musicologie
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Giverny 25 août 2018 —— Jean-Marc Warszawski.

Musique de chambre à Giverny 2018, 11e concert : airs d'opéras italiens

GivernyJean-Claude Vanden Eynden et Sharon Coste-Poras. Photographie © Jean-Jacques Moreau.

Samedi 25 août 2018, 20h00, Giverny, Musée des impressionnismes, Airs d’opéras italiens.

Pour voix et piano : extraits de I Capuleti e i Montecchi de Bellini, Idomeneo de Mozart, La Wally de Catalani, La Gazza Ladra de Rossini, La forza del destino de Verdi. Sharon Coste-Poras (soprano), Jean-Claude Vanden Eynden (piano).

Un opéra italien sans diva n’est pas un opéra. Elles en ont eu des caprices ces dames (c’est du passé lointain, immensément lointain), ordonnant qu’on modifie les airs, de rajouter là ce qu’il faut pour se mettre en valeur, de retirer ici les difficultés mal maîtrisées, elles réclamaient parfois un air de tel caractère et ne voulaient pas chanter tel autre, veillaient à ce que les collègues ne se mettent pas comparativement trop en valeur et qu’elles n’aient pas plus qu’elles-mêmes d’occasions de briller. Bref, l’enfer pour le compositeur. Parfois on savait s’y prendre efficacement.

Ainsi, vers 1700, Francesco Gasparini, qui dirigeait la musique de l’Ospedale de la Pieta de Venise avant Vivaldi, compositeur d’opéras, décide, avec son compère l’impresario Francesco Santurini du Teatro San Angelo, de ne pas payer deux cantatrices qu’ils ont fait venir de de Ferrare. Elles ne veulent plus chanter. Les deux malins les font enlever, mener au théâtre, et les battent. L’une d’elles tombe même dans un canal. Bénéficiant de bonnes protections, ils n’écopèrent de pas grand-chose, mais honnêtement, ils ont eu tout de même un peu tort.

En France, à Paris, il y avait Catherine-Nicole Le Maure, une diva aussi capricieuse qu’une diva. C’est dire ! On lui en a passé des choses. Que voulez-vous, elle avait du succès qui faisait le succès des opéras : Phaëton de Lully, Pirithoüs de Jean Joseph Mouret, Philomèle, de Lacoste... En rivalité avec Mlle Pélissier, elle quitte la scène et va chanter ailleurs, puis revient à l’Opéra dans Le Berger fidèle de Rameau. Si vous aviez entendu cette voix, ce talent ! En 1735, elle ne veut pas chanter Jephté de Montéclair. On la menace alors de la prison, ce qui est normal. Elle cède, mais savez-vous ce qu’elle fait ? Elle chante faux, exprès. Vraiment exprès. Alors on la colle pour de bon à For-l'Évêse, la prison des artistes, donc particulièrement miteuse. Une journée fut suffisante pour la ramener au bon diapason. Dix ans plus tard, elle arrive à piquer le rôle d'Iphise dans Dardanus de Rameau à la Pélissier qui l'avait pourtant créé. Catherine-Nicole Le Maure quitte alors la scène de l’Opéra, triomphante.

Quand il n’est pas bouffe ou comique, l’opéra ce n’est pas tout drôle. Pourtant, dans les premiers temps du genre, quand il durait 3 à 5 heures et plus, on détendait le tragique par des intermèdes loufoques.

Vincenzo Bellini (1801-1835), né en Sicile continue en imagination toute théorique à engranger d’énormes droits d’auteurs, pensez : Norma (1831), La sonnambula (1831), I Capuleti e i Montecchi (1830), I puritani (1835).  Il est à Paris en 1835, pour savourer le triomphe de I puritani (Les puritains), et meurt peu après. Dans son opéra Les Capulet et les Montaigu, les rôles de Roméo et de Juliette sont confiés à deux voix féminines. Juliette aime Roméo et vice versa, mais les deux familles se chamaillent pour une dette de sang. Il y a des trucs compliqués puis la bonne idée : Juliette boit un philtre qui lui donne l’apparence d’être morte, elle est ainsi conduite au caveau familial où Roméo peut la rejoindre. Par erreur de communication, Roméo pense aussi que Juliette est morte, il s’empoisonne. Juliette se réveille, voit Roméo mort, elle s’empoisonne. L’idée n’était pas bonne, mais permet une tombée de rideau honorable.

Idoménée, roi de Crète, de Wolfgang Amadeus Mozart est aussi un opéra sérieux, mais sans mort ni d’homme ni de femme, qui a été créé à Munich en 1781. Le roi de Crète revenant de guerre essuie une terrible tempête, mais sauve sa peau. Il promet au Dieu de la mer de sacrifier le premier humain qu’il croisera en débarquant. Ce qui n’est pas très malin. Ça tombe sur son fils Idamante. Quelle affaire ! Le roi envoie son fils accompagner la princesse grecque Electre à Argos (dépit d’Ilia l’amoureuse officielle). Neptune n’est pas dupe, il fait surgir un monstre marin qui dévaste l’île. Idoménée se résout au sacrifice. Mais Idamante tue le monstre (c’est ça le théâtre), les dieux lui font grâce. Idoménée doit abdiquer au profit de son fil et d’Ilia.

Alfredo Catalani (1854-1893) est de Lucca. Son opéra La Wally est un des premiers opéras dits véristes, qui mettent en scène des lieux et des personnages copiés de la réalité. Ici les Alpes tyroliennes. Wally aime Giuseppe qui ignore Wally, leurs pères se détestent. Stromminger ordonne à sa fille d’épouser Vincenzo qui aime Wally, dans un délai d’un an, sinon : dehors ! Elle refuse catégoriquement, disant préférer vivre dans la neige de la montagne. L’année passe, Giuseppe va épouser Afra, l’aubergiste. Il y a une fête à l’auberge, Wally s’y rend. Des malins organisent un pari pour faire gagner à Giuseppe un baiser de Wally. Le baiser devient un gros grand baiser auquel elle croit, mais elle se rend compte qu’elle a été l’objet d’une farce. Elle est furieuse, elle est humiliée, et demande à Vincenzo de tuer Giuseppe, Vincenzo vient lui annoncer qu’il a poussé Giuseppe dans le ravin, où elle se précipite pour le sauver. Elle le remonte et regagne sa montagne et sa neige. Son ami Walter vient la mettre en garde contre le danger des avalanches, Giuseppe, qui

n’en pince plus pour l’aubergiste monte aussi vers elle, dans la montagne, pour lui déclarer son amour tout neuf, du coup sincère. Tout va bien, fin de l’histoire. Il cherche un chemin sûr pour redescendre. Il appelle Wally, sa belle et forte voix (c’est de l’opéra) déclenche une avalanche de neige et d’applaudissements, il est emporté. Restée un moment au bord du précipice, Wally s’y jette sans trop calculer les conséquences.

La gazza ladra  (La pie voleuse) de Rossini (1792-1868) a été créée le 31 mai 1817 à la Scala de Milan. Ninetta est servante et va se marier avec le fils de maison, Fabrizio. Mais une cuiller a disparu, Ninetta est accusée du vol. Il y a plein de trucs compliqués, un père déserteur recherché, un policier amoureux éconduit qui veut se venger, Ninetta est condamnée à mort, mais au dernier moment, on découvre le nid de la pie et la cuiller. Tout fini par un beau mariage.

Giuseppe Verdi est le grand compositeur national italien. Ses opéras, étrangers au vérisme, mais clairement allégoriques, donnaient lieu à des manifestations contre l’occupant autrichien. Lui-même finançait l’achat d’armes pour les garibaldiens. La force du destin, d’après un roman espagnol, créé à Saint-Pétersbourg le 10 novembre 1862, est quelque peu un opéra à l’ancienne, mêlant le tragique et le bouffon. Don Alvaro aime Leonora et vice versa, mais don Alvaro tue accidentellement le marquis de Calatrava, le père qui meurt en maudissant sa fille. C’est un bon départ : Leonora ne croit pas à la thèse de l’accident, elle décide de finir ses jours au couvent. Quand même ! En chemin, dans une auberge, par un pur hasard elle rencontre Carlo son frère, qui jure de venger la mort de leur père. Elle entre au monastère. Alvaro est de nouveau sur le champ de bataille, en Italie, sous un faux nom, il sauve un homme alors que ça canarde sec. C’est le frère vengeur qui découvre, une fois de plus par hasard, l’identité de son sauveur. Cas de conscience. Non. C’est le duel, mais ils sont séparés par des soldats. Alvaro s’est réfugié dans un couvent en Espagne, mais Carlo, bien informé survient et parle mal, grossièrement, à Alvaro. Il y aura combat. On amène donc une montagne sur la scène, là doit avoir lieu la confrontation. Leonora est en prière, Alvaro et Carlo dégainent leurs rapières. Combat technique, figures savantes. Carlo estoqué, tombe mourant. Leonora se précipite vers son frère qui trouve la force de la poignarder. Elle meurt, mais la diva est plus vivante que jamais.

GivernyMichel Strauss, Lisa Strauss, Zlatomir Fung, WonHae Lee. Photographie © Jean-Jacques Moreau.

Arrangements pour 4 violoncelles. Michel Strauss, Lisa Strauss, Zlatomir Fung, WonHae Lee.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Le Mariage de Figaro, ouverture, par Douglas B. Moore.

Giacomo Puccini (1858-1924), « Nessun Dorma » extrait de Turandot, par Anne Christopherson.

Nessum Dorma, que personne ne dorme ! s’adresse bien sûr au public des concerts, mais aussi à tous les habitants de Pékin d’il y a 3000 ans. Le prince Kalaf a résolu le mystère de la princesse Turandot qui lui revient donc pour épouse. C’était le deal. Mais il promet de la libérer de ce mariage à la condition qu’elle découvre son nom avant le lever du soleil. Tout le monde est sommé de trouver le nom du prince inconnu. Peine de mort à qui pique du nez ! Lui chante tranquille, certain qu’on ne trouvera pas. Que personne ne dorme !

Gioachino Rossini (1792-1868), Petite fantaisie, par David Johnstone.

Gioachino Rossini, Le barbier de Séville, ouverture, par Matteo Delfino.

Claudio Monteverdi (1567-1643), « Pur Te Miro », extrait de L'incoronazione di Poppea, par James Barralet.

À la fin d’un opéra vieille école mêlant drame et bouffonnerie, accumulant les bassesses, Popée et Néron, sans scrupules mais amoureux roucoulent : Pur ti miro, pur ti godo, pur ti stringo, pur t’annodo; più non peno, più non moro, O mia vita, o mio tesoro!

Jean-Marc Warszawski
Giverny 25 août 2018

 

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Samedi 29 Septembre, 2018 23:35