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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte : La musique instrumentale de Wolfgang Amadeus Mozart

Introduction ; musique pour clavier ; musique de chambre ; musique symphonique ; musique concertante.

Les fantaisies pour clavier de Wolfgang Amadeus Mozart

sonates ; variations ; fantaisies ; œuvres diverses, pour deux pianos, pour orgue.

Dans ce genre par excellence synonyme de liberté, déjà si bien servi par les fils de Bach, Mozart ne s’est exprimé que rarement : même en y agrégeant son Capriccio K 395, on ne recense que cinq œuvres, mais, dans leur diversité, ce sont des œuvres qui comptent, la dernière étant même un des sommets absolus de sa production pour piano solo.

Capriccio K 395, fantaisie et fugue K 394 

Daté de 1777, le capriccio en ut majeur K 395 est une œuvre d’une folle liberté, « autant dire une improvisation, transcrite dans son premier jet, sans retouches. Le virtuose lâche la bride à ses doigts ; il jette au vent un poudroiement d’idées, fragments thématiques, imitations, gammes et arpèges, récitatifs, trilles, cadences, valeurs irrationnelles ; il ne tient pas en place, ni mélodiquement, ni rythmiquement, ni harmoniquement […] On connaîtrait mal Mozart si on ne le savait capable, à ses moments perdus, de ce décousu et de cet à-peu-près. »23

Capriccio K.395, par Walter Gieseking.

Démarche bien différente pour la fantaisie (ou « prélude ») et fugue en ut majeur K 394 de 1782. Par la grâce du baron van Swieten, notre musicien vient de découvrir Bach et Händel, et a eu la révélation du Clavier bien tempéré. Poussé par Constance, il s’exerce à écrire des fugues et, parmi de nombreux essais avortés, va accoucher de cette fugue en ut majeur qu’il adressera à sa sœur en la faisant précéder d’un prélude. Cela nous vaut un diptyque des plus étranges, avec une fugue d’une incroyable dureté (musique « anti-mozartienne », pourrait-on dire tant elle elle est impitoyable même pour des oreilles modernes…), et une fantaisie ardente, beaucoup plus avenante, qui, elle, exploite brillamment les ressources du clavier, avec des audaces et des contrastes rappelant parfois W. Fr. Bach. De la part de Mozart, « cette fantaisie et sa fugue s’inscrivent dans la conquête d’un style étranger à la fois à sa nature et à son temps, et qu’il finira par assimiler au sien propre. »24

Fantaisie en ut majeur K.394, par Ton Koopman (clavecin)

Fantaisies en ut mineur K 396, en mineur K 397

Qu’importe si ces deux pièces de 1782 ne sont pas intégralement de la main de Mozart, nous tenons là deux œuvres admirables, dont le seul énoncé des tonalités suffirait d’ailleurs à nous indiquer que le musicien y met une grande part de sentiment personnel.

Angoissée, mais aussi d’une belle ardeur conquérante, la K 396 en ut mineur, pianistiquement assez brillante, conserve un net caractère d’improvisation publique. Elle culmine d‘ailleurs dans son tumultueux développement où le déchaînement des éléments atteint un tel degré qu’on en voudrait presque — pour la timidité de leur propos — aux commentateurs qui n’y voient pas plus qu’une violence « presque beethovénienne ».

Plus confidentielle, techniquement moins exigeante aussi (d’où son statut bien établi de « classique favori » des apprentis pianistes), la K 397 en mineur a tout ou presque d’un soliloque nocturne. « Elle représente le type même de l’improvisation mozartienne, qui débute sur les effets pathétiques et violents de l’adagio initial, pour se poursuivre en un sombre épisode aux basses chromatiques. Le finale, allegretto en majeur, trop bref pour avoir été achevé par Mozart, conclut dans une allégresse en laquelle Einstein voit trop de naïveté. »25 Cette insouciance finale a été souvent reprochée à cette pièce, mais c’est un peu oublier que, lorsqu’il cède à l’émotion et a fortiori au désespoir, Mozart — par pudeur sans doute — évite de s’y complaire.

Fantaisie en mineur, K.39,7 par Claudio Arrau

Fantaisie en ut mineur K 475

Cette magnifique fantaisie K 475 que Mozart écrivit en mai 1785 est à classer parmi ses œuvres les plus puissantes. Et ici, encore plus qu’ailleurs, le qualificatif « fast beethovensche » ne peut qu’être récusé : non seulement cette ample partition en six épisodes, sous des dehors de libre improvisation, est formidablement construite et articulée, mais c’est une œuvre de véhémence et de désespoir, avec « ombres nocturnes, traversées d’éclairs fulgurants, de fracassants coups de tonnerre »26.

Cette fantaisie fut publiée avec la fameuse sonate en ut mineur K 457, et « il existe un lien intime entre les deux œuvres : même émotion, même agitation tragique, et mêmes instants de tendresse. L’extraordinaire génie d’improvisateur de Mozart est encore amplifié par un langage aussi libre qu’audacieux. La variété des matériaux utilisés dans un espace si restreint et la hardiesse de l’harmonie sont exceptionnelles. Épisodes lyriques et épisodes alertes se succèdent, après les accents dramatiques de l’adagio initial. Un bref allegro, au contenu émotionnel intense dans la diversité de ses motifs, sert de lien avec un andantino annoncé par un grand trait cadentiel se concluant sur deux points d’orgue. Moment de lyrisme pathétique, il débouche sur un mouvement più allegro, très agité, avec ses traits de triples croches rapides et de triolets qui se calment progressivement pour amorcer dans l’émotion le retour de la dramatique introduction, un peu modifiée »27.

Fantaisie en ut mineur, K 475, par Kristian Bezuidenhout, pianoforte

Notes

23. Sacre Guy, La musique de piano : dictionnaire des compositeurs et des œuvres. « Bouquins », Éditions Robert Laffont, Paris 1998. p. 2013.

24. Ibid. p. 2014.

25.  De Place Adélaïde, dans François-René Tranchefort (dir.), « Guide de la Musique de piano et de clavecin », Fayard , Paris 1998, p. 546.

26.  Sacre Guy, op. cit., p. 2016.

27.  De Place Adélaîde, op. cit., p .546.

 

 

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ISSN  2269-9910

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Jeudi 16 Février, 2017 18:23