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Une bohème soixante-huitarde

La Bohème. Photographie © Guillaume Bonnaud / Opéra de Rouen.

Rouen, Théâtre des Arts, 4 juin 2017, par Frédéric Norac ——

À l'opéra, pas plus que dans la vie, l'habit ne fait le moine. La Bohème, même transposée au vingtième siècle, que ce soit dans les années 20, 30, 40, 60 ou 70, reste La Bohème. L'histoire d'une jeunesse insouciante et avide de vivre, confrontée à l'implacable réalité, celle de la maladie et de la mort, sur laquelle les utopies et les rêves viennent se briser, les obligeant à devenir adultes.

Dans sa note d'intention, Laurent Laffargue dit avoir voulu replacer les protagonistes de l'opéra de Puccini sous le signe de la rupture qui a précédé mai 68 et en faire de jeunes bourgeois en révolte contre la société bien-pensante.

À l'arrivée,  sur le plateau, malgré les néons du Café Momus ou ceux du cabaret qui a remplacé la Barrière d'Enfer et son octroi, au prix de quelques incohérences entre ce qui est dit et ce qui est montré, les personnages restent les mêmes, simplement quelque peu déguisés pour avoir l'air plus proches de nous. Mais c'est surtout dans les sentiments qu'ils le sont, et la mort de Mimi au final, le désespoir de Rodolfo et la compassion des autres Bohémiens sont eux de toutes les époques. C'est pourquoi ils continuent de faire mouche et de toucher même de vieux routards comme nous qui n'en sont pas à leur première Mimi. Le metteur en scène, du reste, ne parvient pas à échapper à l'indispensable mansarde et à son poêle éteint, même s'il s'agit d'un insert et qu'elle est meublée dans un design très seventies pour faire moderne. On lui accordera que le second tableau est on ne peut plus vivant et coloré, plein de détails pittoresques, que les petits rôles sont traités avec un raffinement dans la caractérisation qui les tire de la banalité et de la routine, et que son excellente direction d'acteurs dénote l'homme de théâtre mais, selon nous, le reste relève de l'anecdote.

Plus que n'importe quelle transposition, c'est l'incroyable partition de Puccini associé à un livret d'une redoutable efficacité, sa richesse, sa densité et son lyrisme qui restent le moteur de l'action et le vecteur de l'émotion. Ils trouvent en Léo Hussain, le directeur musical de l'Opéra de Rouen Normandie, un interprète sensible et inspiré. Sa direction souple et précise, attentive aux détails instrumentaux fait vivre la partition sans la forcer et la musique respire remarquablement grâce aux silences que le chef sait ménager dans ce tissu dense. Du côté du plateau les seconds rôles paraissent d'emblée plus convaincants que les héros. Excellents le Benoit bon garçon de Gilen Goicoechoa et son caddie du premier tableau, ainsi que l'Alcindoro de Nicolas Rigas, fils de famille naïf en smoking, égaré dans la faune interlope du Quartier Latin. Le Rodolfo d'Alesandro Liberatore souffre visiblement d'un problème dans les aigus et seule une indisposition peut expliquer qu'il les escamote tous, y compris celui censé couronner son duo du premier acte avec Mimi, quand il ne les craque pas purement et simplement. C'est d'autant plus dommage que le timbre est intrinsèquement très brillant, la voix corsée et large et l'interprète très expressif. En Mimi, Anna Patalong met un peu de temps à libérer une voix un peu lourde de sa gangue et ne se révèle pleinement que dans les scènes tragiques de la deuxième partie, culminant dans une scène de mort bouleversante. Malgré un physique un peu pesant pour incarner son personnage d'homme jeune et de séducteur, William Berger peut compter sur son baryton délié et sonore pour convaincre. Peu flattée pourtant, par son costume raide et peu seyant, Olivia Doray compose une Musetta brillante et sensuelle à souhait dont la voix pourra sans doute encore s'élargir. Bien chantant, le Schaunard de Mikhael Piccone doit sans doute à ses origines méditerranéennes sa parfaite articulation italienne. Quant au Colline de Yuri Kissin, sa voix chaleureuse et sa musicalité le placent au-dessus de tout éloge.

La Bohème. Photographie © Guillaume Bonnaud / Opéra de Rouen.

Au rideau la production reçoit un accueil triomphal où, à n'en pas douter, la force inaltérée de l'œuvre plus que centenaire mais toujours jeune de Puccini se taille la part du lion.

Prochaines représentations les 6, 8, 10 et 12 juin.

 

Frédéric Norac
4 juin 2017

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : L'étoffe des héros : Ajax de Marianne PousseurDes Pêcheurs de perles inégauxSix personnages en quête de lumière : Pelléas et Mélisande de DebussyLes voix multiples de Marianne Pousseur : Ismène à l'Athénée Louis JouvetL'envol des alcyons : Alcione de Marin Marais à l'Opéra-ComiqueTrois hommes dans les ténèbres : The Lighthouse de Peter Maxwell DaviesLes amours des poètes : Cyrille Dubois aux Lundis musicaux de l'AthénéeTous les articles de Frédéric Norac.

 

 

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Mercredi 7 Juin, 2017 1:42