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Monaco, le 23 novembre 2018 —— Jean-Luc Vannier.

Costumes pasoliniens, chœurs monégasques et danseurs chinois pour Samson et Dalila à l’Opéra de Monte-Carlo

Aleksanders Antonenko (Samson) et Julien Veronèse (Abimelech). photographie © Alain Hanel.

Il aura fallu dix-huit années, de sa conception à sa première représentation le 2 décembre 1877 à Weimar, pour entendre Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns. Œuvre dont l’opéra de Monte-Carlo présentait, jeudi 22 novembre, une nouvelle production pour la Fête nationale monégasque. Opéra-oratorio, opéra-biblique, fondé sur un épisode de la vie de Samson relatée dans l’Ancien Testament, cette pièce dont certains critiques affirment que « Saint-Saëns est allé là au bout de ses possibilités dramatiques », demeure, par surcroît, hybride à bien des égards : l’ouverture — la prière des Hébreux — emprunte un peu au Requiem de W.A. Mozart tout en flirtant in fine avec les mélodies fuguées des Passions de Johann Sebastian Bach. Les parties vocales trouveraient plutôt, quant à elles, leur digne inspiration chez Tannhaüser voire même chez Lohengrin. Mais sans jamais en atteindre le même degré de flamboyance.

Anita Rachvelishvili (Dalila) et Aleksandrs Antonenko (Samson). Photographie © Alain Hanel.

Conscient sans doute des limites mélodramatiques de cette œuvre, Jean-Louis Grinda, le directeur de l’opéra de Monte-Carlo, a donc choisi de concentrer ses efforts sur la mise en scène, les décors et les costumes. Imaginés par Agostino Arrivabene — descend-il de l’illustre famille du Comte Opprandino Arrivabene, fidèle compagnon de Giuseppe Verdi ? — les piliers dorés du temple de Dagon ressemblent à de gigantesques statuettes des César du cinéma tandis que les costumes semblent tout droit sortis du Médée de Pier Paolo Pasolini : les énigmatiques masques de bronze, les angoissantes armures métalliques et les coiffures extravagantes créent sur le plateau une éprouvante sensation d’inquiétante étrangeté. Hybride encore : sur une « Bacchanale » au début de l’acte III qui n’est pas sans emprunter quelques sonorités et rythmes à La Danse macabre opus 40 de l’auteur, les superbes danseuses et danseurs des Ballets de l’opéra de Shanghai ajoutent, par une chorégraphie signée Eugénie Andrin, une subtile touche d’équivoque à l’ensemble.

André Heyboer (Le Grand Prêtre) et Anita Rashvelishvili (Dalila). Photographie © Alain Hanel.

La direction de l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo par Kazuki Yamada rend du mieux possible une partition qui, nolens volens, accompagne plus qu’elle ne s’impose comme un authentique personnage du drame. Mentionnons l’impressionnante beauté des chœurs de l’opéra de Monte-Carlo  (Chef de chœur Stefano Visconti) très impliqués dans les actes I et III de cet opéra.

S’il ne s’agissait de cette œuvre aux récitatifs plutôt conventionnels et aux airs somme toute assez fades à l’exception du célèbre duo d’amour de l’acte II, nous dirions que la distribution nous laisse sur notre faim. Seule Anita Rachvelishvili dans le rôle de Dalila mérite des éloges et ce, malgré un « Mon cœur s’ouvre à ta voix » qui aurait pu — et aurait dû — nous transporter davantage si nous nous rappelons une autre de ses prestations dans la Messa da Requiem à Munich en novembre 2017. La chaleur du timbre, les aigus éclatants et la fougue passionnée de la mezzo-soprano géorgienne ne parviennent pas à faire oublier une diction légèrement « savonnée ».

Samson et Dalila. Opéra de Monte-Carlo. Photographie © Alain Hanel.

Le Samson du ténor Aleksandrs Antonenko est franchement à la peine : outre une instabilité vocale marquée dans les crescendos, ses deux « je t’aime », l’introductif comme le conclusif, de son duo à l’acte II avec Dalila n’accrochent pas le si bémol aigu. La faiblesse vocale du baryton André Heyboer dans le personnage du Grand Prêtre de Dagon (meilleur dans le rôle de Paolo Albiani d’un Simon Boccanegra monégasque) n'arrange rien.

Nonobstant la brièveté de son rôle (Un vieillard hébreu) la basse Nicolas Courjal nous offre en revanche une prestation à la hauteur de celles auxquelles il nous a désormais habitué. Le baryton Julien Véronèse (un noble Brabant dans le Lohengrin déjà cité) incarne un Abimélech très convaincant. Succès d’estime pour le travail collectif des artistes qui ont porté cette œuvre : la seule sur la douzaine d’ouvrages lyriques du compositeur à s’être imposée au répertoire.

Samson et Dalila. Opéra de Monte-Carlo. Photographie © Alain Hanel.

 

Monaco, le 23 novembre 2018
Jean-Luc Vannier

 

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bouquetin

Vendredi 23 Novembre, 2018 17:57