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Six personnages en quête de lumière : Pelléas et Mélisande de Debussy

Pelléas et Mélisande. Photographie © Vincent Pontet.

Théâtre des Champs-Élysées, Paris, 11 mai 2017, par Frédéric Norac ——

Pelléas relevait pour Maeterlinck d'un théâtre irreprésentable, où l'acteur et le jeu devaient s'approcher d'un registre désincarné voire de celui du théâtre de marionnettes, « une variation abstraite sur le vieux mélodrame » comme l'a qualifié Stéphane Mallarmé. La partition de Debussy lui redonne chair, épaisseur, vibration et profondeur. Son adaptation, en allégeant le symbolisme parfois un peu lourd de la pièce originale, la ramène dans un registre psychologique plus humain. C'est la carte que joue la direction d'acteurs d'Eric Ruf et son approche plutôt littérale culmine dans une scène finale de toute beauté.

Dans le texte, la lumière joue un rôle essentiel tant au plan symbolique que scénographique. Le metteur en scène et scénographe a choisi un climat nocturne, uniformément oppressant, même pour les quelques scènes, certes bien peu nombreuses, où une certaine luminosité (celle des jardins à midi ou celle du ciel étoilé d'une nuit d'été près de la tour, par exemple) est évoquée par le texte. Tout sort ici de l'unique plan d'eau au centre du plateau qui figurera tour à tour la mare dans la forêt où Golaud rencontre Mélisande, la « Fontaine des Aveugles » où se noue et se dénoue le drame ou l'eau stagnante des souterrains du château où Golaud entraîne Pelléas pour lui faire la leçon.

Pelléas et Mélisande. Photographie © Vincent Pontet.

Après la première scène des jardins, un mur circulaire de béton brut viendra  créer l'idée de l'enfermement, donnant  au château d'Allemonde des allures de citerne et suggérant le piège mortel qui va conduire à la tragédie finale. L'inconvénient de ce dispositif dont le pouvoir de suggestion ne manque pas de force, est de coincer les chanteurs au bord de la fosse ou au fond du plateau, nuisant souvent à une balance satisfaisante entre les voix et l'orchestre qui paraît parfois un peu trop sonore et a tendance à les absorber.

C'est particulièrement frappant dans le cas du Pelléas de Jean-Sébastien Bou dont l'incarnation bien qu'un peu trop uniformément sur le versant douloureux, à notre goût, ne manque pas de relief. À plus de quinze ans de sa prise de rôle, le baryton connaît son Pelléas comme sa poche, mais il a perdu de ses possibilités d'extension dans l'aigu et  devient souvent inaudible dès que la tessiture s'élève. La Mélisande de Patricia Petibon expressive et touchante n'encourt qu'un seul reproche, c'est cette manière de vouloir rajeunir sa voix  en utilisant par intermittences un aigu droit et pointu qui conviendrait mieux à Yniold, même si l'on peut considérer le personnage comme une sorte de femme-enfant, ce que du reste dément son comportement de façon générale. La voix somptueuse de baryton-basse du Golaud de Kyle Ketelsen rappelle le José Van Dam des grandes années à l'articulation près qui, par moments, on ne sait pourquoi, devient un peu floue comme si le chanteur avalait les consonnes. C'est un péché véniel au regard d'une incarnation qui peut encore gagner en puissance et en maturité, mais se révèle déjà remarquable. La Geneviève de Sylvie Brunet-Grupposo manque de cette simplicité que recommandait le compositeur pour la scène de la lettre et joue sur des variations de registres inutiles. Sans avoir la carrure démesurée des Arkel de légende, Jean Teitgen donne une belle humanité à son personnage de roi plus paternel que nature. Quant à Jennifer Courcier elle compose un Yniold idéal de timbre et de crédibilité théâtrale.

Pelléas et Mélisande. Photographie © Vincent Pontet.

On pardonnera à Louis Langrée à la tête d'un orchestre national de France des grands soirs, sa petite tendance à couvrir les chanteurs, ce dont il n'est peut-être pas tout à fait responsable, pour souligner les subtilités instrumentales, la transparence et la richesse de coloris dont il pare sa lecture, apportant ces variations de lumières et de climat qui manquent un peu à cette vision uniformément sombre  (n'étaient les costumes féminins d'un noir délicatement pailletés de Christian Lacroix ou la chevelure de feu démesurée que Mélisande déploie dans la scène de la tour), mais dont l'intelligente littéralité est le meilleur atout.

Diffusion sur France Musique le 4 juin à 20h.

Spectacle coproduit par l'Opéra de Dijon, le Stadttheater de Klagenfurt et le Théâtre du Capitole.

Frédéric Norac
11 mai 2017.

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : Les voix multiples de Marianne Pousseur : Ismène à l'Athénée Louis JouvetL'envol des alcyons : Alcione de Marin Marais à l'Opéra-ComiqueTrois hommes dans les ténèbres : The Lighthouse de Peter Maxwell DaviesLes amours des poètes : Cyrille Dubois aux Lundis musicaux de l'Athénée Le Cid façon tragédie réformée : Chimène ou le Cid d'Antonio SacchiniLe chant français au naturel : Roberto Alagna dans CarmenTous les articles de Frédéric Norac.

 

 

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