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Piazzolla et Ginastera par le duo des clavecinistes Podeur & Bass : un événement

Podeur & Bass, Transcriptions pour deux clavecins, Piazzolla (Cuatro estaciones), Ginastera (Estancia). Maguelone 2017 (MAG 358.417).

18 novembre 2017, par Jean-Marc Warszawski ——

Claveciniste bien connue dans le monde baroquant, par ses nombreuses interventions et créations, ses enseignements aux conservatoires de Nice et de Limoges, mais aussi par des émissions de radio, Mireille Podeur a étudié au Conservatoire national supérieur de Paris avant de se perfectionner au Canada et aux États-Unis.

Orlando Bass est passé par le Conservatoire de Limoges et celui de Paris avant d’intégrer le Conservatoire supérieur de la même ville, attiré à la fois par le piano, le clavecin, la composition, le répertoire contemporain,  l’improvisation, le jazz.

Le duo de clavecins Podeur & Bass a déjà enregistré deux albums de transcriptions pour le label Maguelone. En 2013, les pièces de clavecin en concert de Jean-Philippe Rameau, en 2015, les concertos grossos opus 6 de Friedrich Händel, donnant à ces pièces une perspective inusitée, et au clavecin une ampleur et une profondeur  sonores exceptionnelles, qui n’auraient pas déplu à Wanda Landowska, mais restant dans le répertoire traditionnellement attribué à l’instrument, malgré un bon nombre de pièces contemporaines disponibles.

On connaît le clavecin, ici deux clavecins français (Marc Ducornet et Van Nagel) et un flamand (Gérard Fonvielle). On connaît Les quatre saisons [de Buenos Aires] (Las cuatro estaciones porteñas) d’Astor Piazzola, composées pour son quintette (violon, piano, guitare électrique, contrebasse, bandonéon,) en livraisons successives de 1965 à 1970, développant ce qui était à l’origine une musique de scène destinée à une pièce de théâtre. Il est venu en mode de les associer aux Quatre saisons de Vivaldi. On connaît peut-être un peu moins les œuvres de son contemporain Alberto Ginastera, un peu plus européennes, un peu moins directement folklorisantes. Estancia, son opus 8 est sa pièce la plus connue, un ballet  en cinq actes, composé en 1941 pour l’American Ballet Caravan de George Balanchine.

Pour réaliser leur projet, Podeur & Bass ont utilisé la partition originale du quintette et des enregistrements de Piazzolla, ils ont fixé la ligne générale des improvisations. Pour Giastera, ils ont travaillé à partir de la partition d’orchestre et de la réduction piano.

Le résultat est une magnifique surprise. Cet enregistrement est un événement.

Les premières mesures intriguent, avec cette basse à un doigt qui évoque l’enfant ou l’adolescent tirant un peu la langue pour accompagner sa main droite, mais quand ça démarre, ça démarre, une avalanche devant laquelle on ne se sauve pas, qui nous entraîne. Des détails et des finesses en fusées et des effets d’ensemble saisissants, des fugues d’une clarté lumineuse par un choix d’octaves rarement aussi étendues au clavecin, des pulsations incisives uniques, des crépitements fulgurants... On ne décroche pas du début à la fin, avec l’envie de revenir au début, à la basse répétitive à un doigt qui annonce l’hiver.

Il y a de l'esprit progressif des années 1970 là-dedans, la poésie, l’exubérance d’idées, l’envie de suivre des sentiers personnels plutôt que la concurrence autour des mêmes objets, avec en plus une maîtrise technique indiscutable. Il y a cet esprit « rock » qu’on retrouve aussi chez un compositeur comme Thierry Escaich.

Certes le tango (Piazzolla) perd ici ses « tirés » et ce glissando particulier (quoique), cette fureur, violence, pulsion, désir, retenus qui ralentissent un instant le geste en tétanie, cassent l’élan. Mais il y gagne une verve de tendresse lumineuse… bien qu’agitée.

On est ici dans un monde connu et pourtant jamais entendu, inouï, d’une beauté vigoureuse, un bonheur qui irait des oreilles aux glandes lacrymales si ce n’était que le tango qui ne le permet pas.

Astor Piazzola, Primavera (premières mesures), plage 2.

1-4. Astor Piazzolla (1921-1992), Cuatro Estaciones Porteñas (Iverno, Primavera, Verano, Otonio)

5-15. Alberto Ginastera (1916-1983), Estancia (1. Cuadro I, 2. Cuadro II, 3. Cuadro III, 4. Cuadro IV, 5. Cuadro V.

Jean-Marc Warszawski
18 novembre 2017

 

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Lundi 20 Novembre, 2017 3:29