bourse de la Deutscher Akademischer Austauschdienst (DAAD), elle étudie à la Haute école de musique de Karlsruhe sous la direction des pianistes Michael Uhde et Markus Stange.

Elle se produit en Allemagne, Russie, Chine, États-Unis, Suisse, Italie, Grande-Bretagne, Tchécoslovaquie. On a pu l’entendre en France à l’occasion de quelques festivals.

Elle a enregistré une dizaine de cédés avec une prédilection pour Chopin ou Brahms, mais surtout pour le compositeur russo-français Georges Catoire (1861-1926), sujet de sa thèse de doctorat, dont elle a entrepris l’enregistrement des musiques pour piano et des duos pour violon et piano (dont des enregistrements inédits ici).

Elle enseigne à la Haute école de musique de Karlsruhe. Elle est également artiste-peintre.

Le titre de ce cédé, Reminiscenza, fait référence à la première pièce des « mélodies oubliées » (opus 38) de Nikolaï Medtner (1879-1951), pour caractériser un programme entièrement russe, d’œuvres composées essentiellement entre la fin du xixe siècle et le premier quart du xxe, avec une bonne rallonge pour Peter Catoire et Ivan Wichnegradski, morts tous deux en 1979.

Nous ne savons pas s’il s’agit là de réminiscences du passé pour l’oreille mélomane russe, pour l’oreille française ce sont des musiques baignées d’effluves insaisissables, qu’on cherche à raccrocher à une tradition, à un style, à d’autres compositeurs, ou qui nous échappent. Peut-être ici une influence sud-américaine dans la seconde méditation de Peter Catoire, bien sûr le « style nocturne » ou « mazurka », qu’on dit avoir été « inventé » en Russie par John Field, plus sûrement repris de sources populaires, qu’on retrouve chez Maria Szymanowska (1789-1831), le prince Michał Kleofas Ogiński, style magnifié plus tard en France par Chopin,  ferment d’inspiration pour bien des compositeurs, pourquoi pas ici ou là Claude Debussy (Georges Catoire), bien des compositeurs russes ont battu le pavé de Paris. Un peu les romantiques allemands (Medtner). L’oreille est aussi attirée par l’héritage des russophiles du groupe des cinq, dans l’art de la simplification, du goût pour les carillons, de quelque chose qui rappelle les comptines enfantines, ce quelque chose qui abolit les frontières entre populaire et savant. Et puis on se laisse aller au plaisir de cette musique paraissant si proche et qui ne l’est pas tant. En fait un monde assez inconnu, comme une caverne d’Ali Baba qui regorgerait de trésors. Mais les programmateurs vivent aussi dans un monde clos comme des cavernes (celles de Platon), les trésors enfouis le restent et les programmateurs aussi.

Dans le livret accompagnant le cédé, Anna Zassimova écrit qu’avec le temps, tout finit par être à sa place, mais que cela est parfois bien long. Elle a donc décidé d’accélérer le temps, en espérant pour notre part qu’elle le fasse longtemps, sa technique exemplaire, son jeu clair, précis, préférant l’émotion au pathos, une marque de Vladimir Tropp et de l'Institut Gnessin.

Vassili Kalinnikov (1866-1900), Elegie. (extrait), plage 11.

 

 

Jean-Marc Warszawski
16 octobre 2018

 

1. Peter Catoire (1895-1979), no 1 de Deux Meditations (1942), premier enregistrement.

2. Nikolaï Medtner (1880-1951), Sonata Reminiscenza, opus 38, no 1

3-6. Alexander Scriabine (1872-1951), Sonate no 3 en fa♯ mineur.

7-9, Georges Catoire (1861-1926), Reverie, Contraste, Paysage, extraits de Quatre Morceaux, opus 6.

10. Vladimir Rebikov (1866-1920), Valse «Yolka », opus 21, extrait de son opéra « L'arbre de Noël ».

11. Vassili Kalinnikov (1866-1900), Elegie.

12-13, Anatoli Liadov (1855-1914), Präludien, opus 11, no 1 et opus 40, no 3.

14. Ivan Wyschnegradski (1893-1979), Étude sur le « Carré magique sonore », opus 40.

 

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