musicologie
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jeudi 25 mai 2018 —— La rédaction.

 

La fabrique d’un spectacle historiquement informé : déclamer, danser et jouer du violon au théâtre en France au XVIIe siècle

8 juin 2018, Paris
Journée d'étude
Paris, École supérieure du professorat et de l'éducation (SPE), site Molitor, 10 rue Molitor, 75016 Paris
Web
Inscription obligatoire : matthieufr@hotmail.fr

Selon le principe qui a renouvelé l’interprétation de la musique ancienne, en retrouvant les techniques pour lesquelles elle a été composée, des recherches parallèles ont été menées depuis une quarantaine d’années pour retrouver le jeu du comédien des XVIIe et XVIIIe siècles. Fondée en septembre 2017 sous la direction de Georges Forestier, l’école Théâtre Molière Sorbonne a pour but de contribuer à l’avancement de ces recherches tout en dispensant à ses étudiants une formation pluridisciplinaire appropriée à ce type de démarche.

Organisée au terme d’une année de formation, cette journée d’étude souhaite revenir sur les différents chantiers qui ont animé le travail des interprètes, en vue de proposer des spectacles mêlant déclamation, danse et musique, au plus près des sources historiques.

En matière de déclamation et de gestuelle, il est par exemple nécessaire d’affiner les approches, en distinguant les différents genres (nobles ou familiers), les différents types de rôles, ainsi que les mutations au fil des périodes chronologiques. Ces recherches sur le jeu du comédien nécessitent de croiser les diverses disciplines (linguistique, musique et musicologie, histoire culturelle, histoire de l’art, recherche archivistique, etc.) et de confronter la recherche documentaire avec la mise en pratique. Les développements récents de l’archéologie expérimentale sont également riches en enseignements méthodologiques.

Afin de donner aux interprètes une formation qui se rapproche de celle des comédiens de l’époque, les acteurs du Théâtre Molière Sorbonne reçoivent par ailleurs une initiation en technique vocale orientée vers le « chant baroque », et une initiation à la danse fondée sur les sources conservées.

Jamais absente des représentations théâtrales au XVIIe siècle, la musique intervenait également entre les actes des pièces déclamées (tragédies et comédies), ou dans les intermèdes prévus pour les comédies-ballets et autres pièces à insertions musicales.

Parallèlement au travail des comédiens, une bande de violons a ainsi été rassemblée, en vue de participer aux spectacles proposés par l’école Théâtre Molière Sorbonne, tout en poursuivant les recherches sur la technique du violon utilisée en France à l’époque de Lully. Équipés d’archets courts à hausse coincée, les violonistes s’essaient ainsi à la tenue basse du violon et à la tenue d’archet à la française, tout en mettant en application les préceptes donnés par les sources historiques concernant les coups d’archet et l’ornementation.

La restitution des intermèdes dansés pour les comédies-ballets de Molière ne peut que très partiellement s’appuyer sur les recherches dont est issue ce que l’on nomme aujourd’hui « danse baroque », car elles utilisent des sources trop postérieures pour refléter les spécificités du style au début du règne de Louis XIV. La rareté de la documentation chorégraphique pour le style de cette période ne s’oppose toutefois pas à l’exploration, par recoupements et induction, de ses traits distinctifs. L’application de ces recherches permet de mieux montrer l’intérêt d’une reconstruction fondée sur des « procédés stylistiques », même sans répertoire de référence, dans un contexte scénique, où la technique est au service de la théâtralité. C’est de surcroît une occasion de remettre en question certains « automatismes » dans la technique et la composition, et plus encore nos « attentes » ou critères esthétiques associés à ce style.

Comme pour la musique, le but de ce type d’interprétation « historiquement informée » n’est pas d’aboutir à une impossible « reconstitution », mais de réactiver les pratiques les mieux documentées. Ce faisant, il convient de garder le jeu expressif en évitant l’écueil d’un académisme pétrifié qui perd contact avec la recherche et aussi celui des aprioris tenaces sur le théâtre du XVIIe siècle qui ne correspondent souvent pas aux sources de l’époque. Ce retour incessant aux sources et à l’actualité de la recherche semble même être un moyen efficace de proposer des spectacles aussi vivants et parlants qu’à leur création.

 

PROGRAMME

Salle A06

09h30 Accueil

10h00 Introduction

10h15 Jean-Noël Laurenti (Centre d’Études Supérieures de la Renaissance, Tours) : « Éléments méthodologiques pour une reconstruction de la déclamation à l’époque de Molière »

11h15 Mickaël Bouffard (Centre de Musique Baroque de Versailles) : « Les techniques corporelles du comédien : des sources à la ré-incorporation »

12h15 Démonstration. Théâtre. Présentation commentée d’extraits, échange avec le public.

13h00 Pause déjeuner

Salle 117

14h30 Guillaume Jablonka (Compagnie Divertimenty) : « Le maître à danser : un sculpteur qui façonne le corps »

15h00 Matthieu Franchin (Sorbonne Université, IReMus), avec la participation de Cyril Lacheze (IHMC, Paris I-Panthéon Sorbonne) et des violonistes de la bande (Maud Sinda, Diane Omer, Victor Mériaux) : « Restituer une bande de violons française du XVIIe siècle »

15h45 Démonstration. Musique. Danses de Lully interprétées par la bande de violons, échange avec le public.

16h00 Sophie Landy-Cluzet (Artiste lyrique, Conservatoire de Palaiseau-musique ancienne) : « La voix au service du comédien »

16h30 Pause

Salle A06

17h00 Hubert Hazebroucq (Chorégraphe – Compagnie Les Corps Éloquents, Paris), avec la participation de Guillaume Jablonka pour les démonstrations de danses : « La recréation d’intermèdes chorégraphiques à l’époque de Molière, sources et hypothèses »

 

Résumés

Jean-Noël Laurenti (Centre d’Études Supérieures de la Renaissance, Tours) 

« Éléments méthodologiques pour une reconstruction de la déclamation à l’époque de Molière »

Comment retrouver les grandes caractéristiques de la déclamation sérieuse ou comique du temps de Louis XIV (prononciation, prosodie, effets vocaux) ? Quelles sources ? quel crédit leur accorder ? comment les croiser ? comment les appliquer aux textes ? quels rapports avec la déclamation chantée et le récitatif de Lully ?

Mickaël Bouffard (Centre de Musique Baroque de Versailles) 

« Les techniques corporelles du comédien : des sources à la ré-incorporation »

Au XVIIe siècle, le jeu corporel, les placements et les déplacements scéniques ne sont connus que par des éléments dispersés dans une multitude de sources (traités de rhétorique, traités de civilité, témoignages écrits, iconographie…). Étant donné la fragmentation de ces diverses informations, le passage par l’expérimentation et l’incorporation apparaît comme un moyen nécessaire pour avoir une vue d’ensemble sur ce que pouvait être jadis les pratiques corporelles du comédien. Pour y arriver, il n’est pas inutile de réactiver les techniques d’apprentissage autrefois en usage pour leur assimilation.

Guillaume Jablonka (Compagnie Divertimenty) 

« Le maître à danser : un sculpteur qui façonne le corps »

L’exercice régulier du corps, guidé par le maître à danser, permet de façonner progressivement ce medium essentiel à l’art du comédien. De l’échauffement à la répétition d’une chorégraphie, la pratique de la danse permet à la fois de tendre vers l’objectif scénique du comédien qui a besoin de maîtrise et de disponibilité de son propre corps, mais aussi de se conformer aux attentes d’exemplarité esthétique de grâce et de maintien face au regard de tous.

Matthieu Franchin (Sorbonne Université, IReMus), avec la participation de Cyril Lacheze (IHMC, Paris I-Panthéon Sorbonne) et des violonistes de la bande (Maud Sinda, Diane Omer, Victor Mériaux) 

« Restituer une bande de violons française du XVIIe siècle »

Les bandes de violons occupaient une place de premier ordre dans le paysage musical français du XVIIe siècle, et l’on sait que bon nombre d’entre elles étaient employées par les théâtres parisiens pour assurer les intermèdes de danse des comédies-ballets, et plus généralement les entractes musicaux des pièces déclamées. Seront exposés dans cette communication l’ensemble des chantiers qui ont occupé la bande de violons fondée en octobre 2017 en vue de participer aux spectacles de l’atelier « Théâtre Molière Sorbonne » : technique de jeu du violon en France au XVIIe siècle (tenue « basse » et tenue d’archet à la française), coups d’archet, répartition des effectifs entre les différentes parties, ornementation, et liens avec la danse.

Sophie Landy-Cluzet (Artiste lyrique, Conservatoire de Palaiseau-musique ancienne) 

« La voix au service du comédien »

A priori, rien de plus naturel que de se servir de sa voix au théâtre. Mais une fois sur scène, trac, gestuelle et autres paramètres extérieurs comme l’acoustique de la salle semblent se liguer contre le fonctionnement optimal de l’appareil vocal de l’interprète. Tout au long de l’année, les étudiants sont donc partis à la découverte de leur propre voix afin d’acquérir la « palette vocale » la plus riche possible, qu’ils mettront par la suite au service de la déclamation et de l’action théâtrales.

Hubert Hazebroucq (Chorégraphe – Compagnie Les Corps Éloquents, Paris), avec la participation de Guillaume Jablonka pour les démonstrations de danses

« La recréation d’intermèdes chorégraphiques à l’époque de Molière, sources et hypothèses »

La reconstruction d'intermèdes dansés pour les comédies de Molière se confronte au manque de sources techniques chorégraphiques antérieures à 1700. Des recherches récentes permettent toutefois d'avoir des indices concordants sur le vocabulaire de pas, et plus encore le style de composition de certaines danses de bal entre 1660 et 1690. De rares sources de danse théâtrale, notamment Le Mariage de la Grosse Cathos chorégraphié par Favier (1688) ouvrent également des perspectives quant à l'évolution de la technique, du moins pour certains genres employés sur scène. Nous nous appuierons sur la démonstration d'exemples tirées du répertoire, mais également d'extraits de recréation, pour mettre en exergue ce que l'on peut déduire comme spécificités  d'un style chorégraphique des années 1660-70. Il s'agira ainsi de montrer comment les sources et leur périodisation offrent un cadre structurant et stimulant pour une récréation des danses d'intermèdes.

 

Journée d’étude organisée par Matthieu Franchin (Sorbonne Université, IReMus) et Georges Forestier (Sorbonne Université, CELLF et OBVIL), en partenariat avec l’Institut de Recherche en Musicologie (IReMus UMR 8223), le Centre d’Étude de la Langue et des Littératures françaises (UMR 8599, Sorbonne Université / CNRS), l’École doctorale 433 « Concepts et Langages » (Sorbonne Université), l’École supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE) de l’Académie de Paris, et l’Association pour un centre de recherche sur les arts du spectacle aux XVIIe et XVIIIe siècles (ACRAS XVIIe-XVIIIe).

 

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