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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte : La musique instrumentale de Wolfgang Amadeus Mozart

Introduction ; musique pour clavier ; musique de chambre ; musique symphonique ; musique concertante.

Les duos et trios pour cordes de Wolfgang Amadeus Mozart

Musique de chambre pour cordes seules ; musique de chambre avec piano

On a vite fait de les oublier, et c’est vrai qu’en nombre, ils ne font pas le poids à côté des quatuors et quintettes. Raison de plus pour s’y arrêter, car on a là trois partitions importantes, dont l’une est probablement à ranger parmi les réalisations les plus géniales du compositeur.

Duos K 423/424

Sur les quatre duos figurant au catalogue de Mozart, on peut aisément oublier les deux premiers (duos ou sonates pour violon et basse K 46 d et e) qui datent de 1768 et ne sauraient le moins du monde prétendre à l’immortalité. Il en va tout autrement des deux autres — le duo en sol majeur K 423 et le duo en si♭majeur K 424 , tous deux pour violon et alto — que le musicien écrivit à Salzbourg en 1783, alors qu’il y était revenu pour présenter Constance. On en connaît l’histoire singulière : Mozart les écrivit (en un temps record, bien entendu) pour dépanner Michael Haydn, le Haydn de Salzbourg, pour lequel Wolfgang avait de longue date une grande estime. Ce dernier, malade, avait été dans l’impossibilité de boucler dans les délais impartis une série de six duos qui lui avaient été demandés par Colloredo, et se trouvait sous la menace d’une suspension de son traitement. Mozart se fit donc un amical et malin plaisir d’écrire les deux duos qui manquaient à l’appel, et, chose remarquable, Colloredo, pourtant fin connaisseur de la musique de Mozart, ne remarqua rien de ce tour de passe-passe. Il faut dire que Wolfgang, en parfait complice, s’était donné la peine d’écrire ces duos dans le style de Michael Haydn, en utilisant quelques procédés typiques de celui-ci afin d’éviter de le compromettre. Non seulement il y est parvenu, mais en plus, là où on pourrait croire qu’il a sérieusement bridé son talent, il nous laisse deux vrais chefs-d’œuvre miniatures, d’une ingéniosité et d’une densité telles qu’aujourd’hui encore, en tant que duos pour cordes, ils passent pour être des modèles d’invention et d’équilibre.

Mozart, duo pour violon et alto en sol majeur K 423, par Augustin Dumay et Gérard Caussé

Trios K 404a - 563

On se doit de faire mention ici des six préludes et fugues K 404a que Mozart réalisa probablement pour les soirées musicales organisées chez le baron Van Swieten, peu après y avoir découvert la musique de Bach. Certes, il ne fait guère que transcrire pour trois archets (violon, alto et violoncelle) des œuvres de J.S. Bach ou (derniére pièce) de Wilhelm Friedrich Bach, mais il y inclut quatre préludes de son cru, et on ressent inévitablement une certaine émotion à l’écoute de ces travaux en forme d’hommage à ses grands aînés. On peut également citer, à l’intention des inconditionnels du musicien, l’étrange trio en si♭, K 266, écrit pour deux violons et violoncelle et constitué de l'assemblage improbable d'un adagio et d’un menuetto.

Mozart, Prélude et fugue no 1 en mineur K 404a (d’après Bach BWV 853) par Rémy Baudet, Staus Swierstra et Rainer Zipperling.

Mais revenons vite à la formation violon-alto-violoncelle pour laquelle Mozart a écrit un chef-d’œuvre tellement sublime qu’il semble avoir découragé toute initiative concurrente pendant plus d’un siècle (seul Schönberg, avec son opus 45, se montrera vraiment capable de relever le défi). Il s’agit bien sûr du trio (ou divertimento) en mi♭majeur K 563 qu’il écrivit à la fin de l’été 1788, à un moment de grandes difficultés matérielles, et qu’il dédia à son ami et frère de loge Michael Puchberg, ce négociant qui est entré dans l’histoire pour avoir si souvent secouru le musicien dans ses périodes de détresse. Cette œuvre d'une ampleur exceptionnelle (plus de cinquante minutes), Mozart lui a donné le titre de Divertimento en raison de la structure en six mouvements adoptée (Allegro, Adagio, Menuet, Andante, Menuet, Rondo), beaucoup plus qu’en référence à l’esprit de la partition. Car s’il se tourna alors vers un genre qu’il avait longtemps délaissé, c’était « pour lui infuser un sang neuf, pour se confier, s’abandonner même. Par sa gravité, sa complexité, l’œuvre se situe au niveau des grands quatuors et quintettes écrits pour cordes seules : comme dans les deux Duos de 1783, le génie de Mozart se déploie à l’aise quand il s’agit d’œuvrer dans un style savant et complexe en utilisant au maximum des ressources sonores très limitées. Le choix tonal (mi♭majeur) est imposé par le destinataire, frère-maçon. Aussi bien peut-on voir ici une œuvre-clef, une œuvre d’alliance, de fraternité, où Mozart n’a qu’à laisser parler son cœur comme il le fait toujours quand il s’adresse à ses frères. »36 On demeure en effet confondu devant la richesse et la profondeur de cette œuvre, y compris dans les trois derniers mouvements (notamment les prodigieuses variations sur un thème populaire de l’Andante) qui, de prime abord, renouent avec l’esprit du divertimento. On l’est tout autant devant ce miracle d’une écriture à trois parties qui, sans même recourir aux doubles cordes, donne à l’œuvre la densité d’un quintette à cordes, avec « toutes les qualités linguistiques du Quintette […] mais épurées et concentrées », souligne J.V. Hocquard37 lequel enchaîne avec deux belles citations : « Chaque instrument, constate A. Einstein, y est primus inter pares ; chaque note parle, chaque note contribue à une perfection sonore qui enchante l'esprit autant que les sens. », jugement qui rejoint celui de Charles Rosen : « Cette œuvre est la quintessence de la technique et du vécu mozartien. » On serait tenté d’ajouter « et comme un condensé de l’art et du génie de Mozart dans le domaine de la musique instrumentale »…

Mozart, Trio-Divertimento en mi♭majeur K 563 (Adagio), par le Trio Grumiaux (Arthur Grumiaux, Georges Janzer et Eva Czako).

 

Mozart, Trio-Divertimento en mi♭majeur K 563 (Andante), par le Trio Grumiaux (Arthur Grumiaux, Georges Janzer et Eva Czako).

Notes

37. Hocquard Jean-Victor, Mozart, de l’ombre à la lumière. Jean-Claude Lattès, Paris 1993, p.194.

38. Halbreich Harry, dans François-René Tranchefort (dir.), « Guide de la Musique de chambre », Fayard, Paris 1998, p.634.

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ISSN  2269-9910

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bouquetin

Mardi 11 Avril, 2017 18:33